Cordonnerie artisanale en Guinée : un secteur menacé par les importations et le manque de soutien public

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La cordonnerie artisanale, longtemps pilier de l’économie locale guinéenne, traverse une crise profonde. Confrontés à la concurrence des produits importés, à la contrefaçon et à l’absence d’infrastructures modernes, les artisans peinent à survivre. Le président de l’Union nationale des professionnels des peaux et cuirs de Guinée (UNPPCG), Ibrahima Tounkara, appelle l’État à intervenir pour sauver un métier en voie de disparition. Il a lancé cet appel ce lundi, 09 février 2026, dans un entretien accordé à Guineematin.com à travers un de ses reporters.

La cordonnerie est un métier ancestral qui consiste à fabriquer des chaussures, sacs, portefeuilles et autres objets du quotidien, généralement en cuir. En Guinée, cet artisanat connaît aujourd’hui un net déclin. Entre la concurrence étrangère, les difficultés d’approvisionnement en matières premières, le manque d’équipements modernes et la raréfaction de la clientèle, le secteur « tire le diable par la queue », au point de menacer sa propre survie.

Rencontré par notre reporter, à son siège social du marché de l’Aviation, dans la commune de G’bessia, le président de l’UNPPCG, Ibrahima Tounkara, dresse un constat alarmant. Selon lui, les artisans guinéens ont progressivement perdu leur marché au profit de produits importés, souvent moins chers et largement diffusés.

Ibrahima Tounkara, président de l’Union nationale des professionnels des peaux et cuirs de Guinée (UNPPCG)

« Nous sommes confrontés à de nombreuses difficultés, notamment le manque de matériel et de formation. Il y a aussi l’importation massive de chaussures venues du Sénégal, du Ghana, du Nigeria et même de Dubaï, sans oublier les contrefaçons fabriquées par les Chinois, qui nous nuisent considérablement. Tout cela nous a complètement affaiblis. Notre économie s’est effondrée et nous avons totalement perdu le marché guinéen », déplore-t-il.

À ceux qui attribuent la domination des produits importés à leur qualité, Ibrahima Tounkara oppose un autre argument. « Ce n’est pas une question de qualité. Les Chinois font de la contrefaçon : ils achètent un ou deux de nos modèles artisanaux pour ensuite les reproduire par milliers en caoutchouc. À l’œil nu, on pourrait croire qu’il s’agit d’un travail de cordonnerie, mais ce n’en est pas », explique-t-il.

Paradoxalement, la Guinée dispose d’un important potentiel en matières premières. « La peau est abondante. Le pays produit environ 1 800 peaux par jour, mais nous n’en transformons même pas 800. Faute d’usines de tannerie modernes, une grande partie de cette ressource pourrit ou est exportée à l’état brut », regrette le président de l’UNPPCG. Le tannage traditionnel, encore largement pratiqué, limite fortement les capacités de production et la compétitivité du secteur, informe notre interlocuteur.

Face à cette situation pour le moins déplorable, Ibrahima Tounkara plaide pour la construction d’une tannerie nationale afin de moderniser la filière et valoriser localement les peaux. « Aucune structure ne peut évoluer sans l’appui de l’État et des partenaires. Aujourd’hui, sur plus de 5 000 artisans cordonniers que comptait la Guinée, il n’en reste qu’environ 3 000. Les jeunes se sont reconvertis en taxi-motos ou sont retournés au village faute de clientèle. Si l’État ne nous vient pas en aide, notre métier va s’éteindre », alerte-t-il.

Par ailleurs, Ibrahima Tounkara appelle à un recensement général des artisans, au renouvellement des instances professionnelles, à la construction d’ateliers collectifs à travers le pays et au renforcement de la formation. « Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de dossiers rangés dans des tiroirs, mais d’actions concrètes », insiste le président de l’Union nationale des professionnels des peaux et cuirs de Guinée (UNPPCG).

Autre facteur aggravant, poursuit-il, l’évolution des habitudes de consommation. « Autrefois, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Guinée-Bissau venaient s’approvisionner en chaussures en Guinée. Aujourd’hui, ces pays fabriquent leurs propres produits. De plus, le consommateur guinéen préfère de plus en plus les produits importés, au détriment de la production locale, alors que ce n’est pas une question de qualité », déplore le responsable de l’UNPPCG.

En outre, Ibrahima Tounkara affirme que la relance du secteur des peaux et cuirs pourrait constituer pourtant un levier important de création d’emplois pour notre pays. « Avec une usine de tannerie, ce secteur pourrait employer plus de 5 000 jeunes dans différents métiers : collecteurs de peaux, tanneurs, maroquiniers, tapissiers, cireurs et réparateurs de chaussures », souligne-t-il, lançant un appel pressant à l’État guinéen pour sauver un artisanat aujourd’hui menacé de disparition.

Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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