Souza Konaté : « Un processus biaisé ne peut produire que des résultats erronés »

il y a 9 heures 31
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Dans un entretien exclusif avec Guinée360, Souleymane Souza Konaté, coordinateur de la communication de l’UFDG, s’exprime sur les préparatifs du référendum du 21 septembre. Il dénonce un fichier électoral biaisé et un processus référendaire taillé sur mesure, tout en critiquant le rôle passif de la HAC dans la censure des médias et l’exclusion des partis politiques.

Guinée360 : Quelle analyse faites-vous du fichier électoral présenté par le MATD?

Souza Konaté : C’est un fichier électoral taillé sur mesure dans le but de faire passer le projet de Constitution sans véritable adversaire, et, plus tard, de permettre au général Mamadi Doumbouya de confisquer le pouvoir à travers un simulacre de processus électoral contrôlé de bout en bout par la junte. Nous avons déjà énoncé les conditions sélectives, illégales et imprudentes de ce fichier électoral : répartition inéquitable des kits, amateurisme des acteurs, exclusion de figures majeures et non-recensement de la grande majorité des Guinéens. Les erreurs du passé, qui ont favorisé la prise du pouvoir par le CNRD le 5 septembre 2021, n’ont manifestement pas été comprises.

Qu’est-ce qui explique selon vous que Conakry Kankan en termes d’électeurs alors qu’en 2020, Kankan était la plus grande circonscription électorale ?

Un processus biaisé, sans normes ni respect des principes, ne peut produire que des résultats erronés, sources d’instabilité politique et d’aggravation de la crise de confiance entre les acteurs.

Les forces sociales dénoncent un processus mal préparé et exigent du CNRD l’abandon du processus. Qu’en pensez-vous ?

Les forces sociales ont raison. Quand on analyse objectivement les causes de l’autodestruction de certains pays voisins, on retrouve aujourd’hui en Guinée les mêmes germes. C’est pourquoi nous alertons et interpellons : il est urgent que ceux qui détiennent le pouvoir prennent leur responsabilité pour éviter au pays les affres d’une telle dérive. L’histoire récente nous a montré qu’un processus électoral mal préparé conduit toujours à des lendemains incertains : rejet des résultats, contestations massives et violences inouïes. La gestion solitaire de la transition, avec la volonté manifeste d’exclure les acteurs politiques majeurs, ne peut ni rassurer ni préserver la paix sociale. Les plaies du passé sont encore ouvertes et loin d’être cicatrisées. Gouverner contre le peuple, c’est semer la discorde et hypothéquer la stabilité. Il faut stopper cette machination et ouvrir la voie à un processus inclusif, seul gage de paix et de stabilité.

La HAC interdit aux médias de donner la parole aux partis politiques suspendus. Cette interdiction est-elle fondée selon vous, ou s’agit-il d’une censure?

Ils agissent au nom de la démocratie, mais craignent ses principes. Comment parler d’État de droit quand l’institution censée protéger la presse, la HAC de Yacine Diallo, se rend complice de ceux qui veulent bâillonner les médias indépendants ? Des journalistes sont arrêtés et détenus en violation flagrante de la loi sur la liberté de la presse : la HAC se tait. De grands médias sont fermés : la HAC se tait. Les autorités menacent et intimident les journalistes : la HAC se taisait encore. Mais elle se montre prompte à aider la junte à faire taire ceux qui résistent. M. Yacine Diallo ne mérite ni notre attention ni notre respect. Qu’il sache que les partis dont il parle sont les plus représentatifs de la Guinée, comme l’ont montré les dernières élections nationales. Rien ni personne ne réussira à nous faire taire. Les nouvelles technologies offrent aujourd’hui des solutions multiples qu’aucun cadre dépassé, au service d’une dictature, ne pourra empêcher.

La HAC interdit également les émissions interactives pendant la campagne référendaire. Que pensez-vous de cette décision ?

Les émissions interactives permettent aux Guinéens d’exprimer leurs opinions. Une Constitution n’est pas un produit interdit qu’on cache au peuple. Elle s’appliquera à tous et doit donc être débattue par tous. Comment exiger le respect d’un texte imposé sans consultation ? Cette attitude prouve que les autorités savent qu’elles n’ont pas le soutien de la majorité et que leur projet repose sur le mensonge et la manipulation. Elles savent aussi qu’à tout moment, cela peut bloquer. Elles craignent la réaction d’un peuple silencieux malgré la terreur et la violence : une réaction qui, le moment venu, pourrait devenir incontrôlable. Un humilié, trompé et trahi par des élites corrompues, liberticides et rétrogrades ressemble à du lait sur le feu : à force de restreindre les libertés — pensée, opinion, expression, rassemblement et association — le lait fini toujours par déborder.

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