Lutte anti corruption en Guinée: «personne ne sera épargné», le nouveau Procureur de la CRIEF annonce les couleurs

il y a 3 heures 24
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Le ton est donné. À peine installé dans ses fonctions de procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), Charles Wright affiche une ligne dure contre la corruption. Nommé en remplacement d’Aly Touré, l’ancien ministre de la Justice a livré, ce jeudi 9 avril 2026, une première déclaration marquée par une volonté affirmée d’intensifier les poursuites.
Dès sa prise de fonction, il a dévoilé un numéro vert (627 97 17 17) destiné à recueillir les dénonciations de pratiques illicites. Un outil qu’il présente comme un levier pour impliquer davantage les citoyens dans la lutte contre la corruption. Dans la même dynamique, le nouveau patron du parquet spécial prévient que nul ne bénéficiera de traitement de faveur, quel que soit son statut.
« Personne ne sera épargné »
 
Dans un discours sans concession, Charles Wright a dressé un constat alarmant de l’ampleur de la corruption en Guinée, estimant qu’elle gangrène aussi bien l’administration publique que le système judiciaire. Il a insisté sur l’incompatibilité de ces pratiques avec les ambitions de développement du pays. « La corruption c’est un poison qui a beaucoup d’adeptes. C’est dans toutes les maisons, la justice, l’administration publique, l’administration privée. Ne soyez pas étonnés demain qu’un ministre actuel dans le gouvernement puisse passer devant la CRIEF. Ne soyez pas surpris qu’un magistrat passe à la CRIEF. Personne ne sera épargné. Ne soyez pas surpris demain, quelle que soit la personne, quand on vient vous dire : oui, il est revenu encore, il a commencé. Au fait, je n’ai pas commencé. Je viens pour terminer dans la légalité ce que j’ai commencé », a martelé M. Wright.
Concernant la déclaration de biens des cadres : l’exemple par le sommet
Dans un souci d’exemplarité, le procureur spécial a annoncé son intention de se conformer lui-même aux obligations légales en matière de déclaration de patrimoine. Une démarche qu’il entend généraliser à tous les responsables concernés.
« J’ai promis, et je le réaliserai. A partir du lundi, je déposerai ma déclaration de biens au niveau du greffe que j’occupe. Parce que la loi sur la détection dit que les présidents de juridiction doivent faire la déclaration de leurs biens au niveau du greffe de leur juridiction. Je me soumettrai à ça demain. Personne ne sera épargné. Qu’on ne me dise pas, non, ça ne se doit pas. Je commencerai par moi-même. Vous m’avez vu, j’ai comparu devant les juridictions ici en tant que ministre, par respect pour la loi. La loi, elle est plus forte que nous tous. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il indiqué.
Une justice pointée du doigt.
Charles Wright n’a pas éludé les dysfonctionnements internes à l’appareil judiciaire. Il a notamment dénoncé le phénomène de corruption dans le traitement des dossiers, qu’il considère comme un frein majeur au développement.
« Le mal est où ? D’abord dans ma propre maison de justice. Pour obtenir une décision de justice, parfois, vous êtes obligé de payer. Il ne faut pas qu’on soit étonné. […] À partir de là, je lance un appel à tous les collègues magistrats. Celui qui est là, il est ministre, il est magistrat : qu’on ne pense pas que la loi, c’est de l’autre côté. Est-ce qu’on peut développer un pays alors que l’on baille à la corruption ? Le doute n’a pas sa place. Quelle que soit ce que nous voulons pour notre pays, on est sorti de la transition, on est dans la phase du développement », a-t-il lancé.
En mettant en place un canal direct de dénonciation et en promettant des actions sans distinction, le procureur spécial entend instaurer une nouvelle dynamique à la CRIEF. Pour lui, les prochains jours seront déterminants pour juger de l’efficacité de son engagement, alors qu’il invite chaque citoyen à devenir acteur de la moralisation de la vie publique.
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