Kintinian (Siguiri) : les femmes, entre survie et sacrifices dans les mines artisanales

il y a 2 heures 13
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Dans la sous-préfecture de Kintinian, une zone aurifère située à 35 kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Siguiri, les sites d’exploitation artisanale continuent d’attirer de nombreuses femmes en quête de survie. Entre pénibilité du travail, faibles revenus et absence de perspectives, ces femmes racontent un quotidien fait de sacrifices et d’incertitudes, a constaté Guineematin.com à travers son envoyé spécial.

Âgée d’une soixantaine d’années, Kadiatou Keïta n’a connu que l’orpaillage traditionnel. En promenade sur le site d’exploitation artisanale appelée « Gbè », la sexagénaire se remémore son parcours avec dignité.

Kadiatou Keita, âgée d’une soixantaine d’années

« Depuis mon jeune âge, je n’ai exercé ni commerce ni autre activité en dehors de l’orpaillage traditionnel. Avant, lorsque les hommes creusaient les puits, nous, les femmes, lavions la terre extraite, nous la tamisions et trions pour récupérer les paillettes d’or à l’aide d’une calebasse ou d’une bassine. Après cette étape, l’or obtenu était partagé », raconte-t-elle. 

Quand elles ne travaillent pas directement avec les hommes, les femmes s’organisent autrement.

« Si nous n’accompagnons pas les hommes, nous prenons la daba et la calebasse pour extraire nous-mêmes la terre et la laver afin de subvenir à nos dépenses », a-t-elle indiqué. 

Les temps ont changé. Le site de Gbè a été exploité et réexploité à plusieurs reprises.

« Nous manquons de sites d’orpaillage traditionnel. Gbè a été travaillé et retravaillé plusieurs fois. Nous travaillons ici dans une grande misère pour assurer nos dépenses et élever nos enfants. Nos maris ne gagnent presque plus. Dans le Bouré, ce sont souvent les femmes qui soutiennent les hommes, parce qu’elles gagnent parfois plus qu’eux », a révélé Kadiatou Keïta. 

Mariame Camara, mariée et mère de quatre enfants, partage la même réalité. Les mains couvertes de boue, elle évoque un métier éprouvant, mais souvent incontournable.

Mariame Camara, native de Kintinian

« Nous souffrons énormément. Ce métier n’est pas durable. Nous demandons aux autorités de nous aider à nous orienter vers d’autres activités pour pouvoir élever nos enfants et préparer leur avenir », a-t-elle sollicité. 

Elle souligne le caractère aléatoire de l’orpaillage artisanal.

« Si vous avez la chance dans les mines artisanales, vous pouvez réussir votre vie et celle de vos enfants. Sinon, c’est le contraire », a-t-elle précisé. 

Mariame a exprimé son affection pour le commerce, tout en reconnaissant ses limites financières.

« J’aime le commerce, mais la rentabilité est faible pour moi. C’est pourquoi je viens sur les sites d’exploitation artisanale de l’or. Je fais cela parce que je n’ai pas les moyens. Sinon, je ne choisirais pas ce métier », a-t-elle dit.

À Gbè, les réalités sont rudes. Sous un soleil accablant, les femmes lavent, tamisent et transportent des charges lourdes pendant des heures. Le travail est physiquement éprouvant et les revenus restent incertains. Elles dénoncent la forte pénibilité du travail, une rémunération souvent inférieure à celle des hommes, les risques sanitaires liés à l’eau polluée, à la fatigue chronique et tant d’autres.

Malgré leur rôle central dans la chaîne de production, lavage, tri, récupération des paillettes (…), ces femmes demeurent largement invisibles dans les politiques publiques.

À Gbè, comme dans plusieurs sites aurifères du Bouré, les femmes constituent un maillon indispensable de l’orpaillage artisanal. Elles assurent non seulement la transformation du minerai en paillettes exploitables, mais aussi la survie économique de leurs ménages.

Derrière chaque paillette d’or récupérée dans les calebasses se cache le combat quotidien de femmes déterminées à nourrir leurs familles et à offrir un avenir meilleur à leurs enfants, malgré la misère et l’incertitude qui pèsent. 

De Siguiri, Kaïn Naboun TRAORÉ envoyé spécial de Guineematin.com 

Tel : (+224) 621144 891

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