Vers une crise de carburant en Guinée ? une ruée vers les stations-services paralyse Conakry

il y a 2 heures 11
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Dès les premières heures de la matinée de ce mardi, 3 mars 2026, les stations-service de Conakry ont été envahies par des files interminables de véhicules et de motos. À Kaporo pont comme à Kipé, c’est la même scène : klaxons, moteurs à l’arrêt, visages crispés. Pourtant, aucun communiqué officiel n’annonce une rupture de carburant. Au contraire, la société nationale des pétroles (SONAP) qu’« il n’existe aucune rupture ni tension structurelle sur l’approvisionnement en produits pétroliers », a constaté Guineematin.com à travers une de ses équipes de reportage.

À la station Shell de Kaporo pont, Ismaël Kanté fait partie des premiers arrivés. L’attente commence tôt, très tôt.

Ismael Kanté, citoyen

« Depuis 7 heures, on est venu ici. Il n’y a pas de carburant. Les gens sont alignés », déplore-t-il.

Autour de lui, l’organisation laisse place à la confusion.

« Des fois, on envoie les policiers ou les gendarmes pour les servir. Nous, nous sommes là depuis le matin. Quand ça pagaille, on arrête. Après, ils recommencent encore. Tout est mélangé », souligne-t-il avec une certaine lassitude.

Les heures passent sans réelle avancée.

« Depuis 7 heures on est là. Et jusqu’à présent, on n’a pas envoyé le carburant. Des fois, ils ont le carburant, ils refusent de donner aux gens. Sinon, ici, le prix, c’est toujours 12 000, maximum 10 litres pour les motards », indique-t-il.

À la station TotalEnergies de Kipé, Bakary Kallé vit la même situation. Arrivé à 8 heures, il devait être au travail une heure plus tard.

Bakary Kallé, citoyen

« Moi, je suis là depuis 8 heures. Je devrais me présenter au travail à 9 heures, mais j’ai constaté une crise dans presque tout Conakry », a-t-il dit.

S’il reconnaît que « ce matin-là ça évolue très bien », il dénonce toutefois certaines pratiques.

« Le petit problème que nous avons rencontré le matin ici, c’est quand les connaissances viennent, on les sert et ils quittent. Nous qui sommes là depuis le matin, ils ne nous regardent même pas deux fois. C’est les petites difficultés qu’on a rencontrées. Sinon, à part ça, ça évolue très bien », a-t-il témoigné.

Pour les motards, la rumeur a commencé dès la nuit précédente. André Tonguino raconte comment l’information s’est propagée autour d’un thé partagé entre collègues.

André Tonguino, conducteur de taxi-moto

« Hier vers 00 heure, j’étais assis à notre base là où on prépare généralement du thé, et tout d’un coup j’ai appris dans la bouche de mes amis qu’il y aura une crise de carburant. Et cette même nuit je suis sorti, mais bon, d’autres stations étaient bondées. Donc je n’ai pas eu le temps, je suis rentré, en attendant le matin », raconte-t-il.

Mais au lever du jour ce mardi, le constat est identique. Et ce qui est le plus marquant, c’est le désordre ambiant au niveau des stations-services.

« Partout où  je passe, depuis mon quartier à petit Simbaya, toutes les stations étaient bondées. Et quand je suis venu, ce qui m’a le plus choqué ici, c’est qu’il n’y a pas d’ordre », a-t-il souligné.

Au fil des témoignages, un élément revient avec insistance : la peur d’une crise annoncée par la rumeur, notamment en lien avec la situation internationale où les prix du pétrole flambent depuis le début des bombardements américano-israéliens contre l’Iran. Dans un communiqué ce mardi, la Société nationale des pétroles (SONAP) a évoqué des “inquiétudes légitimes” des populations face aux impacts de cette guerre au Moyen-Orient sur l’approvisionnement de la Guinée en produits pétroliers. Toutefois, elle a rassuré les usagers de la disponibilité de stocks suffisants de carburant, pour ainsi réfuter les allégations faisant état d’une pénurie de carburant à Conakry.

« Les stocks de carburant actuellement disponibles dans nos dépôts, ainsi que les cargaisons déjà sécurisées et en cours d’acheminement, permettent de couvrir pleinement les besoins nationaux. À ce jour, l’approvisionnement des stations-service sur toute l’étendue du territoire national se poursuit normalement, conformément à la programmation habituelle. Il n’existe donc aucune rupture ni tension structurelle sur l’approvisionnement en produits pétroliers », rassure la SONAP.

Par ailleurs, la Société nationale des pétroles « invite chacun à éviter la spéculation ainsi que les attroupements dans les stations-services, car cela pourrait nuire à une distribution efficace des produits disponibles aux usagers et créer des tensions évitables ».

La crise n’est peut-être pas encore dans les réservoirs à Conakry, mais elle est déjà dans les esprits.

Hadiatou Barry et Mohamed lamine Touré pour Guineematin.com

The post Vers une crise de carburant en Guinée ? une ruée vers les stations-services paralyse Conakry first appeared on Guineematin.com.

Lire l'article en entier