Karé Fouta : Le combat de Mariama Diallo pour un beurre de karité authentique et certifié (interview)

il y a 13 heures 48
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Native de Dalein, dans la région administrative de Labé, Mariama Diallo vit actuellement à Nantes (France), où elle développe progressivement un intérêt particulier pour le beurre de karité. Cet attachement l’a poussée à créer Karé Fouta, une coopérative dédiée à la valorisation de ce produit précieux. Afin de garantir une qualité authentique et d’en faire bénéficier directement les productrices, Karé Fouta s’est implantée dans les montagnes de Mali, plus précisément à Hamdallaye, dans la sous-préfecture de Téliré. De la cueillette des noix à la fermentation, en passant par le triage et la cuisson, Mariama Diallo nous dévoile les coulisses d’un voyage édifiant au cœur de la production artisanale. Lisez !

Guinéenews : Bonsoir Madame. Dites-nous, comment est né cet intérêt pour le beurre de karité ?

Mariama : Tout a commencé en 2018. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours eu l’ambition d’entreprendre et de contribuer au développement de mon pays. J’ai exploré plusieurs domaines, notamment la mode, en achetant et revendant des vêtements et des sacs. Cependant, je cherchais un projet à plus fort impact, un projet qui ait réellement du sens. Mes recherches m’ont permise de constater que le secteur du beurre de karité en Guinée manquait de structure et de professionnalisme. Je me suis alors dit : pourquoi ne pas me lancer dans ce domaine pour aider à structurer le secteur, tout en favorisant l’autonomisation des femmes qui le produisent ? Peu de gens le savent, mais le processus de fabrication est extrêmement difficile et fastidieux. Ces femmes accomplissent un travail incroyable, mais ne reçoivent pas toujours une rémunération juste pour leurs efforts. C’est précisément pour répondre à ce défi que j’ai décidé de créer la coopérative Kaaré Fouta.

Guinéenews : L’objectif humanitaire se dessine déjà clairement dans vos propos !

Mariama : Oui, je me suis fixée deux objectifs principaux : garantir une production de haute qualité et, surtout, assurer l’autonomie financière des femmes évoluant dans le secteur du karité. Ce sont les piliers de la coopérative, avec la volonté constante de générer un impact social positif.

Guinéenews : Avant votre déplacement sur le terrain ici à Mali, aviez-vous déjà testé le beurre de karité provenant de cette zone ?

Mariama : Oui, avant de venir, j’avais demandé à tester le produit. J’en avais commandé 5 litres que je me suis fait livrer en France. J’ai pu tester cette quantité car, parallèlement, je formule moi-même des produits cosmétiques à base de beurre de karité. Je vends du beurre brut, mais j’élabore aussi des soins enrichis avec des huiles végétales comme l’aloe vera, le coco, l’avocat ou le jojoba. Jusqu’ici, j’achetais principalement du beurre de karité de Haute Guinée, notamment de la région de Kankan, où le secteur est plus développé. Mais constatant que rien n’était encore fait en Moyenne Guinée, j’ai décidé d’y implanter quelque chose. Pour ce qui est du choix précis de cette localité, c’est une heureuse coïncidence qui m’a fait atterrir ici.

Guinéenews : Quelle coïncidence ? Expliquez-nous, comment cela s’est-il passé ?

Mariama : En réalité, ce projet s’est structuré en octobre 2023. C’est à cette période que j’ai postulé auprès d’un incubateur français, où j’ai obtenu un accompagnement pour financer l’initiative. C’est là que le véritable travail a commencé. J’ai établi un business plan et j’ai été accompagnée par des entrepreneurs français qui ont cru en moi et en mon projet. Ensemble, nous avons défini les priorités. C’est à ce moment précis que je me suis dit qu’il me fallait un projet à fort impact. Étant née et ayant grandi en Guinée, je suis très sensible à l’amélioration des conditions de vie des femmes. Je me suis donc engagée pour leur autonomisation, car si la majorité des hommes sont aujourd’hui autonomes, les femmes, elles, ont encore besoin de ce soutien en priorité.

Guinéenews : Vous vivez en France où vous valorisez ce beurre. Quel est l’intérêt surtout des clients Européens pour le produit ?

Mariama : Les gens sont vraiment enthousiastes car le beurre de karité regorge d’énormes bienfaits pour la peau. En France, beaucoup de femmes souffrent de problèmes d’hydratation à cause du froid, ou de pathologies comme l’eczéma. Le beurre de karité est une solution efficace pour traiter l’eczéma, l’hydratation et même pour le soin des cheveux. C’est un produit très convoité et valorisé, d’autant plus que de nombreuses personnes en rapportent. Cependant, le beurre de karité de haute qualité reste très rare. Beaucoup d’industriels achètent les noix de karité pour les raffiner ensuite, mais ce processus détériore la qualité du produit. Peu de personnes vendent un beurre de karité authentique et de qualité ; c’est précisément là mon combat : proposer un produit d’exception.

Guinéenews : Mais celui de Mali est-il réellement de qualité ?

Mariama : Oui, absolument. L’intérêt de créer cette coopérative est avant tout de supprimer les intermédiaires pour suivre la production du début à la fin, garantissant ainsi une qualité irréprochable. Comme nous l’avons constaté, le beurre de karité est produit ici de manière artisanale, loin de toute industrialisation. L’objectif de ma coopérative est de préserver et de maintenir ce savoir-faire traditionnel. Nous allons simplement investir dans des moyens techniques pour faciliter la production, sans jamais altérer les propriétés naturelles du beurre. Ce beurre sera ensuite analysé en France par des laboratoires qui établiront un cahier des charges et valideront toutes ses vertus. Au-delà de la simple vente, mon ambition est de proposer un beurre de karité de qualité supérieure, certifié et issu d’un commerce équitable.

Guinéenews : Avez-vous l’assurance d’obtenir la quantité nécessaire dans ces villages ?

Mariama : Oui, j’en ai l’assurance totale. Il suffit de mettre en place les moyens nécessaires pour garantir que cette quantité soit suffisante et constante.

Guinéenews : Vous êtes désormais en contact direct avec ces braves dames. Quelle leçon tirez-vous de cette expérience, après avoir assisté à la production laborieuse du beurre de karité ?

Mariama : J’ai avant tout compris l’extrême pénibilité de leur travail. Vous avez pu voir vous-même la machine qu’elles utilisent pour broyer les noix ; c’est un processus fastidieux et éprouvant. C’est précisément pour cette raison que je lance un appel à tous pour valoriser le beurre de karité de Guinée. Ce produit, issu d’un labeur si difficile, mérite d’être reconnu à sa juste valeur, car valoriser le produit, c’est avant tout valoriser ces femmes. C’est dans cette optique que j’ai décidé de m’investir dans ce secteur : je veux apporter un changement concret. Nous avons d’ores et déjà commencé à investir dans une machine et divers équipements pour améliorer leurs conditions de travail.

Guinéenews : Les productrices semblent d’ailleurs très motivées !

Mariama : Oui, elles sont extrêmement motivées. Vous avez pu constater cette dynamique et cette forte envie de travailler. L’une d’entre elles m’a même interpellée pour me réitérer leur volonté d’agir, malgré le manque de moyens actuels. Pourtant, le potentiel est immense : le village est entouré d’arbres à karité. Avec un soutien technique et matériel suffisant, nous pourrions permettre à de nombreuses femmes de travailler, ce qui transformerait radicalement leur quotidien.

Guinéenews : Pour finir, avez-vous un message à l’adresse des femmes productrices ainsi qu’aux utilisateurs ?

Mariama : Le beurre de karité regorge d’énormes vertus thérapeutiques ; il est riche en vitamines A, E, D et bien d’autres. Il possède également un fort pouvoir de saponification. Malheureusement, ce produit possède des bienfaits que l’on ignore souvent ou que l’on a tendance à minimiser. Je suis née et j’ai grandi en Guinée. Quand j’étais petite et que je tombais malade, on m’appliquait du beurre de karité partout et, le matin, je me réveillais en pleine forme, comme si j’avais pris du paracétamol. Ce que je demande à la population guinéenne, c’est de s’inspirer d’autres pays comme le Sénégal ou le Ghana, qui valorisent énormément le beurre de karité. J’encourage les Guinéens à consommer ce produit. Nous utilisons beaucoup d’huile de palme ou d’arachide pour la cuisson, mais le beurre de karité peut aussi être consommé ; il est riche et excellent pour la santé. C’est le meilleur produit pour l’organisme, que ce soit en usage externe ou interne. C’est un trésor reconnu par les Occidentaux, mais que nous, ici, ne valorisons pas encore assez.

Des propos recueillis par Alaidhy Sow Labé, pour Guineenews.org

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