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Après les sommets historiques atteints en 2024, où le kilogramme de cacao s’échangeait à plus de 60 000 GNF sur certains marchés, la filière fait aujourd’hui face à un retournement brutal de tendance. Depuis le début de l’année 2026, les cours mondiaux ont fortement chuté, oscillant désormais entre 3 000 et 4 100 dollars la tonne, soit une baisse estimée à près de 28 % par rapport aux niveaux précédents. Une situation préoccupante pour les producteurs, notamment en Guinée, où la culture du cacao constitue un pilier essentiel de l’économie rurale.
Cette baisse s’explique en grande partie par les perspectives d’un surplus de production, particulièrement en Afrique de l’Ouest, principal bassin cacaoyer mondial. Une dynamique qui fragilise davantage les producteurs, déjà exposés à la volatilité des marchés internationaux. Dans certaines localités, les conséquences se font déjà durement ressentir, notamment à Nzoo, véritable épicentre de la production cacaoyère dans la région forestière.
Située à 31 kilomètres de Lola, la sous-préfecture de Nzoo dépend largement de la culture du cacao pour la subsistance des populations. Sur place, les producteurs constatent une dégradation rapide de leurs revenus. Sory Traoré, président des producteurs de cacao, décrit une situation devenue préoccupante :
« Aujourd’hui, le prix n’est plus comme avant. Nos acheteurs, basés à Nzérékoré, fixent désormais les tarifs et nous annoncent régulièrement des baisses. »
La semaine dernière encore, le kilogramme de cacao se négociait autour de 16 000 GNF. Désormais, les prix oscillent entre 15 000 et 16 000 GNF, une diminution qui affecte directement la rentabilité des exploitations agricoles.
Pour certains producteurs, la situation est encore plus difficile. Dans les zones rurales reculées, le cacao s’achète entre 15 000 et 16 000 GNF le kilogramme, tandis qu’à Nzérékoré, les prix peuvent atteindre 20 000 à 22 000 GNF. Mais au-delà du niveau des prix, un autre problème majeur se pose : les délais de paiement.
« Le plus difficile, ce n’est pas seulement la vente, c’est d’obtenir son argent après l’achat », confie un producteur local. Les retards de paiement fragilisent fortement les exploitants, dont les revenus dépendent presque exclusivement de cette activité.
Souleymane Keita, président de la Chambre préfectorale de commerce, de l’industrie et de l’artisanat, rappelle que cette baisse n’est pas propre à la Guinée :
« Il s’agit d’une tendance mondiale. Ce phénomène dépasse le cadre national, mais ses conséquences seront bien réelles pour les producteurs locaux, surtout après le boom économique observé ces dernières années. »
Dans les zones rurales, l’impact est particulièrement marqué. La flambée des prix enregistrée ces dernières années avait attiré de nouveaux acteurs, notamment de nombreux jeunes investisseurs séduits par la rentabilité du cacao. Aujourd’hui, le retournement du marché pourrait entraîner d’importantes pertes financières, affectant l’ensemble de la chaîne de valeur.
L’augmentation attendue de la production en Afrique de l’Ouest constitue également un facteur aggravant. Une offre excédentaire pourrait accentuer la pression sur les prix déjà en baisse, exposant davantage les petits producteurs à la précarité économique. Cette surproduction risque par ailleurs d’intensifier la concurrence entre producteurs, tirant les revenus vers le bas.
Face à cette crise, producteurs et autorités locales sont appelés à réagir rapidement afin de préserver cette filière stratégique. Plusieurs pistes sont évoquées, notamment la diversification des sources de revenus agricoles afin de réduire la dépendance au cacao. Un meilleur encadrement des circuits commerciaux, ainsi qu’un soutien institutionnel renforcé, pourraient également contribuer à stabiliser les prix et à améliorer les conditions de paiement.
Par ailleurs, l’investissement dans des mécanismes de prévision et d’anticipation des marchés apparaît essentiel pour permettre aux producteurs de mieux faire face aux fluctuations internationales.
Vers une filière plus résiliente
Le secteur du cacao en Guinée, à l’instar de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, traverse une période d’incertitude majeure. Entre baisse des prix, difficultés d’accès au financement et retards de paiement, les producteurs se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité.
Toutefois, une meilleure organisation de la filière, associée à une diversification agricole et à des politiques d’accompagnement adaptées, pourrait renforcer la résilience des producteurs. L’enjeu est crucial : préserver une activité essentielle pour les économies rurales tout en garantissant des revenus durables aux acteurs de la filière.
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il y a 2 heures
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