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Il fut un temps, cher Yéro Baldé, où tu marchais sur l’eau boueuse du fleuve Niger sans même te salir les chevilles. C’était en 2020. Ce jour-là, tu as claqué la porte du gouvernement d’Alpha Condé avec une élégance rare, un cartable sous le bras et une réputation intacte. Tu refusais le troisième mandat. Tu dénonçais les 47 000 étudiants fantômes. Tu réformais l’université avec la rigueur d’un comptable qui n’a jamais rien volé de sa vie. La Guinée entière retint son souffle, puis exhala un cri de fierté : enfin un homme propre. Dans les maquis de Dixinn, dans les cours d’école de Kankan, sur les marchés de Labé, on n’avait qu’un nom à la bouche. Yéro Baldé, le héros. On aurait presque voulu coudre son visage sur nos pagnes, à côté du portrait de Sékou Touré — le héros et le … héros. Paix à l’âme de Ibrahima Baba Kaké.
Hélas, chez nous, les héros ont un défaut : ils finissent toujours par redescendre sur terre. Et toi, tu as atterri en 2026, en pleine présidentielle que tout le monde, sauf toi peut-être, savait perdue d’avance. Face à Doumbouya — l’homme qui a l’armée, la télévision nationale, et les bananes de Boké — tu avais pourtant une arme secrète. Ta vertu. Ton passé. Cette réputation d’homme propre qui aurait dû peser plus lourd que tous les blindés du camp Alpha Yaya Diallo. Mais chez nous, la vertu ne gagne pas les élections. Elle les décore, comme une nappe propre sur une table bancale.
Quand les résultats tombèrent — 6,59 %, très loin derrière le Général — tu crias à la fraude. Très bien. Tu saisis la Cour suprême. Très bien encore. On retint notre souffle, une seconde fois. On sortit le popcorn, comme aux grandes nuits électorales nigérianes. On appela ses cousins de France : « Cette fois, Yéro va se battre jusqu’au bout. » Et puis… rien. Tu retiras ton recours. « Difficultés d’accès », « besoin d’apaisement », « circonstances regrettables ». Cher Yéro, même le vieux caïman qui dort sous le pont de Faranah aurait honte d’avaler une excuse pareille. Depuis quand un lion recule parce que la porte du palais de justice est étroite ?
Et là, commença ta descente. Tu annonças boycotter les législatives. Puis tu les acceptas. Puis tu menaças de nouveau. À chaque volte-face, tes partisans se grattaient la tête — puis la tournaient, puis la détournaient complètement, comme on détourne les yeux d’un parent qui fait une honte en public. Le grand économiste de Columbia University s’était mué en funambule de marché, celui qui jongle avec trois oranges et en laisse tomber deux. Dans Conakry, les gosses jouaient désormais à un nouveau jeu : « Yéroprésident ? Non, Yéro absent. » Les enfants, chez nous, ont toujours eu le don de résumer ce que les adultes n’osent pas dire.
En Guinée, on ne tue plus les héros. On les invite à une conférence de presse, on leur tend un micro, et ils s’évanouissent tout seuls. Tu es devenu, cher YéroBaldé, le héros zéro : l’homme qui avait tout pour écrire une belle page, mais qui a rendu sa copie blanche. Non pas par manque de talent — tu en as, et tout le monde le sait. Mais par peur des ratures. Par fatigue de l’intégrité. Parce qu’il est plus simple, finalement, de ressembler aux autres que de rester debout quand tout le monde est courbé sous le même vent.
Alors que reste-t-il de toi ? Une belle démission en 2020. Une série de revirements en 2026. Et ce parfum de gâchis qui flotte sur Conakry comme une odeur de pneus brûlés au lendemain d’une manifestation avortée. Tu avais le peuple, l’histoire et l’éthique. Il te manquait une chose, la seule qui compte vraiment : le courage de continuer quand ça fait mal.
Si jamais tu repasses par ici, n’oublie pas de rapporter ton costume de héros. Il prend la poussière quelque part, entre deux discours et un silence. Entre le Yéro de 2020, qui faisait trembler les régimes, et celui de 2026, qui fait hausser les épaules — et parfois, dans les coins sombres des maquis, quelques larmes discrètes. Parce que chez nous, on pleure aussi les héros qu’on a perdus sans qu’ils soient morts.
Ousmane Boh KABA
L’article Yéro Baldé : Du héros au zéro pointé (Par Ousmane Boh Kaba) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
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