« Nous sommes en 2026, pas en 1946 »- António Guterres dénonce l’absence de sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité

il y a 2 heures 18
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Au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, en Éthiopie, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, qui arrive en fin de mandat, a chaleureusement remercié samedi l’Afrique pour le soutien dont il a bénéficié. Il a ensuite rendu hommage au combat du continent pour la justice.

Le chef des Nations unies a également souligné que l’Afrique a droit à des sièges permanents au Conseil de sécurité.

« L’absence de sièges permanents pour l’Afrique au Conseil est indéfendable. Nous sommes en 2026, pas en 1946 », a-t-il déclaré devant le pupitre.

Ci-dessous, le discours intégral…

Monsieur le Président Lourenço, Président de la Rébublique d’Angola et Président de l’Union africaine,

Distingués chefs d’État et de gouvernement,

Président Mahmoud Ali Youssouf, de la Commission de l’Union africaine,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Dans un monde en proie aux divisions et à la méfiance, lUnion africaine est un bastion du multilatéralisme.

Je lui en suis profondément reconnaissant.

Je noublierai jamais le soutien indéfectible et déterminant que ma apporté le Groupe des États dAfrique à l’ONU, au gré de toutes les questions et de toutes les initiatives, dans notre lutte commune pour la justice et légalité.

Votre solidarité nous a non seulement rendus plus forts, mais elle ma aussi profondément touché. Je ne loublierai jamais.

Dès le premier jour de mon mandat, lONU et lUnion africaine ont forgé un partenariat fondé sur le respect, un dialogue permanent et une solidarité sans faille.

Ces 10 dernières années, notre coopération a atteint de nouveaux sommets.

Nous avons mis en place des mécanismes communs pour la paix et la sécurité, le développement durable et les droits humains.

Nous avons collaboré pendant la pandémie de COVID-19.

Nous avons noué de nouveaux partenariats cs.

Et nous avons adopté la résolution 2719 du Conseil de sécurité, texte historique qui ouvre la voie à un financement prévisible des opérations de soutien à la paix menées par lUnion africaine.

Nous avons eu lhonneur de soutenir les priorités de lUnion africaine, que ce soit linitiative Faire taire les armes, lAgence humanitaire africaine ou encore la promotion de transitions politiques inclusives.

Et nous nous tenons aux côtés de lAfrique dans le combat quelle mène pour la justice au niveau mondial.

Ce faisant, nous nous dressons contre les séquelles laissées par lesclavage et le colonialisme, notamment en répondant à votre appel à la mise en place de cadres de justice réparatrice.

Nous agissons pour les objectifs de développement durable.

Nous menons des actions ambitieuses contre les changements climatiques.

Et nous œuvrons au renforcement du multilatéralisme pour le XXIe siècle en amorçant une réforme de larchitecture financière internationale et la réforme tant attendue du Conseil de sécurité de lONU.

L’absence de sièges permanents pour l’Afrique au Conseil est indéfendable.

Nous sommes en 2026, pas en 1946.

À chaque fois quil est question de lAfrique et du monde, il faut que lAfrique ait voix au chapitre.

Excellences,

Ces priorités ont façonné le Pacte pour lavenir, inspiré par les dirigeantes et les dirigeants africains, ainsi que lInitiative ONU80, qui visent à renforcer lappui apporté par lONU à lAfrique et au reste du monde.

Pour lavenir, notre action continuera de sarticuler autour de trois grands axes.

Premièrement – la paix.

Au Soudan, les parties doivent sengager à cesser immédiatement les hostilités et à reprendre les pourparlers afin de parvenir à un cessez-le-feu durable et à un processus politique global, inclusif et dirigé par les Soudanaises et les Soudanais.

Au Soudan du Sud, le Comité ad hoc de haut niveau de lUnion africaine est appelé à jouer un rôle important pour relancer le dialogue politique et empêcher une reprise du conflit.

En République démocratique du Congo, il faut que les engagements soient tenus, à commencer par un cessez-le-feu immédiat et le respect de l’intégrité territoriale de la RDC.

En République centrafricaine, il faut consolider les avancées politiques et les progrès en matière de sécurité.

En Libye, tous les acteurs doivent mener à bien un processus politique dirigé par les Lybiennes et les Libyens, avec le soutien de la Mission dappui des Nations Unies.

Dans toute lAfrique de lOuest et le Sahel, il est essentiel de mener des efforts coordonnés pour mettre fin aux cycles de violence, au terrorisme et aux déplacements.

Et en Somalie, il est vital de garantir un financement durable et prévisible de la Mission dappui et de stabilisation de lUnion africaine.

Je regrette que les membres du Conseil de sécuriténaient pas réussi à sentendre pour financer cette Mission au moyen des contributions statutaires.

Sil est une Mission qui mérite lappui de la communauté internationale, cest bien celle-ci.

Plus généralement, nous procédons actuellement à un examen des opérations de paix afin de nous assurer que les mandats sont réalistes, structurés et dotés de ressources suffisantes, et quils reposent sur des stratégies de transition claires.

Excellences,

Deuxièmement – l’action économique.

Les pays en développement font face à un déficit de financement vertigineux des Objectifs de développement durable de quatre mille milliards de dollars par an.

Dans le même temps, l’Afrique perd chaque année davantage en remboursements de la dette et en flux financiers illicites qu’elle ne reçoit d’aide.

Parallèlement, les pays africains paient des taux d’emprunt jusqu’à huit fois supérieurs à ceux des économies avancées.

Nous devons tripler la capacité de prêt des banques multilatérales de développement.

Mobiliser davantage de financements privés.

Réduire les coûts et les risques d’emprunt, et soutenir les pays en situation de surendettement.

Et réformer l’architecture financière internationale afin de garantir aux pays en développement, et notamment aux pays africains, une voix et une participation pleines et entières dans les institutions financières et les prises de décisions.

La communauté internationale doit aussi assumer pleinement ses responsabilités dans la lutte contre le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et les flux financiers illicites.

Excellences,

Troisièmement – laction climatique.

Le thème du Sommet souligne quil est urgent de mettre en place des systèmes dapprovisionnement en eau et dassainissement résilients pour faire face au réchauffement de la planète.

La science ne laisse planer aucun doute : le réchauffement planétaire dépassera la limite de 1,5 °C.

Notre devoir à toutes et à tous est de faire en sorte que ce dépassement soit le plus faible, le plus court et le moins dangereux possible.

Les pays du G20 sont à lorigine de presque 80 % des émissions mondiales.

Ils doivent réaliser des réductions importantes au cours de cette décennie.

Quant à lAfrique, qui concentre 60 % du potentiel solaire mondial, elle peut devenir un poids lourd des énergies propres.

Pourtant, elle ne comptabilise que 2 % des investissements mondiaux dans ces énergies.

Alors quelle na pratiquement pas contribué à la crise, lAfrique est confrontée à un réchauffement plus rapide que la moyenne.

Ladaptation doit être une priorité.

Les pays développés doivent donc : tripler leur financement de ladaptation…

Mobiliser 1 300 milliards de dollars par an pour les pays en développement dici à 2035, tel que convenu à Baku

Renforcer le Fonds pour les pertes et préjudices.

Accélérer une transition juste, ordonnée et équitable pour passer des combustibles fossiles aux énergies renouvelables.

Généraliser les dispositifs dalerte rapide.

Et veiller à ce que les pays dAfrique soient les premiers à tirer pleinement parti de leurs minéraux critiques grâce à des chaînes de valeur et à des processus de production équitables et durables, conformément aux recommandations du Groupe chargé de la question des minéraux critiques pour la transition énergétique.

Halte à lexploitation. Halte au pillage.

Les peuples dAfrique doivent bénéficier des ressources de lAfrique.

Excellences,

Votre leadership et votre solidarité ont guidé chacun de mes pas en tant que Secrétaire général.

Continuons sur notre lancée en renforçant notre partenariat pour la paix, le développement durable et les droits humains en Afrique et dans le monde entier.

Et permettez-moi une dernière observation.

Certains ont décrit ma présence ici comme un adieu. C’est faux.

Je peux vous garantir que jusqu’à la fin de mon mandat, l’Afrique sera la priorité numéro un de l’ONU dans toutes ses activités.

Et que le partenariat entre l’Union africaine et l’ONU sera notre partenariat stratégique le plus important.

Après le 31 décembre, je peux vous garantir que, où que je sois, quoi que je fasse, l’Afrique sera toujours au centre de mes préoccupations et de ma solidarité active.

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