« Nimba, le trésor vert de la Guinée : et si le tourisme écologique devenait notre panda géant ? » ( Par Boubacar Caba Bah)Chengdu, Chine, la ville des pandas géant – un exemple de gestion touristique écologique qui pourrait inspirer un « Nimba Pour Tous » pour la Guinée

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Chengdu, Chine, la ville des pandas géant – un exemple de gestion touristique écologique qui pourrait inspirer un « Nimba Pour Tous » pour la Guinée

 

Un panda géant. Crédit photo Boubacar Caba Bah

Capitale administrative du Sichuan, Chengdu est une métropole moderne de 12 millions d’habitants, à l’image des grandes villes chinoises. Son centre-ville, marqué par une forêt de gratte-ciel imposants, s’étend le long de boulevards majestueux. Les infrastructures de transport — aéroport, métro, gare ferroviaire — y sont aussi modernes, technologiques et fonctionnelles que dans les autres métropoles du pays, bien que la ville, relativement ancienne, conserve un charme particulier. En cette période de vacances chinoises, la foule anime chaque recoin de la cité.

Désignée comme pôle de développement économique de l’ouest de la Chine, Chengdu a connu une croissance fulgurante ces dernières décennies, portée par des secteurs variés : sidérurgie, manufacture, agroalimentaire, électronique, automobile, biomédecine et informatique. Sa position géographique stratégique, porte d’entrée vers le Tibet et les vastes territoires de l’ouest, en fait un hub logistique de premier plan. Des zones industrielles spéciales y ont été créées, attirant multinationales et PME, tandis que des centres de recherche de pointe, adossés à des universités renommées, accueillent chercheurs et étudiants du monde entier, dont des Guinéens.

 Mais ce qui fait la renommée internationale de Chengdu, ce sont ses pandas géants (Ailuropoda melanoleuca), ces mammifères carnivores au pelage blanc tacheté de noir autour des yeux, des oreilles, des pattes et des épaules. Endémiques des régions du Sichuan, du Shaanxi et du Gansu, dans le centre-ouest de la Chine, ces géants paisibles, proches des ours, se nourrissent presque exclusivement de bambou.

Chassés des plaines par la déforestation et les activités humaines, les pandas géants ont frôlé l’extinction. Grâce à des campagnes de protection rigoureuses et à une lutte acharnée contre le braconnage, leur statut est passé de « en voie de disparition » à « en danger ». Le gouvernement chinois a également fait du panda un ambassadeur diplomatique, le « prêtant » à des zoos étrangers en échange de la promotion de ses efforts de conservation.

Pour sauver l’espèce, les autorités chinoises ont créé à Chengdu un Centre de recherche sur le panda géant. Ce dernier, en partenariat avec des zoos du monde entier, mène des programmes de recherche, d’élevage et de réintroduction dans la nature. Les millions de visiteurs y découvrent les pandas dans un environnement semi-naturel, offrant une expérience unique. Un second centre, situé à Qingchengshan, près de Dujjiangyan, abrite une base d’élevage en milieu naturel.

Ces deux sites attirent des millions de touristes chaque année et génèrent des centaines de millions de dollars de retombées économiques pour la région.

Et si la Guinée s’inspirait de ce modèle ?

Les chimpanzés du Mont Nimba utilisant des outils. Crédit photo Kathelijne Koops

La Guinée possède un potentiel touristique inégalé : les espèces animales et végétales uniques du mont Nimba, classé patrimoine mondial par l’UNESCO. Cette réserve transfrontalière, à la frontière avec le Libéria et la Côte d’Ivoire, abrite des espèces rares, comme des chimpanzés utilisant des outils ou des crapauds vivipares, sans compter éléphants, phacochères, panthères et lions, qui pourraient y être réapprovoisés ou réintroduits.

Le tourisme, souvent relégué en Guinée au second plan derrière les mines, pourrait pourtant devenir un levier économique majeur, créateur d’emplois et de richesses pour les régions, sans les impacts destructeurs de l’exploitation minière. En 2024, le tourisme a généré 168 milliards de dollars en Afrique. L’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud en sont les principaux bénéficiaires, tandis que le Sénégal, moins doté en sites naturels que la Guinée, table sur 328 millions de dollars de revenus d’ici 2028.

 

Le mont Nimba. Crédit photo

Pour transformer le mont Nimba en un pôle économique basé sur l’écotourisme, voici les étapes clés inspirées des stratégies gagnantes de la Banque mondiale :

  1. Évaluer la demande touristique
    Il faut d’abord mesurer l’intérêt des Guinéens, tant sur place que dans la diaspora, pour découvrir leur propre patrimoine. Le marché national doit servir de laboratoire avant d’attirer les touristes étrangers. Une étude de marché révélerait probablement un fort potentiel, les dépenses locales our lea Guinéens étant bien moindres et exemptes des tracas liés aux visas et aux voyages lointains.
  2. Bâtir une gouvernance touristique solide et coordonnée
    La gestion du tourisme ne peut plus relever uniquement du ministère de la Culture. Une structure autonome, indépendante et professionnelle, composée d’experts recrutés sur concours et non nommés pour des raisons politiques, doit être créée. Son conseil d’administration devrait rassembler représentants locaux, secteur privé et État, avec un budget et une autonomie suffisants pour atteindre des objectifs précis.
  3. Impliquer les PME locales dès le départ
    Le tourisme génère des activités connexes : hébergement, restauration, services de guides, logistique, transport… Il est crucial d’associer dès maintenant les entreprises locales à ce projet, afin de s’assurer de leur engagement et de leur contribution à sa réussite.
  4. Investir dans les infrastructures physiques et institutionnelles
    L’État doit prioriser la construction de routes, d’aéroports, de ponts, de services medicaux, de sources fiables d’énergie électrique et améliorer les télécommunications. La sécurité, la justice et les formalités administratives doivent aussi être renforcées. Plutôt que de réinventer la roue, il serait judicieux d’étudier les parcs similaires dans le monde pour s’inspirer de leurs infrastructures : sentiers, boutiques de souvenirs, téléphériques, pistes de randonnée, systèmes de surveillance, etc.
  5. Mettre l’accent sur la conservation et la restauration
    La formation et l’équipement des gardes forestiers, ainsi que la création d’un centre de recherche scientifique ouvert aux chercheurs internationaux, sont essentiels pour préserver et enrichir l’écosystème du Nimba.
  6. Mesurer les résultats et ajuster la stratégie
    Il faudra évaluer régulièrement la fréquentation, l’impact économique, la satisfaction des visiteurs et ajuster la stratégie en conséquence. Les responsables performants devront être récompensés, tandis que ceux qui ne répondent pas aux attentes devront rendre des comptes.

Rendez-vous en 2027 pour le lancement de « Nimba pour tous », dans le cadre du programme Simandou 2040.

Prochaine étape : Xi’an et son armée de soldats en terre cuite.

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