PLACEZ VOS PRODUITS ICI
CONTACTEZ [email protected]
La transformation du paysage s’opère à un rythme soutenu à Tayaki (dans la commune de Lambanyi) et soulève de sérieuses préoccupations environnementales. À quelques mètres du littoral, une nouvelle zone de constructions gagne progressivement du terrain sur un espace autrefois caractérisé par la présence d’eaux stagnantes, de mangroves et d’activités agricoles et halieutiques. Ce qui était hier une zone humide fonctionnelle tend aujourd’hui à devenir un front urbain, sans que les garanties nécessaires en matière d’aménagement durable ne soient clairement établies.
Mamadou Cellou Diallo, coordinateur de l’ONG sauvons nos îles« On est dans une ville où on est au bord de la mer et on n’a pas de plage ; on est au bord de la mer et on n’a pas accès à la mer. Je pense que c’est aussi un problème. Parce que Conakry, c’est une presqu’île, on a pas mal d’atouts naturels auxquels on ne bénéficie pas », déplore Mamadou Cellou Diallo, coordinateur de l’ONG Sauvons Nos Îles.
Notre interlocuteur rappelle que la zone de Tayaki n’est pas un terrain ordinaire. Il s’agit d’un écosystème humide, historiquement marqué par la présence de mangroves (des formations végétales essentielles à la régulation des équilibres côtiers, à la protection contre l’érosion et à la reproduction de nombreuses espèces halieutiques). Leur disparition progressive au profit du béton pose, selon lui, un problème écologique majeur.
« Cette zone est une zone humide, c’est-à-dire c’était une zone où il y avait assez d’eau, où il y avait beaucoup de mangroves », a-t-il dit.
Dans un pays comme la Guinée, régulièrement confronté à de fortes précipitations, la disparition de ces zones tampons pourrait aggraver les risques. Construire sans étude préalable d’impact environnemental ni respect des normes d’urbanisme expose les futurs habitants à des dangers récurrents.
« Aujourd’hui, vouloir construire dans cette zone aura forcément des impacts sur l’environnement. Pendant la saison de pluie, il y a beaucoup d’inondations (…) et si on construit des maisons sans tenir compte des plans qu’il faut, je pense qu’il y aura assez de dégâts », prévient-il.
Au-delà des pluies, c’est également la montée du niveau de la mer et les phénomènes de crues qui inquiètent. Les zones humides côtières, par nature instables, sont particulièrement vulnérables à la submersion marine. L’urbanisation de ces espaces revient, selon les spécialistes, à installer des populations dans des zones à haut risque.
Par ailleurs, cette mutation rapide entraîne la disparition d’activités économiques locales. Jadis, ces terres servaient à la pêche artisanale pendant la saison des pluies et à la riziculture en période favorable. Leur conversion en zone résidentielle représente donc une perte directe de moyens de subsistance pour plusieurs communautés.
« Pendant la saison de pluie, il y en a qui faisaient même l’activité de pêche (…) il y a souvent des agriculteurs qui font l’agriculture du riz dans cette zone », rappelle-t-il.
Pour lui, Tayaki aurait pu devenir un pôle agricole périurbain capable de contribuer à la sécurité alimentaire de la capitale.
« Cette zone pouvait être réservée spécialement pour nourrir Conakry », suggère-t-il, évoquant une alternative de développement plus durable.
Tout en reconnaissant la pression démographique et la nécessité d’étendre la ville, Mamadou Cellou Diallo appelle à une meilleure planification urbaine. Il cite notamment des zones comme Dubréka et Coyah, où des projets d’aménagement structurés pourraient absorber une partie de la demande en logements, sans compromettre des écosystèmes sensibles.
Enfin, dans un contexte mondial marqué par l’intensification des effets du changement climatique -pluies imprévisibles, montée des eaux, événements extrêmes- Mamadou Cellou Diallo alerte sur les risques d’investissements mal sécurisés.
« Aujourd’hui on ne sait pas quand est-ce qu’il va pleuvoir. Si on ne sécurise pas aussi nos investissements, à la longue on risque d’avoir des problèmes », prévient-il.
À Tayaki, l’enjeu dépasse donc la simple question foncière. Il s’agit d’un arbitrage crucial entre urbanisation rapide et préservation des équilibres naturels. Sans une régulation rigoureuse et une vision à long terme, cette avancée du béton pourrait bien se transformer, à terme, en crise environnementale et sociale majeure.
Hadiatou Barry pour Guineematin.com
The post Tayaki (Conakry) : des constructions dans une zone humide inquiètent sur les risques environnementaux first appeared on Guineematin.com.
.png)
il y a 1 heur
17



















English (US) ·