L’approche PPP en Guinée : un catalyseur d’investissements entre enjeux et perspectives (Par B.M. Kaba)

il y a 7 heures 36
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Introduction

Selon la Banque mondiale, pour atteindre les objectifs de développement durable, les pays en développement font face à un besoin annuel de 1500 milliards de dollars (soit 4,5 % de leur PIB) pour leurs infrastructures. Cette somme excède largement leurs capacités de financement (Djitté, 2024, p.10).

De plus, le 5 février 2026, devant les ambassadeurs réunis à Abidjan, le président de la BAD, le Dr Sidi Ould Tah a souligné l’ampleur du défi infrastructurel africain, estimé à 400 milliards de dollars par an. Poursuivant son allocution, il a souligné que cette faramineuse somme serait même hors de portée des seules capacités financières des institutions multilatérales (Banque mondiale, Banque africaine de développement (BAD) et autres).

Étant donné qu’il incombe traditionnellement à un État de financer ses services publics, cette réalité impose l’adoption d’un nouveau paradigme de collaboration entre les secteurs public et privé pour mener à bien les projets d’envergure.

Mise en contexte situationnel :

La Guinée accélère son émergence en modernisant ses infrastructures économiques et sociales.  Qu’il s’agisse des secteurs stratégiques (transport, énergie, numérique…) ou sociaux (santé, éducation…), le pays vit une métamorphose profonde, soutenue par un investissement massif de l’État et de ses partenaires internationaux. Selon la BAD, les indicateurs sont au vert d’autant plus que l’économie guinéenne fait preuve d’une résilience remarquable face aux défis régionaux. Tirée par les mines et l’agriculture, la croissance a atteint 5,7 % en 2023 (contre 4,5 % en 2022). Parallèlement, une gestion rigoureuse a permis de ramener l’inflation de 10,5 % à 7,8 %.

Malgré cette performance économique enregistrée, il est désormais manifeste que l’État ne peut combler seul l’ensemble des besoins de sa population et améliorer substantiellement son niveau de vie.

C’est en cela que la Guinée aura tout avantage à recourir au modèle PPP qui constitue en soi une nouvelle dynamique d’investissement. Ce modèle, selon la Banque mondiale (2018), favorise l’accès aux services de base en mettant l’expertise et le financement privé au profit de l’intérêt général.

Tout comme les marchés publics traditionnels, les PPP sont l’un des contrats de la commande publique dont le cycle de vie du projet obéit aux paramètres de la triple contrainte (coût, délai et performance).

En effet, il n’existe pas de définition consensuelle du concept PPP. Toutefois, l’examen des tentatives avancées révèle des constantes tant en ce qui concerne la distribution des responsabilités et des risques que la gestion des objectifs de performance et le paramétrage de la durée.

En République de Guinée, les contrats de PPP sont à ce jour encadrés par la loi L/2017/032/AN du 4 juillet 2017 portant sur les partenariats public-privé, ainsi que par son décret d’application D/2021/042/PRG/SGG du 5 février 2021. Selon cette loi, le Partenariat Public Privé (PPP) :« désigne tous les accords, quelle que soit leur dénomination ou leur forme        contractuelle, dans lesquelles une Personne Publique confie pour une période déterminée à une Personne Privée dont la rémunération est substantiellement liée à l’exploitation du service, une mission comprenant au moins l’obligation d’exploitation (avec ou sans délégation du service public) ou de maintenance de l’Infrastructure et pouvant également prévoir des obligations de financement et/ou de conception et/ou de construction de l’Infrastructure. »

Le régime des PPP englobe diverses modalités contractuelles. Il peut s’agir d’un contrat de partenariat classique, d’une délégation de service public ou de montages spécifiques comme le BOT (Construction-Exploitation-Transfert) et ses dérivés. Pourvu qu’ils respectent les critères fondamentaux du partenariat public-privé.

En vertu de l’article 19 de la loi susmentionnée, la durée d’un contrat de PPP varie selon la période d’amortissement nécessaire des actifs. Sous réserve de l’autorisation du ministre des Finances, cette durée ne saurait excéder trente (30) ans.

À noter que la réglementation guinéenne des PPP décline le cycle de vie des projets en cinq phases successives, à savoir : l’identification des projets publics, leur évaluation, la structuration du financement, la passation et la contractualisation des PPP, ainsi que l’exécution et le suivi des contrats de PPP.

Riche d’un potentiel minier exceptionnel, la Guinée attire des flux d’investissements croissants qui imposent une modernisation constante du climat des affaires. Au cœur de cette dynamique, le modèle des Partenariats Public-Privé (PPP) interroge : constitue-t-il un simple palliatif aux limites budgétaires de l’État ou un véritable levier de transformation structurelle ? Entre opportunisme financier et modernisation de l’appareil productif, cette analyse examinera d’abord le rôle des PPP dans le développement des infrastructures en Guinée (I), avant d’identifier les défis majeurs conditionnant la réussite de leur déploiement (II).

  1. Le rôle des PPP dans le développement des infrastructures en Guinée

Véritable tremplin pour le financement de projets complexes, les PPP sont des instruments d’action publique (IAP)  dont l’utilisation constitue un choix délibéré pour l’État, (Hudon, 2016).  Comme le souligne le professeur Tony Gomez-Ibánez, professeur à l’université de Harvard, le recours aux PPP ne doit pas être systématique, car il doit non seulement se justifier par sa pertinence économique, mais aussi par son acceptabilité politique.

Cela suppose des prérequis indispensables devant motiver un tel choix. De notre point de vue, pour financer ses projets stratégiques à forte rentabilité économique et financière, la Guinée gagnerait à privilégier d’abord sa capacité d’endettement notamment via des taux concessionnels ou semi-concessionnels. La viabilité économique de ces investissements garantissant un amortissement rapide de la dette, une analyse coûts-bénéfices (ACB) s’avère indispensable. En complément, une évaluation préalable du coût d’opportunité lui permettra d’optimiser ses stratégies d’approvisionnement. L’objectif est d’arbitrer entre fonds propres et endettement, tout en comparant la pertinence du marché public traditionnel face au modèle du PPP en termes de valeur ajoutée.

Ainsi lorsque requis, le choix du modèle PPP doit être rigoureusement justifié par l’autorité publique, tant par la démonstration de sa nécessité (A) que par la preuve de son opportunité (B).

  1. Le PPP comme choix par nécessité :

Face aux enjeux stratégiques internationaux, l’investissement dans des secteurs à forte rentabilité économique ou financière vise à accroître le bien-être social par une meilleure accessibilité aux services fondamentaux, au premier rang desquels figurent l’eau et l’électricité.

Parallèlement, tenaillé entre l’immensité de ses besoins en infrastructures, et les contraintes budgétaires, exacerbées par    ses capacités d’endettement très limitées, l’État éprouve d’énormes difficultés pour faire face à ses objectifs d’investissement.

Comme catalyseur de transformation sociale, les PPP sont une réponse optimale aux défis de l’État guinéen en ce qu’ils favorisent une meilleure externalisation du financement des infrastructures majeures. C’est un montage juridico-financier qui permet d’accélérer la mise en œuvre des priorités de développement d’un pays sans nécessairement alourdir la dette publique, en répartissant les risques et les coûts (Sadok, 2026).

Par ailleurs, le modèle des Partenariats Public-Privé (PPP) présente un avantage financier majeur. En effet, en plus de la possibilité pour le partenaire privé d’assurer le financement initial, épargnant ainsi à l’État tout décaissement avant la mise en service des infrastructures, il vise à investir immédiatement. Une fois l’ouvrage opérationnel, les paiements sont échelonnés sur toute la durée du contrat. Suivant la structuration retenue, la rémunération du partenaire privé s’effectue selon trois modalités :

  • Le paiement public pour lequel l’État assure directement les loyers ;
  • Le paiement par les usagers (PPP marchand) dont le financement repose sur la tarification du service ;
  • Le paiement mixte [1]consistant en une combinaison de paiements publics sous forme de loyers en complément des redevances perçues auprès des usager.
  1. Le PPP en tant qu’opportunité stratégique :

Contrairement au modèle classique, le PPP constitue un mode innovant d’acquisition d’actifs capitalistiques (capital assets). En tant qu’outil alternatif de financement et d’approvisionnement aussi bien en infrastructures qu’en services publics, c’est un excellent levier de modernisation et d’accélération de transformation économique du pays permettant de massifier plus vite les investissements notamment dans les secteurs vitaux.

Pour garantir une qualité de service irréprochable tout en préservant l’intérêt général, chaque projet doit concilier optimisation des dépenses et soutenabilité budgétaire. C’est précisément cette quête de performance qui pousse l’État vers le modèle des PPP. En proposant des montages solides et transparents, la Guinée peut devenir un pôle d’attraction pour les investisseurs nationaux et internationaux, stimulant ainsi son économie et son attractivité globale.

À ce titre, l’expert Moustapha Djitté souligne que les PPP sont à la fois une panacée aussi bien pour l’État que le secteur privé en ce sens qu’ils créent une synergie bénéfique entre sphères publique et privée. Il en ressort donc que ce modèle représente une voie idoine pour concrétiser des projets structurants à forte valeur ajoutée en termes de création d’emplois. Car, abordant dans le même sens, Dr Samba Diop déclarait dans le journal TABAX ceci :

« Les PPP constituent une alternative permettant de financer les projets au mieux des intérêts de toutes les parties tout en exécutant des programmes structurants à fort impact de création d’emplois. »

Au-delà du fait que le PPP est un puissant outil stratégique de captation des ressources additionnelles provenant de financement externe, il vise surtout à contribuer, (Kouyaté, 2026, p. 6) à la modernisation de la gestion publique, à favoriser l’innovation, à encourager les gains d’efficience réels et stimuler l’économie locale.

Au-delà de la mitigation des risques par un partage optimal entre les parties, le modèle du PPP permet à la Guinée de bénéficier de l’expertise technique et de la capacité d’innovation de ses partenaires. En misant sur des technologies de pointe, ce transfert de compétences favorise le renforcement de l’expertise domestique. Le secteur privé, reconnu pour son agilité et son expérience dans la réalisation de projets complexes, devient ainsi un moteur essentiel de la croissance économique du pays.

L’assignation d’une responsabilité globale au secteur privé incluant la conception, la maintenance et l’exploitation, garantit une coordination accrue et une optimisation du cycle de vie des infrastructures (Banque mondiale ,2022). De plus, l’impératif de rentabilité propre au privé favorise généralement un meilleur respect des délais et des budgets comparativement aux régies publiques.

Bien que le coût nominal d’un PPP puisse paraître supérieur en raison des primes de risque, une analyse VFM positive confirme sa pertinence économique. L’optimisation opérationnelle et l’externalisation des risques compensent largement le surcoût financier, (Kouyaté, 2026, p.30), offrant ainsi un meilleur rapport qualité-prix pour le secteur public.

Loin des préjugés, le modèle PPP offre une double efficacité : financière (réduction des coûts de 15 à 30 %) et opérationnelle. Ce montage valorise, (Dabiré, 2014, p.86) l’expertise privée pour améliorer la qualité du service sur le long terme et accélérer la mise en œuvre des projets.

Tout en permettant une allocation optimale des risques, ce modèle permet de garantir l’augmentation de la valeur résiduelle du patrimoine public grâce à un entretien régulier (Traoré, 2023, p.43).

  1. Défis d’un déploiement réussi des PPP en Guinée

Le PPP est un excellent outil de renforcement de point de cloisonnement entre le privé et l’État. Pour maximiser l’engagement des investisseurs, il convient d’instaurer une gouvernance fondée sur la transparence.

 La réussite des projets en Guinée repose tant sur l’impératif de consolidation des capacités institutionnelles que sur la modernisation du cadre juridique existant.

À l’instar de l’Afrique du Sud, la Guinée s’est imposée très tôt comme un pionnier des réformes en matière de Partenariats Public-Privé (PPP), notamment avec la loi L/97/012/AN de 1998. Toutefois, le Sénégal et la Côte d’Ivoire font aujourd’hui figure de modèles régionaux grâce à un ancrage institutionnel robuste et des projets d’envergure réussis.

En effet, la performance des partenariats public-privé est tributaire à la fois de la solidité du cadre institutionnel (A), de l’acceptabilité sociale couplée à l’engagement des parties prenantes (B), ainsi que de l’intégration des enseignements tirés d’expériences passées (C).

  1. Consolidation de l’efficacité administrative

Pour transformer la Guinée en une destination privilégiée pour les investisseurs et bâtir des partenariats mutuellement bénéfiques, des efforts de modernisation du cadre juridique et opérationnel se poursuivent activement. En effet, la déclaration de politique générale présentée le 25 mars 2026 par le Premier ministre Amadou Oury Bah confirme cette ambition à travers le programme Simandou 2040. Ce plan de transformation repose sur un modèle hybride s’apparentant à un vaste Partenariat Public-Privé (PPP), conçu pour mobiliser des capitaux internationaux bien au-delà des seules capacités budgétaires de l’État. En privilégiant l’apport de promoteurs privés, ce programme vise à réaliser 122 mégaprojets et 39 réformes structurantes, pour un investissement global estimé à 330 milliards USD sur quinze ans dont 40 % proviennent du secteur privé.

À ce jour, le site officiel ppp-guinee.com recense 69 projets PPP au sein de son portefeuille, dont l’enveloppe globale est évaluée à 4 200 milliards de FCFA.

Toutefois, afin d’un meilleur déploiement des PPP pour mieux profiter de ses nombreux avantages en Guinée, il est temps de passer d’une approche réactive à une stratégie proactive.

Étant donné que la mise en œuvre des PPP de qualité exige une expertise technique solide et une coordination rigoureuse, la création ou la multiplication de cellules PPP expérimentées dans certains ministères s’impose. L’objectif étant de promouvoir le développement d’un réseau d’experts guinéens en PPP, ces unités serviront d’appui technique dans le cadre de la préparation, de la planification voire de coordination ou du suivi des projets au sein de ces départements stratégiques. Pour éviter toute confusion liée aux changements fréquents d’ossature gouvernementale, un décret doit préciser officiellement les ministères assujettis à cette mesure.

De plus, ces cellules d’experts appuieront l’UPPP[2] dans sa mission de conseil auprès des autorités contractantes tout au long du cycle de vie des projets. En effet, même le montage financier le plus robuste reste exposé à des aléas pouvant compromettre sa viabilité. L’intervention de spécialistes, chacun dans son domaine de compétence, devient alors indispensable pour garantir une structuration optimale et une maîtrise accrue des risques, rejoignant ainsi l’analyse de (Schäfer, 2023, p. 98) :

« Nous ne pouvons vraiment réussir que si nous nous concentrons sur ce que nous faisons de mieux. Nous devrions déléguer tous les autres domaines à des spécialistes qui font, à leur tour, ce qu’ils font le mieux. »

Afin de rendre ce dispositif pleinement opérationnel, il est essentiel de favoriser une culture d’amélioration continue (apprentissage continu) à travers le renforcement des capacités des acteurs. Une expertise adéquate permettra à l’État de se doter d’un cadre institutionnel[3] plus performant, capable de structurer les projets viables selon les spécificités locales, tout en intégrant les standards internationaux de gestion des PPP. Car, plus le projet augmente en complexité, et mieux il nécessite une expertise plus élaborée. Et le manque d’expertise et d’expérience des équipes projets engendre fréquemment des failles de structuration, compromettant ainsi l’équilibre des opérations.

  1. Acceptabilité sociale des projets en PPP et gestion des parties prenantes

Fruit d’un jugement collectif porté sur un projet ou une politique publique, l’acceptabilité sociale repose sur un processus décisionnel participatif. Cette approche consiste à co-concevoir les projets avec les parties prenantes, favorisant ainsi une adhésion indispensable à leur viabilité. Seul un consensus politique incluant toutes les parties prenantes permet d’assurer la continuité des projets et d’éviter qu’ils ne soient remis en cause par les successions de gouvernements.

Dès lors, pour garantir un accueil favorable des PPP et optimiser la gestion des acteurs impliqués, l’instauration d’un cadre de dialogue structuré s’avère nécessaire. Afin de mesurer précisément l’engagement du public, il convient de mener des enquêtes d’acceptabilité rigoureuses permettant d’évaluer l’attractivité du projet auprès des usagers. Ce dispositif global d’information, de consultation et de collaboration étroite est essentiel pour faire comprendre et partager le bien-fondé de l’initiative. Le processus des PPP est complexe et exige la participation de diverses parties qui jouent toutes un rôle essentiel dans la gestion des risques associés au projet, (Delmon, 2010, p. 11).

Cela passe par exemple par la sensibilisation des populations aux externalités positives des projets à devoir réaliser pour espérer un cadre de vie susceptible d’améliorer le bien-être social ainsi que le développement souhaité. Cet exercice vise à déterminer le taux d’acceptation financière des usagers et comparer ce taux d’avant-projet et après, afin de savoir si le projet est rentable (en termes de retour sur investissement).

L’objectif est de trouver un juste équilibre entre la mission de service public et les impératifs de rentabilité du secteur privé. Cette démarche de conciliation doit prendre pleinement en compte l’impact social et environnemental des projets, veillant ainsi à protéger les populations contre d’éventuels effets néfastes.

Une fois le choix justifié et l’option PPP validée, par souci d’éthique, les conditions substantielles (termes essentiels) du contrat doivent faire l’objet de publications. Cela relevant de l’obligation de redevabilité et de reddition de compte vise à garantir la transparence.

Dans un modèle de paiement par l’usager, il est crucial de garantir une tarification (péages, électricité) socialement acceptable et adaptée au pouvoir d’achat local.

  1. Leçons applicables en Guinée issues d’expériences réussies dans la sous-région

Loin de prôner un mimétisme aveugle, cet essai suggère de s’inspirer de modèles régionaux probants, à l’instar de l’exemple sénégalais. L’idée est de privilégier le partage d’expériences au sein de la sous-région pour adapter les meilleures pratiques au contexte local, favorisant ainsi l’émergence d’un secteur privé national fort. Une telle approche privilégie désormais l’atteinte de résultats concrets (culture de performance) au détriment du simple respect des formalités. Car bien qu’innovant, le mécanisme des PPP peut s’avérer préjudiciable pour les finances publiques s’il est mal calibré.

À titre illustratif, les expériences ivoirienne et sénégalaise en matière de PPP sont particulièrement riches d’enseignements. La Côte d’Ivoire, forte d’un portefeuille de près de cent projets, démontre l’efficacité de cette approche à travers des réalisations emblématiques telles que le pont Henri Konan Bédié. Au Sénégal, l’autoroute Dakar-Diamniadio confirme également la pertinence du PPP comme levier de croissance infrastructurelle.

Également, la législation sénégalaise sur les contrats de PPP offre la possibilité de réserver les projets d’une valeur inférieure à 5 milliards de francs CFA aux entreprises locales, (Djitté, 2024, p. 25). Bien que cette faculté soit laissée à la discrétion de l’autorité compétente, celle-ci peut toutefois recourir à la mise en concurrence internationale pour les projets complexes requérant une expertise non disponible localement.

Le dispositif prévoit également qu’une part minimale de 33 % du capital social de la société de projet soit réservée au secteur privé local. Dans cette même dynamique de promotion du tissu économique national, les entreprises locales bénéficient d’un droit de priorité en matière de sous-traitance. Pour encourager ces collaborations, des mesures incitatives sont proposées aux opérateurs étrangers, notamment des marges de préférences variant entre 8% et 25%. Ces avantages s’appliquent lorsque le secteur privé local détient au moins 50% du capital ou que l’effectif employé comprend 50 % de jeunes de moins de 35 ans, (Djitté, 2024, p. 27).

Cette politique de préférence nationale favorise l’endogénéisation des projets et évite que les retombées économiques ne soient captées exclusivement par des acteurs étrangers.

La Guinée pourrait s’inspirer de ce modèle en facilitant l’accès des entreprises locales aux contrats de PPP. Cela impliquerait de définir des seuils basés sur l’envergure des projets ou le niveau d’expertise requis. Il pourrait s’agir, par exemple, de distinguer les PPP à participation étrangère pour les grands projets complexes, des PPP réservés ou partagés visant à renforcer les partenaires locaux. Enfin, l’État pourrait instaurer un régime fiscal dérogatoire pour inciter davantage des opérateurs internationaux à constituer des joint-ventures avec des entreprises dont la majorité du capital social est détenue par des guinéens.

CONCLUSION

Conformément aux recommandations du Fonds Monétaire International (FMI), la transparence budgétaire demeure le pivot de la réussite des PPP. Si le recours à ce modèle sert uniquement à masquer l’endettement public, il exposera inéluctablement le pays à des risques financiers majeurs. En revanche, lorsqu’il est orienté vers l’acquisition d’infrastructures innovantes et d’expertises privées pour des projets complexes, il devient un levier stratégique de compétitivité.

Outre la volonté politique, un cadre légal adapté et un ancrage institutionnel cohérent, une planification rigoureuse est l’une des dimensions clé de la réussite d’un projet en PPP. Celle-ci nécessite une évaluation préalable exhaustive des risques, intégrant des analyses tant qualitatives que quantitatives. Pour reprendre la formule de l’expert Moustapha Djitté : « un PPP ne se décrète pas mais il se secrète ». La réussite repose donc sur la qualité des négociations et l’adéquation du modèle à l’écosystème du pays bénéficiaire.

En somme, s’il s’avère important de souligner que le PPP ne devrait pas être perçu comme un moyen déguisé de maquillage de crédit mais plutôt comme une dynamique bénéfique, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas non plus une fin en soi ; c’est un outil dont l’efficacité dépend exclusivement de sa pertinence et de sa mise en œuvre.

Rédigé par :

Bintou Mory KABA, MPA

Analyste conseil en Marchés Publics, contrats de PPP et juriste Fiscaliste

Courriel : [email protected]

[1] Ce modèle de PPP est déjà opérationnel au Cameroun pour le financement des grandes infrastructures.

[2] UPPP est l’unité de gestion des partenariats public-privé en Guinée

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