JI de la presse: Aboubacar Camara porte le cri du cœur et les ambitions des médias en Guinée

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À l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse à la Maison de la Presse, Aboubacar Camara, président du conseil d’administration de l’institution, a dressé, au nom de la corporation, a passé au crible la presse guinéenne. Entre l’urgence de sauvegarder la mémoire de la presse écrite, la précarité de l’audiovisuel et les défis de l’ère numérique, son plaidoyer a été porté par une ambition forte. Il s’agit de désormais de l’édification d’un véritable temple de l’information sur le plateau de Koloma.

Devant un parterre de personnalités, il a rappelé que plus de 60 ans après sa naissance, la presse guinéenne traverse une zone de turbulences majeures.

La presse écrite, première née des médias, est une mémoire en danger. Celle-ci étouffe aujourd’hui sous le poids des coûts d’impression et de distribution. Aboubacar Camara appelle à un plan de sauvetage fiscal adapté pour l’importation du papier, à des commandes publiques transparentes et à un soutien logistique pour la distribution en région.

S’agissant de l »audiovisuel sous perfusion il a signalé que malgré la libéralisation des ondes en 2005, 90 % des radios peinent à capter une publicité institutionnelle viable. Entre équipements obsolètes et journalistes rémunérés sous le SMIG, le secteur s’inquiète. Si la TNT représente une opportunité, elle impose aussi de nouvelles redevances et des investissements lourds.

« Sans accompagnement, le pluralisme audiovisuel risque de devenir un luxe urbain », a-t-il prévenu, plaidant pour une sanctuarisation des fréquences comme bien public.

En ce qui concerne la presse en ligne, bien que rapide et réactive, elle reste fragile face aux coupures d’internet, aux campagnes de haine et à l’absence de modèle économique stable. À cela s’ajoute le défi de l’Intelligence Artificielle : « L’IA peut, demain, cloner nos voix, voler nos articles ou fabriquer des deepfakes. La presse en ligne guinéenne a besoin d’un statut, d’une reconnaissance et d’un cadre qui la protège sans la museler », a martelé le président du conseil d’administration de la MDP.

Pour sortir de cette crise, les organisations professionnelles ont soumis trois doléances majeures au gouvernement :

D’abord, une Maison de la Presse moderne. Il s’agit d’unprojet phare qui consistera à ériger un siège digne de ce nom sur le plateau de Koloma, futur pôle administratif. Ce lieu est envisagé comme une caserne pour la démocratie, en phase avec les priorités du programme Simandou 2040.

Ensuite, la revalorisation de la subvention. Avec un montant de 3 milliards GNF actuellement jugé dérisoire. les acteurs des médias ont sollicité, une aide publique conséquente et transparente qui constitue à leurs yeux le seul rempart efficace contre la corruption et la pratique de l’enveloppe.

Enfin, la modernisation du service public. A ce niveau un appel a été lancé pour un plan spécial de modernisation de la RTG, de l’AGP et du quotidien Horoya, incluant la création d’un statut particulier pour leurs journalistes.

Face à la révolution technologique, la corporation s’engage pour une intégration raisonnée de l’IA, limitée à la transcription ou l’analyse de données. Les professionnels réaffirment la primauté du terrain : « L’IA peut rédiger en dix secondes, mais elle ne peut pas se rendre à Kaloum sous la pluie pour vérifier une rumeur », a-t-il relevé .

Désormais, les journalistes misent sur le label: Fait par un humain, vérifié par un humain, pour restaurer la confiance et lutter contre les fake news.

Placée sous l’égide de l’UNESCO avec pour thème  »Façonner un avenir de paix », cette journée a permis aux professionnels de l’information de réitérer leur rôle. La presse ne réclame pas de privilèges, mais le droit d’exercer sans crainte de la prison et sans interruption de réseau.

Alhassane Fofana 

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