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La réduction du nombre de départements ministériels, marquée notamment par la fusion du ministère de l’Enseignement préuniversitaire et de l’Alphabétisation avec celui de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, suscite de nombreux débats. Dans cet entretien accordé à Guinée360, le secrétaire général du Syndicat national de l’Éducation (SNE), Michel Pépé Balamou, analyse les enjeux de cette réforme, ses opportunités, mais aussi les conditions nécessaires à sa réussite. Entretien !
Guinée360 : La fusion du ministère de l’Enseignement pré-universitaire avec celui de l’Enseignement technique vous paraît-elle pertinente ?
Michel Pépé Balamou : La fusion du ministère de l’Enseignement préuniversitaire et de l’Alphabétisation avec le ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi n’est pas une surprise pour ceux qui maîtrisent la question. Il s’agit d’une démarche de co-construction visant à créer une continuité dans les enseignements et les apprentissages, tout en promouvant la formation professionnelle dès le collège. Déjà, sous le premier régime, il existait des programmes idéologiques centrés sur les collèges d’enseignement rural, où l’on préparait les élèves à devenir des agents de développement. Il ne s’agissait pas seulement de les destiner au monde rural, mais aussi de les initier très tôt à ce que l’on peut appeler les métiers. Aujourd’hui, il faut sortir de la logique qui consiste à faire croire aux enfants que l’école ne sert qu’à former des bureaucrates.
Quelle est la position du Syndicat national de l’Éducation sur cette réforme ?
Au niveau du Syndicat national de l’Éducation, nous apprécions cette vision à sa juste valeur, dans la mesure où elle permettrait de développer des compétences pré-professionnelles chez les enfants et d’introduire, dès le collège, les premières notions concrètes du monde du travail. Vous insistez beaucoup sur la professionnalisation du système éducatif.
Pourquoi est-ce essentiel ?
En Guinée, il existe une inadéquation flagrante entre les offres de formation et les offres d’emploi. Beaucoup de diplômés issus des universités et des écoles se retrouvent massivement orientés vers le secteur tertiaire, provoquant une hypertrophie de ce secteur : taxis-motos, tenanciers de bars, vigiles de villas, entre autres. Il s’agit donc de développer des compétences pré-professionnelles et d’introduire les premières notions concrètes du monde du travail chez les apprenants dès le collège. Cela passe par le développement du savoir-faire technique, l’initiation aux arts plastiques, à l’économie domestique et, pourquoi pas, à des ateliers manuels, afin de favoriser une professionnalisation précoce. L’école ne doit pas seulement former des chômeurs, mais des enfants capables d’exercer un métier.
Cette réforme peut-elle redonner une nouvelle image à l’enseignement technique ?
D’un point de vue structurel, cette réforme permettrait de faire des écoles professionnelles et techniques de véritables écoles d’avenir, et non des écoles de seconde chance. Aujourd’hui, ces établissements accueillent principalement des élèves ayant échoué au certificat d’études élémentaires, au brevet d’études du premier cycle ou au baccalauréat.
Quelles alternatives proposez-vous pour les élèves en difficulté scolaire ?
Le gouvernement pourrait intégrer les élèves n’ayant pas accédé au collège dans des écoles professionnelles post-primaires, afin de leur permettre d’acquérir des compétences instrumentales de base : lire, écrire, calculer, mais aussi l’esprit d’entreprise, la connaissance du fonctionnement des institutions de la République ainsi que les droits et devoirs du citoyen.
Quel impact une telle orientation pourrait-elle avoir sur le chômage et le décrochage scolaire ?
Cela contribuerait à réduire à la fois le chômage et le décrochage scolaire. En Guinée, le certificat d’études élémentaires n’offre pratiquement aucune perspective, et son absence exclut totalement les enfants de toute orientation professionnelle formelle. La création d’écoles professionnelles post-primaires adaptées aux réalités locales permettrait de sauver une grande partie des élèves aujourd’hui marginalisés par le système éducatif.
Vous évoquez souvent un paradoxe autour des écoles professionnelles. De quoi s’agit-il?
Le paradoxe est que les écoles professionnelles sont devenues des écoles de relégation, alors qu’elles devraient être des écoles d’avenir. Or, la Guinée a un besoin urgent de main-d’œuvre qualifiée. Le pays dispose d’un potentiel minier et industriel considérable, ce qui exige des techniciens, des ingénieurs, des plombiers, des charpentiers et des spécialistes du développement industriel et technologique.
Quel rôle jouerait la diversification des filières dans cette réforme ?
Cette vision permettrait de créer des collèges et des lycées techniques, avec l’introduction de baccalauréats professionnels, scientifiques, techniques, technologiques et industriels. Les élèves issus de ces filières seraient orientés vers des écoles professionnelles supérieures de type B. Ainsi, les meilleurs se retrouveraient dans les filières techniques et industrielles, et les écoles professionnelles cesseraient d’être des voies de secours. Le principal problème demeure toutefois un problème de leadership.
Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à la réussite de cette fusion ?
Le ministère de l’Enseignement préuniversitaire s’est progressivement transformé en un département presque exclusivement centré sur l’organisation des examens nationaux. Depuis plus de quinze ans, la diversification effective des filières au lycée reste une promesse non tenue. La question est donc de savoir si ce ministère sera capable de réussir la mise en place de collèges et lycées techniques à la suite de cette fusion.
Quelles sont les conditions indispensables pour réussir cette réforme ?
Il faut un leadership fort, une refonte de l’organigramme, un renouvellement des cadres et le déploiement de compétences avérées. Il est également nécessaire de créer un secrétariat d’État chargé de l’enseignement technique et de la formation professionnelle afin d’éviter les conflits de compétences. Les programmes doivent être révisés, les enseignants formés et le matériel didactique adapté. Mettre l’école au service de la République implique de diversifier les filières, de professionnaliser le collège et d’initier les élèves à l’esprit d’entreprise et à la citoyenneté.
Cette réforme est-elle suffisante pour transformer durablement le système éducatif?
Cette initiative est salutaire, mais la Guinée souffre d’un décalage chronique entre les discours et la réalité du terrain. Il est impératif d’organiser un débat national sur l’éducation, impliquant intellectuels, syndicats, société civile et acteurs politiques, afin de bâtir un programme éducatif adapté aux réalités du pays. Former des enfants à un métier, c’est leur permettre de créer leur propre emploi et de réduire durablement le chômage. Cette réforme ne signifie nullement un retour au baccalauréat unique, mais plutôt la mise en place d’une organisation cohérente des différents types de baccalauréats afin de répondre aux besoins réels du pays.
L’article Fusion Éducation–Formation technique : Michel Pépé Balamou analyse les enjeux et conditions de réussite est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.
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