Face à la crise de liquidité, toucher son salaire devient un parcours du combattant en Guinée : « le montant est plafonné à 2 000 000 GNF »

il y a 3 heures 25
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Malgré les annonces des autorités visant à décrisper la rareté des liquidités dans les institutions bancaires en République de Guinée, les citoyens continuent de vivre des journées cauchemardesques devant les banques. Cette situation, persistante depuis plusieurs mois, affecte tous les secteurs d’activité, des échanges économiques à l’usage de la monnaie électronique via le mobile money, vers laquelle une partie de la population s’est tournée.

Ce jeudi 2 avril, Mediaguinee a effectué une tournée dans plusieurs institutions bancaires. Sur trois établissements sillonnés dans une partie de la commune de Ratoma, les deux premières banques étaient désertes, sans l’ombre d’un client aux alentours, aux environs de 13 heures. Non loin de là, la seule agence ouverte accueillait un nombre important de clients, pour la plupart des fonctionnaires venus retirer leur salaire. Sur leurs visages se lisait la frustration liée aux longues heures d’attente, certains étant assis à même le sol, exposés à la poussière et à la chaleur.

Parmi les clients interrogés, Yamoussa Soumah, fonctionnaire de l’État résidant à Conakry, n’a pas caché son mécontentement après plusieurs heures d’attente. « Je suis là depuis 6 h du matin et jusqu’à présent, je ne suis pas pris en charge. Depuis cette heure, c’est aux environs de 12 h que la banque a été ouverte et on faisait entrer les gens par dizaines pour les servir, mais pas le salaire en totalité. Le montant est plafonné à 2 000 000 de francs guinéens, et on fait entrer aussi 10 autres personnes, ainsi de suite. Depuis 6 h, mon ticket ne me permet toujours pas d’être parmi ceux-ci. Donc, pratiquement depuis 6 h, je n’ai pas accès à ma banque pour prendre mon salaire », a-t-il expliqué.

À en croire ce fonctionnaire, « Le mois passé aussi, c’était la même chose. Mais la différence est que cette fois-ci, on nous donne 2 millions, et le mois passé, c’était à 1 million. En tout cas, moi personnellement, c’est ce que j’ai pu avoir. Pendant deux semaines, j’ai couru derrière mon salaire et je n’ai pas eu le montant complet. Et cette fois-ci encore, depuis qu’on a fait le virement, je n’ai pris que 1 500 000 francs guinéens ».

Face aux difficultés rencontrées au quotidien pour toucher leur salaire, Yamoussa Soumah interpelle les décideurs : « L’appel que j’ai à lancer auprès des autorités bancaires, c’est d’essayer de résoudre ce problème-là. C’est un problème financier entier. […] Je demande à la Banque centrale d’essayer de renouer la confiance entre les banques et les opérateurs économiques », a-t-il lancé.

Ce père de famille a également rappelé que le retard dans le paiement des salaires provoque de nombreuses difficultés au sein des foyers : « Vous-même, vous le savez, le fonctionnaire guinéen vit au jour le jour. Il n’y a pas d’autres sources de revenus. La seule source de revenu, c’est le salaire. Si nous ne parvenons pas à le recevoir à temps, nous allons rencontrer de sérieux problèmes financiers pour la famille : paiement du loyer, frais de scolarité des enfants et dépenses quotidiennes. Tout cela dépend de ce petit salaire ».

Un autre fonctionnaire, s’exprimant à visage couvert, a ajouté : « Je suis né en 1966 et j’ai connu tous les régimes qui se sont succédé en Guinée depuis la première République à nos jours. Mais c’est la première fois que nous soyons confrontés à une telle pénurie de liquidité ».

À titre de comparaison, il a rappelé que « En 2010, nous avons eu une situation similaire, mais le problème avait été vite résolu, et presque tous les fonctionnaires n’avaient pas ressenti le manque de liquidité. Je pense qu’à cette période, ils avaient injecté dans le circuit des billets de 10 000 francs guinéens ».

Enfin, un autre fonctionnaire, ayant requis l’anonymat, est revenu sur sa mésaventure auprès de sa banque : « Nous rencontrons de sérieux problèmes. Le mois passé, nous avons été notifiés de notre virement le 2 mars, et ce n’est que le 19 mars que j’ai pu accéder à mon argent. Malgré cette longue attente, les va-et-vient et les heures passées devant la banque, je n’ai pas eu la totalité de mon salaire. Et ce mois-ci encore, depuis trois jours, je cours derrière mon argent », a-t-il déclaré.
Mamadou Yaya BARRY

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