Fabrication artisanale du sel à Tayaki (Conakry) : un métier vital miné par la pénibilité et une précarité alarmante

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Dans les plaines de Tayaki, loin de l’agitation des grands centres urbains de Conakry, se perpétue un savoir-faire ancestral : la fabrication artisanale du sel de table. Un métier aussi exigeant que précaire, largement méconnu du grand public, mais essentiel pour les foyers. Car le sel demeure indispensable dans l’alimentation quotidienne de la capitale guinéenne.

Pour mieux comprendre les réalités de cette activité qui fait vivre des familles entières à Tayaki, Guineematin.com est allé à la rencontre de Kèhouny Camara, producteur de sel depuis plus de deux décennies. Sous un soleil ardent, entouré de fumée et d’installations rudimentaires, notre interlocuteur s’affaire à transformer une matière brute en sel consommable. Il décrit un processus long et physiquement éprouvant, reposant essentiellement sur des techniques traditionnelles.

Kèhouny Camara, producteur de sel à Tayaki

« Lorsque nous sommes prêts pour faire le sel, nous allons chercher du bois, puis nous cherchons la matière première qui va servir à la cuisson. Après, on la met dans des supports qui vont servir, dans un premier temps, à filtrer la terre qui est la matière première. Ensuite, nous achetons des plaques larges en métal qui vont nous servir à faire évaporer l’eau salée afin d’extraire le sel », explique Kèhouny Camara.

Ce travail, entièrement manuel, mobilise une énergie considérable et exige une endurance à toute épreuve.

« Lorsque nous commençons le matin, nous pouvons travailler jusqu’à minuit. Tout dépend de la capacité physique de chacun », précise le producteur, soulignant la pénibilité de cette activité.

Au-delà de la difficulté physique, ce sont surtout les contraintes financières qui freinent les producteurs locaux. Kèhouny Camara insiste sur le manque de moyens qui empêche bon nombre d’acteurs de se lancer ou de se maintenir dans cette filière.

« Les difficultés qui sont là : si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas travailler, tu ne peux pas acheter les bols qui servent à la cuisson, sauf si tu prends à crédit et qu’ensuite tu fais un consensus avec ce dernier après l’extraction. Quelquefois, nous payons le bol à 200 000. Le travail est là et il est vraiment dur. Actuellement, nous ne travaillons plus avec les bâches noires et solides, car les blancs ne viennent plus. Il n’y a pas d’eau ici, ni d’hôpital ; c’est difficile », déplore Kèhouny Camara.

À ces obstacles s’ajoutent des conditions de travail particulièrement précaires : absence d’eau potable, manque d’infrastructures sanitaires, isolement des sites de production ; autant de difficultés qui rendent le quotidien des producteurs encore plus ardu.

« Aujourd’hui, nous ne travaillons plus avec les bâches noires solides, car les partenaires étrangers ne viennent plus. Pourtant, ces bâches nous facilitaient beaucoup le travail. Ici, il n’y a ni eau ni hôpital. C’est très difficile », regrette Kèhouny Camara.

Face à cette situation, ce producteur lance un appel aux autorités guinéennes. Il plaide pour un accompagnement accru du secteur, notamment à travers la mise à disposition de matériels adaptés comme les bâches, qui permettraient de moderniser la production et de réduire la dépendance au bois, avec des impacts positifs sur l’environnement.

« Aujourd’hui, nous sollicitons l’aide de l’État pour obtenir ces bâches, afin de ne plus avoir à utiliser systématiquement le bois », dit Kèhouny Camara.

Malgré les nombreuses contraintes, les producteurs de Tayaki continuent de faire vivre cette activité, contribuant ainsi à l’approvisionnement des marchés locaux en sel de table. Un travail de l’ombre qui mérite davantage de reconnaissance et de soutien.

Yayé Oumou Barry pour Guineematin.com

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