Culture : Moussa Moïse Konaté, l’ingénieur au doigt d’or oublié dans l’ombre

il y a 4 heures 17
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Pour le devoir de mémoire, il est impératif de reconnaître la contribution de Moussa Moïse Konaté à l’essor et à l’ascension de la musique guinéenne.

Ingénieur du son né en 1944 à Kankan, il voit son destin basculer après des études supérieures en Allemagne. Suite à un test de recrutement, il est repéré par feu Maurice Saadi, alors directeur technique de la Voix de la Révolution, qui recherchait des « oreilles justes ».

Accompagné de Fré Kouroumah, cet ingénieur de talent fut chargé de parcourir la Guinée pour recueillir les sons authentiques d’un folklore riche et varié, aujourd’hui fossilisé dans nos archives. Il est indéniable qu’il figure parmi les techniciens ayant façonné l’identité sonore de la toute première télévision guinéenne, offerte par la Libye en 1977.

Moussa Moïse Konaté a été l’un des piliers de cette œuvre gigantesque qui a rayonné en Afrique et dans le monde à travers la régie nationale du disque, Syliphone. Il est de notre responsabilité de rendre hommage à cette équipe solide qu’il formait avec les défunts Albert Koultimi, Boubacar Kanté, M’Baye Diagne « Black », Emmanuel Katty ou encore Hadja Koumba N’Diaye. Ensemble, ils ont laissé une empreinte indélébile sur les enregistrements de nos orchestres fédéraux, nationaux et de nos ballets.

Pourtant, ce parcours d’excellence a été brisé par les événements du 4 juillet 1985. Au retour d’une mission officielle en Allemagne, Moussa Moïse Konaté est arrêté et emprisonné arbitrairement pendant trois mois au camp Alpha Yaya. À sa sortie, sa seule récompense fut une radiation pure et simple de la fonction publique, après 22 ans de loyaux services.

Depuis, cet artisan du patrimoine musical survit dignement grâce à son esprit d’entreprise et au soutien de ses enfants. Véritable cheville ouvrière des éditions Syliphone -dont profitent encore de nombreux artistes- ce monument vivant est aujourd’hui un homme délaissé. À 82 ans, il est temps de lui rendre le respect et la dignité qu’il mérite.

Architecte incontesté du passé glorieux de notre musique, il est urgent de réparer l’injustice subie par ce génie. Moussa Moïse Konaté n’est ni reconnu par le BGDA (Bureau guinéen des droits d’auteur), ni bénéficiaire d’une couverture médicale.

Plaider sa cause est un acte de civisme et de justice. Ne nous contentons pas d’admirer la beauté d’un édifice sans songer à son soubassement. Moussa Moïse Konaté est l’un de ces piliers. Rendons à César ce qui appartient à  César.

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