PLACEZ VOS PRODUITS ICI
CONTACTEZ [email protected]

On ne dirige pas une révolution depuis un salon climatisé. Monsieur Dalein, asseyez-vous confortablement. Prenez votre fauteuil, votre carnet et vos micros internationaux. Respirez. Ce que je vais vous dire risque de troubler votre tranquillité entre deux interviews sur France 24. Vous affirmez être l’«adversaire numéro un » de Mamadi Doumbouya. Spectaculaire, presque flatteur politiquement. Mais je me permets une question simple : adversaire numéro un de quoi exactement ?
Sur le terrain, cette posture semble théorique. Vous tweetez, vous interviewez, vous analysez. Pendant ce temps, vos militants respirent du gaz lacrymogène, courent devant les pick-up de la gendarmerie et remplissent les cellules. Ils risquent leur vie. Vous, vous risquez une crampe au pouce. Et vous appelez ça un combat politique. Ce n’est pas un combat. C’est un commentaire sur combat. Vous jouez à la guerre depuis un salon cinq étoiles. La vôtre. Pas la leur.
Je vois déjà surgir la défense classique : « Et De Gaulle ? Il a combattu depuis Londres ! » Comparons. De Gaulle était en exil parce que la France était occupée par une armée étrangère. Le territoire était envahi, le pouvoir confisqué, la nation déchirée. L’exil était une nécessité imposée par la guerre. Vous, vous êtes à l’étranger parce que c’est confortable. Pour éviter les rues de Conakry, les tribunaux aux ordres, et les responsabilités d’un échec politique.
Cette distance se confirme lorsque vous évoquez les martyrs. Sadiba Koulibaly, Foniké Mengué, Billo Bah, Marouane Camara. Oui, leurs noms doivent être prononcés et respectés. Mais eux ont marché sur le sol guinéen. Ils ont affronté le pouvoir dans sa tanière et en ont payé le prix. Vous, vous brandissez leurs noms comme des drapeaux depuis votre abri doré. Vous avez inventé un nouveau type de lutte : le combat sans combat, le risque sans risque, le martyr sans la mort.
Vous parlez de dictature et vous avez raison. Cette dictature est réelle pour vos militants. Elle est brutale pour eux. Pour vous, elle est surtout inconfortable. Elle vous prive de tribune, de meeting, de pouvoir, mais pas de vie. Vous attendez la justice parfaite, les conditions idéales, un tapis rouge de la CEDEAO. L’histoire n’a jamais tapissé le sol pour ceux qui la font. Elle les attend au tournant. La démocratie ne se conquiert pas depuis un salon à Dakar ou Paris. Elle se construit dans la rue, dans la confrontation directe, dans le risque, pas dans les communiqués de presse.
Le plus inquiétant, c’est que certains de vos militants commencent à percevoir ce décalage. Pas ceux qui postent des slogans sur Facebook, eux continueront de vous défendre. Non, ceux qui sont dans la rue, qui prennent des coups et voient leurs amis disparaître, eux voient bien la différence entre le leader et le commentateur. Pendant qu’ils affrontent les blindés, vous courez après les micros. Pendant qu’ils prennent des coups, vous tweetez. Vous transformez la lutte politique en feuilleton médiatique. Vous êtes le héros d’une série que vous regardez depuis votre fauteuil.
La Guinée traverse une période qui exige autre chose que des récits. Elle a besoin de leadership réel, de présence politique, de responsabilité historique. Si vous êtes vraiment « l’adversaire numéro un », alors votre place est au cœur de l’arène guinéenne. C’est là que se construisent les rapports de force, la légitimité et la mémoire politique d’un pays. La question devient simple : à quel moment un leader décide-t-il de rejoindre réellement le combat qu’il appelle de ses vœux ?
L’histoire ne retient pas seulement ceux qui dénoncent les injustices. Elle retient ceux qui acceptent d’en affronter les conséquences. La différence entre un commentateur et un leader tient souvent à ce moment précis où la parole se transforme en présence.
Je sais que cette tribune sera interprétée comme une attaque ou une prise de position en faveur du pouvoir. C’est devenu un réflexe dans notre débat public : critiquer l’opposition revient à soutenir le régime. Pourtant, la question ici est d’une autre nature. Elle concerne la cohérence entre discours et posture, stratégie et réalité.
Au fond, l’image est simple. D’un côté, des militants qui affrontent la rue, la répression et parfois la prison. De l’autre, un leader qui poursuit son combat depuis l’extérieur. La question n’est plus politique : elle est humaine et symbolique. Défendez-vous encore le combat, ou défendez-vous seulement l’homme censé le porter ? Un leader peut-il encore diriger un combat qu’il refuse de mener là où il se déroule ?
Signé : un Guinéen qui, lui, n’a pas les moyens de s’offrir un aller simple pour Dakar.
Ousmane Boh KabaOusmane Boh KABA
L’article Cellou Dalein Diallo , General d’une armée d’ombres ( Par Ousmane Boh KABA ) est apparu en premier sur Actuguinee.org.
.png)
il y a 3 heures
15



















English (US) ·