Albert Ondo Ossa à la Grande Interview de Guineematin : « Je suis le président élu du Gabon, Oligui Nguema partira »

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« Un pays riche sans eau ni électricité : voilà le bilan d’Oligui ». Dans une grande interview accordée à Guineematin.com, ce dimanche 3 mai 2026, à Paris, l’opposant gabonais, Albert Ondo Ossa, dénonce une gouvernance “catastrophique” et un pouvoir “sans légitimité populaire”. L’homme, qui revendique sa victoire à la présidentielle de 2023, affirme que 80 % des Gabonais rejettent le régime actuel et prédit une issue inévitable : le retour à l’ordre républicain, porté par la population elle-même.

Ci-dessous notre entretien :

Guineematin.com : Bonsoir, Albert Ondo Ossa.

Albert Ondo Ossa : Bonsoir, monsieur.

Guineematin : Après la présidentielle d’août 2023, vous aviez revendiqué la victoire face au président sortant, Ali Bongo. Dans la foulée, l’armée a pris le pouvoir, et le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a finalement été élu président de la République. Près de trois ans après, continuez-vous toujours à revendiquer votre victoire ou bien vous pensez que les carottes sont cuites ?

Albert Ondo Ossa : Les carottes ne sont jamais cuites en droit. Nous sommes dans des situations de droit, et les situations de droit ne s’accommodent pas des situations de fait. Aujourd’hui, c’est une situation de fait d’une part, et c’est du déni du droit et du non-droit d’autre part. Un État se fait sur la base de l’ordre républicain qui repose effectivement sur le droit. Donc, à partir de ce moment-là, dès lors qu’on est dans une situation de non-droit et déni de droit, véritablement, la victoire qui m’est reconnue par les institutions depuis 2023, elle doit pouvoir être effective. D’un autre côté, le fait accompli n’est pas un principe de droit.

Guineematin : Mais aucune institution n’a véritablement reconnu votre victoire.

Albert Ondo Ossa : Ça dépend de quelles institutions vous parlez. Si ce sont les institutions actuelles du Gabon, ces institutions procèdent, ainsi que je viens de vous le dire, du déni et du non-droit.

Guineematin : Mais, il n’y avait pas eu de proclamation de résultat à l’époque ?

Albert Ondo Ossa : La proclamation officielle des résultats, non, mais le rendu des résultats. Et celle-là, la proclamation des résultats se fait, selon les règles de l’art, par la Cour constitutionnelle. Or, la Cour constitutionnelle n’a pas eu le temps de proclamer les résultats avant que celui qui est au pouvoir aujourd’hui, que j’appelle le putschiste en chef, a déposé l’ancien président Ali Bongo. À partir de ce moment-là, nous sommes dans le déni de droit et nous sommes dans des situations de fait. Donc, il n’y a aucune raison, aucune entrave au fait que je puisse continuer à revendiquer le pouvoir, c’est-à-dire le retour à l’ordre républicain.

Guineematin : Celui que vous appelez le putschiste en chef a organisé un scrutin à l’issue duquel il a été élu président de la République. Pensez-vous réellement qu’il y a encore une fenêtre politique pour le pouvoir ?

Albert Ondo Ossa, opposant gabonais

Albert Ondo Ossa : Je me suis déjà exprimé dessus : une élection s’organise sur la base du droit et d’un texte. Sur quel texte a-t-il organisé les élections ? Il a fait un référendum. Le référendum, c’est reconnu mondialement, c’est ce genre de consultation qui repose sur une majorité qualifiée. C’est comme les lois organiques à l’Assemblée nationale. Le référendum n’a pas eu la majorité qualifiée. À partir de ce moment-là, tout ce qui est fait, c’est nul et de nul effet du point de vue du droit. Et le droit me donne tout à fait raison. Et j’ajoute que lors de la dernière réunion de l’Union africaine, le président de l’Union africaine s’est prononcé sur ce problème-là. Donc, moi, je suis du point de vue du droit et je sais que le droit prévaudra à un moment ou à un autre.

Guineematin : Le droit prévaudra, vous le dites, mais vous êtes en France depuis plusieurs mois aujourd’hui. Êtes-vous en exil ou en séjour prolongé dans ce pays ?

Albert Ondo Ossa : Le problème, c’est que depuis très longtemps, il y avait des menaces sur ma vie. Et ces menaces-là, mes amis me l’ont fait connaître, ils m’ont fait venir en France, ils m’ont permis d’être à Paris. Et là, de ce point de vue, je reste à Paris pour le moment, tant que ma sécurité n’est pas assurée au Gabon.

Guineematin : Et vous pensez pouvoir mener votre combat politique à partir de Paris ? Certains pensent, en tout cas, que vous êtes aujourd’hui distant de vos militants.

Albert Ondo Ossa : Moi, je ne réponds pas à des ragots. Ce qui m’importe, la politique, c’est la population. Dès que la population est accrochée à vous, tout ce qui se dit après, c’est zéro, nul et de nul effet. Regardons les faits aujourd’hui : combien sont poursuivis aujourd’hui ? La population gabonaise est complètement retournée contre lui (Oligui Nguema). Si vous suivez la situation au Gabon, vous vous rendrez compte que tout ce qu’il fait, il surfe. Donc, pratiquement, de ce point de vue, je n’ai pas à m’en faire. Pourquoi ? Parce que j’ai la population gabonaise avec moi.

Guineematin : Comment jugez-vous justement la gouvernance du président Brice Oligui Nguema ?

Albert Ondo Ossa : Le jugement qui se fait, c’est par rapport à la norme. Or, il est hors norme. On ne peut pas juger ce qui est hors norme. C’est à partir de la norme qu’on juge, qu’on porte le jugement sur un phénomène. Un phénomène qui est hors norme, je ne peux pas le juger. La seule chose que je veux, c’est qu’on revienne à l’ordre républicain. Pour le reste, tout ce qu’il fait, pour moi, c’est nul et de nul effet.

Guineematin : Comment pouvez-vous parler d’un retour à l’ordre républicain alors qu’il y a eu des élections auxquelles vous n’avez pas participé ? Le processus électoral s’est fait sans vous.

Albert Ondo Ossa : Ça ne se fait pas sans moi. Moi, je ne suis qu’un individu, mais je représente le peuple gabonais. Ce qui se fait aujourd’hui, se fait en dehors du peuple gabonais. Sinon, comment comprenez-vous que quelqu’un qui est élu, si c’était vraiment une élection, soit complètement décrié trois mois seulement après ? C’est ça la situation réelle. Ça veut dire qu’effectivement, l’élection ne colle pas à la situation politique. Or, moi, je suis collé à la situation politique, c’est-à-dire à la population.

À partir de ce moment-là, dès que j’ai la population avec moi, je sais qu’à un moment ou à un autre, effectivement, l’ordre républicain reviendra, pas par une force inimaginable, mais par la population elle-même qui conteste, qui s’élève et qui trouvera des solutions. Et le moment venu, Oligui sera de l’histoire ancienne.

Guineematin : Aujourd’hui, le Gabon fait face à une dette publique très élevée, un chômage en hausse, une économie en difficulté. Selon vous, à qui incombe cette situation, d’autant plus que vous avez, à un moment donné, été ministre dans ce pays ?

Albert Ondo Ossa : Je pense qu’il ne faut pas mêler les choses. À qui incombe cette responsabilité ? Mais c’est au pouvoir actuel. Et le pouvoir actuel, ce n’est pas les ministres qui sont au pouvoir, c’est celui qui est censé diriger l’État. C’est à lui qu’incombe la responsabilité. Ça, c’est la première chose. Deuxièmement, j’ai été ministre, un ministre est lié par une obligation de moyens. Qu’on me dise que quand j’ai été ministre, j’ai posé tel ou tel acte contre le peuple et contre la République, oui. Mais moi, j’ai dit : je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je n’ai jamais volé. J’ai dirigé le ministère selon les règles de l’art, parce que c’était un ministère technique.

Et Bongo (Omar Bongo) m’a demandé, en tant que patriote, de pouvoir conduire un ministère pendant une période de temps déterminée. Nous avons négocié et je suis parti là-bas, tranquille. Donc, pour moi, je n’ai pas de problème, je n’ai aucune responsabilité face à la situation actuelle. En revanche, si nous parlons de l’endettement, l’endettement du Gabon en 2023 était de 54 % du PIB. Ce qui veut dire que le Gabon était dans les normes de la CEMAC, parce que la limite, c’est 70 % du PIB. Aujourd’hui, nous sommes à 85% en moins de trois ans. À qui pourrez-vous imputer la responsabilité, sinon au pouvoir actuel ?

Guineematin : Si vous étiez à la place du président Oligui Nguema, qu’auriez-vous fait, concrètement ?

Albert Ondo Ossa : Mais c’est clair. J’ai proposé un programme au Gabonais sur la base duquel j’ai été élu. Et ce programme avait un timing. J’ai dit que trois mois après, le Gabonais allait sourire. Six mois après, je redresse la situation et on continue. Voilà où nous en sommes. Donc, moi, je n’ai pas de problème. J’ai un programme qui est actualisé tous les jours. Malheureusement, les gouvernants actuels sont en train de créer un pays, l’un des plus riches d’Afrique, qui n’a ni eau ni électricité. C’est le pire qu’on puisse avoir dans un pays, à l’époque moderne.

Guineematin : Récemment, le gouvernement gabonais a coupé les réseaux sociaux dans le pays. Cela a suscité la colère de la jeunesse qui ne comprenait pas cette décision. Comment avez-vous vu toute cette situation ?

Albert Ondo Ossa : C’est la manifestation de la dictature et du monolithisme. Donc, pratiquement, il n’y a pas de démocratie, c’est tout. Donc, il faut qu’on revienne à l’ordre républicain. Parce qu’un pouvoir démocratique ne peut pas suspendre ou couper les réseaux sociaux. C’est inadmissible.

Guineematin : Justement, comment comptez-vous conquérir le pouvoir ? Parce que, même si vous vous considérez comme étant le président élu du Gabon, vous n’avez pas l’effectivité du pouvoir ?

Albert Ondo Ossa, opposant gabonais

Albert Ondo Ossa : Je n’ai pas l’effectivité du pouvoir, mais c’est quoi le pouvoir ? Oligui a l’effectivité du pouvoir quand il y a 80 % de la population contre lui ? Il a l’effectivité du pouvoir lorsqu’il est décrié dans les réseaux sociaux, lorsqu’il est décrié par la diaspora ? Il a la totalité du pouvoir lorsqu’il est décrié par la communauté internationale ? Il a l’effectivité du pouvoir lorsqu’il est décrié par les grands chefs d’État du monde ? Qui reconnaît le pouvoir d’Oligui Nguema aujourd’hui ? C’est une situation de fait, il est là. Alors, à partir de ce moment-là, je vous dis que tout ce qui se fait aujourd’hui va dans le sens d’un retour à l’ordre républicain, et j’y tiens.

Donc, pour moi, il n’y a pas de problème à cet égard. L’ordre républicain prévaudra à un moment ou à un autre, et vous ne pourrez pas maintenir pendant longtemps une situation de fait. Non, ce n’est pas possible. Si vous étiez au Gabon, vous comprendriez qu’aujourd’hui, la situation est très compliquée pour les Gabonais. C’ est très compliqué pour tout le monde. Il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’électricité. Les Gabonais ne mangent pas bien. Le sous-emploi s’est accru… Pourtant, on doit exercer le pouvoir pour satisfaire les populations, pour aller dans le sens des aspirations du peuple. On n’exerce pas un pouvoir contre le peuple. Ce n’est pas possible.

Guineematin : Vous décrivez le régime du président Oligui Nguema comme étant un pouvoir isolé. Pourtant, plusieurs dirigeants africains se trouvent aujourd’hui même à Libreville pour prendre part à l’inauguration de la Maison de la démocratie.

Albert Ondo Ossa : L’inauguration de cette maison, en quoi ça va améliorer la vie des Gabonais ? Donc, je ne peux pas commenter ce qui n’est pas à commenter.

Guineematin : Le président Oligui Nguema est également venu ici, en France, il a été reçu à l’Elysée. Cela contredit aussi votre déclaration selon laquelle il n’est pas reconnu à l’international.

Albert Ondo Ossa : La poignée de main diplomatique, c’est de la diplomatie. Et tout le monde sait ce qu’est la diplomatie. Dans quelles conditions a-t-il été reçu ? Il a été reçu à l’Élysée. Et alors, par la cour arrière ? Ce n’est pas moi qui le dis, les images existent. Un président est reçu de cette manière ? Alors, à partir de ce moment-là, je vous dis : il faut véritablement qu’on comprenne que la situation actuelle est une situation très, très grave pour le Gabon, pour la population gabonaise, et qu’elle ne peut pas durer. Ce n’est pas possible. Mais je reste ouvert pour qu’une discussion s’instaure, mais dans cette discussion-là, je sais où je vais.

Vous ne pouvez pas annuler une élection. Vous n’en avez pas le droit. Vous organisez une élection qui est illégale, elle ne tient pas. La seule élection qui est valable aujourd’hui, c’est celle de 2023. Pourquoi ? Parce que moi, je n’ai jamais nommé les présidents des bureaux de vote. Je n’ai jamais désigné les membres de la commission électorale. Ce n’est pas moi qui ai rédigé les textes. Je n’ai jamais à coup de millions, payé à gauche et à droite des gens. Non, c’est une élection qui s’est passée dans de bonnes conditions. Dans des conditions relativement bonnes, dirais-je.

Guineematin : Si vous aviez un message à adresser au peuple gabonais aujourd’hui, que diriez-vous ?

Albert Ondo Ossa : Je leur dis de tenir bon. Il faut qu’ils tiennent parce que la lutte continue. C’est cela la lutte politique. Dans la lutte politique, il y a des hauts et des bas. On a vu Mandela en prison, on a vu d’autres en exil, on a vu des gens partir d’exil pour devenir président de la République. Donc, véritablement, c’est un processus qui n’est pas linéaire. Il y a des hauts et des bas. Donc, ce que je leur dis, c’est qu’ils tiennent bon. Et tant qu’ils sont accrochés à moi et que moi, je suis accroché à leurs aspirations, tant que ce lien existe, nul doute, à un moment ou à un autre, et ce moment, je l’espère proche, Oligui partira. Donc, il faut qu’ils tiennent bon.

Guineematin : La Guinée et le Gabon entretiennent aujourd’hui de très bonnes relations : le président Mamadi Doumbouya avait participé à l’investiture d’Oligui Nguema au Gabon et vice-versa. Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, se trouve aussi en ce moment même à Libreville pour prendre part à l’inauguration de la Maison de la démocratie. Comment appréciez-vous cette situation ?

Albert Ondo Ossa : Les relations d’État à État, ce ne sont pas des rapports institutionnels qui sont les meilleurs. Ce sont des rapports marchands, des rapports de marché. Ce qui est important, ce n’est pas les accolades que se donnent les chefs d’État, Non. C’est ce qu’il y a derrière. Derrière eux, il y a le peuple. Et là, la Guinée, c’est un marché ouvert. Le Gabon, c’est un marché ouvert. Est-ce que les Gabonais peuvent se déployer en Guinée ? Est-ce que les Guinéens peuvent se déployer au Gabon ? De quelle façon peuvent-ils organiser leurs activités pour que finalement les pays soient prospères ou bien les populations gagnent effectivement ? Voilà, c’est ce qu’on appelle effectivement l’intégration par le marché et non l’intégration institutionnelle.

Guineematin : Je sais que vous êtes de l’Afrique centrale, mais en Afrique de l’Ouest, il y a une actualité très brûlante. Je souhaite donc avoir votre avis sur ce qui se passe actuellement au Mali avec ce blocus que veulent imposer les djihadistes sur Bamako avec cette situation qui est en train de déstabiliser de plus en plus notre sous-région ?

Albert Ondo Ossa : C’est une situation très préoccupante. Ça, c’est vrai. Elle est préoccupante à plusieurs égards. D’abord, dès lors qu’il y a une rébellion, c’est qu’il y a un problème de fond. Et au lieu de s’attaquer à l’artifice, il faut s’attaquer au problème de fond. Quel problème de fond ont les pays du Sahel, généralement ? C’est à ce problème-là qu’il faut s’attaquer. Et bien, à partir de ce moment-là, je dirais que je fais confiance au peuple malien, au peuple Burkina, au peuple de l’Afrique de l’Ouest, où il existe une intégration plus forte, parce que ces peuples sont très impliqués. Je leur fais confiance, nul doute qu’une solution sera trouvée. Donc, c’est une préoccupation, c’est un sujet de préoccupation. Nous suivons de près ce qui se passe et nous espérons que la sérénité reviendra, la paix reviendra, parce que ces pays ont besoin de développement et aucun pays ne peut se développer sans qu’il y ait la paix. Voilà ce que je peux dire à ce sujet.

Guineematin : Merci, Albert Ondo Ossa.

Albert Ondo Ossa : Merci.

Entretien réalisé à Paris (France) par Abdoulaye Oumou SOW pour Guineematin.com

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