CE QUE NOS OBJETS SAVENT – La Calebasse, ce que le vide sait que la forme ignore (Par Boubacar Diallo)

il y a 2 heures 11
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Le Pouto · La Pirogue · Le Pilon · Le Puits · Le Feu de bois · les masques · Le Grenier I · Le Grenier II · La Calebasse

Dans certaines cours, elle est posée à lenvers.

On ne la range pas. On la pose.

La bouche contre le sol. Le fond vers le ciel.

Elle sèche. Elle attend.

Ce nest pas un oubli. Cest un geste.

— — —

La calebasse ne se fabrique pas. Elle se guide.

Pendant que la courge est encore vivante — on pose des liens. Des pressions douces. Répétées.

Pas pour contraindre. Pour orienter.

On ne force pas la forme. On dialogue avec elle.

Des semaines. Des mois.

La courge grandit dans une direction quelle naurait pas prise seule.

Cest déjà une leçon — avant même quon louvre.

— — —

Puis vient le moment que personne ne voit.

On attend que la chair se rétracte.

On ouvre. On vide. On racle.

On polit lintérieur jusquà ce quil ne reste rien.

Ce travail est long. Ingrat. Invisible.

Cest précisément pour ça quil compte.

Mais cest là que tout se joue.

Ce qui reste — ce nest pas la forme.

Cest le vide.

Et cest ce vide qui a de la valeur.

— — —

La calebasse entre alors dans la vie des hommes.

Elle porte leau du puits à la maison.

Elle sépare les pierres du riz — geste circulaire, les mains qui savent avant les yeux.

Elle mesure la farine, lhuile, le grain.

Elle circule. Elle sert. Elle dure.

Elle nappartient à personne en particulier. Elle appartient à lusage.

— — —

Et quand elle se fracture — on ne la jette pas.

On la coud.

La fissure devient couture.

La faiblesse devient ligne de force.

Elle continue.

Certaines portent dix ans de coutures.

Dix ans de vie ajoutée à ce qui aurait dû céder.

Elles sont plus belles que les neuves. Elles ont une histoire à lire à lœil.

— — —

Le grenier accumule.

La jarre conserve.

Le coffre protège.

La calebasse fait autre chose.

Elle ne donne pas. Elle reçoit.

— — —

Donner — tout le monde comprend.

Recevoir — presque personne.

Recevoir sans être préparé :

on renverse.

On gaspille.

On perd sans comprendre ce quon a perdu.

On croit manquer.

Alors quon déborde sans structure.

Ce nest pas un problème de quantité. Cest un problème de forme intérieure.

— — —

La capacité de recevoir ne vient pas naturellement.

Elle se construit.

Par pression patiente.

Par guidage lent.

Par transformation silencieuse.

Par vidage intérieur.

Accepter dêtre creusé

avant de vouloir contenir.

Accepter que lespace en soi ne soit pas un manque — mais une préparation.

— — —

La calebasse cousue ne cache pas sa fracture.

Elle la porte.

Ce nest pas une honte. Cest une mémoire.

La preuve quelle a cédé — puis tenu.

La preuve quelle a perdu — puis appris à contenir autrement.

Chaque couture est une date. Un nom. Une saison traversée.

— — —

Ce nest pas la forme qui fait la valeur de la calebasse.

Ce nest pas ce quelle montre.

Cest ce quelle a accepté de devenir.

Vide.

Assez vide pour recevoir.

Assez travaillé pour ne pas renverser.

Assez solide pour contenir sans se briser.

— — —

On ne reconnaît pas une calebasse à sa beauté.

On la reconnaît à ce quelle ne renverse pas.

 

« On ne reconnaît pas une calebasse à sa beauté.
On la reconnaît à ce quelle ne renverse pas. »

Ce que nos objets savent  ·  

Boubacar Diallo

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