Affaire Kassory Fofana à la CRIEF : l’audience renvoyée au 5 mars prochain, la défense dénonce un “boycott” du parquet

il y a 4 heures 17
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Nouveau coup d’arrêt dans le dossier de l’ancien Premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana, à la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). L’audience prévue ce jeudi, 19 février 2026, dans cette affaire devant la Chambre des appels de cette juridiction spéciale n’a finalement pas eu lieu. Et pour cause, l’absence notable du parquet. Une situation qui a conduit la Cour à renvoyer l’ensemble des dossiers inscrits au rôle au 5 mars prochain. Ce renvoi a provoqué la colère et l’indignation des avocats de Kassory Fofana. Ils dénoncent une situation inacceptable et un boycott du parquet.

Me Dinah Sampil, avocat

« Je rappelle qu’il y a quand même cinq ans, ça va faire cinq ans, parce que bientôt le 6 avril, ça fera cinq ans que des personnes, pas les moindres, des personnes qui ont eu la charge d’assurer les plus hautes fonctions de ce pays sont arrêtées, détenues et jusqu’à date ne sont pas jugées. Alors, de ce que je sais sur l’environnement de la Guinée et un peu plus loin, ce qui se passe actuellement en Guinée ne s’est passé ou ne se passe dans aucun des pays. C’est dommage de le dire, puisqu’il a été promis à la prise du pouvoir par le CRND que la justice serait désormais la boussole des activités du gouvernement. Mais dans le cas de ces personnes incarcérées, où est la justice finalement ? On se bat tous les jours pour l’obtenir, impossible. Les acteurs qui sont chargés de l’assumer se débinent à chaque fois, si ce n’est pas carrément s’absenter, comme c’est le cas aujourd’hui, des audiences de la juridiction. Si mon avis était demandé, j’avoue que j’aurais fait pour que cette juridiction qui est la CRIEF disparaisse, parce qu’elle doit disparaître. Elle n’a rien apporté à la Guinée. Rien. Ou du moins, ce qui est porté devant elle pouvait l’être devant les juridictions ordinaires. Parce que le détournement, le blanchiment, il n’est pas dit dans le code pénal qu’il faut une cour spéciale pour les juger. Les juridictions ordinaires pouvaient assurer ce rôle-là. Et je suis certain que si c’était le cas, il y a longtemps qu’on en aurait terminé. Pour en revenir au cas de Kassory, on a presque tout dit. On est revenu sur les mêmes propos. Aujourd’hui, je suis obligé de répéter ce qui a été déjà dit. Kassory est en prison. Pourquoi ? On pose cette question. La somme de 15 milliards qu’on a imaginée et qu’on a mis à sa charge se trouve dans les caisses du Trésor public guinéen. Nous avons les preuves, on les a exhibées, c’est versé dans le dossier. On a fait publier dans la presse, partout. Alors, pourquoi est-il en prison ? On est outré, estomaqué de constater qu’on retient une personne en prison pour rien du tout. Mais alors, si c’est parce qu’on reprochait quelque chose à Kassory, la première des choses, c’était de sortir les preuves. Les 15 milliards-là, on n’a pas sorti les preuves. Mais Kassory, lui, il a été amené à prouver que les 15 milliards n’ont pas été pris. Mais alors, pourquoi ? Depuis 5 ans maintenant. Donc si aujourd’hui c’est la personne chargée de poursuivre et de traduire les individus auxquels il reproche quelque chose d’infractionnel devant la juridiction compétente, il est inadmissible, impardonnable, inacceptable que cette personne brille par son absence à l’audience programmée. Parce que c’est le parquet spécial. C’est le parquet spécial qui prépare les audiences de la cour de répression des infractions économiques et financières, qui a établi le rôle d’audience pour aujourd’hui. Alors, que ce même procureur ne vienne pas, aucun de ses substituts ne vienne, personne pour dire quoi qu’il en ait, c’est outrant. Ça traduit simplement le mépris contre le respect des droits humains, des droits des citoyens, des droits des prévenus. Lorsque, de façon frontale, comme c’est le cas aujourd’hui, on refuse le minimum à un citoyen, qu’est-ce qu’on va lui accorder ? Moi, je conclue que donc, étant informé de l’état de santé actuel de Kassory Fofana, qui est alarmant, peut-être, c’est un moyen pour eux d’attendre pour que mort s’en suive et qu’on dise finalement, il est mort, donc on arrête. Non, il faut arrêter pendant qu’il est normal d’arrêter, il est temps d’arrêter, pour savoir que ce monsieur n’a rien fait, il n’a que rendu des services bons et loyaux à l’Etat guinéen pour lesquels on est en train de le récompenser par du mal », a déclaré l’ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Guinée et membre du collectif de défense, Me Aboubacar Dina Sampil.

Dans la même veine, Me Aboubacar Sidiki Bérété a exprimé sa “déception totale”, qualifiant l’absence du parquet de fait “inédit et grave” dans l’histoire judiciaire de la Guinée.

Me Sidiki Bérérté, avocat

« C’est regrettable, c’est une déception totale. Dans l’histoire de la Guinée, mes petites expériences, pour la première fois, le parquet fait défaut à l’audience. On ne peut pas mettre les citoyens en prison durant quatre ans. Et particulièrement le dossier Dr Kassory, il y a deux semaines, Dr Kassory a des difficultés de santé, il y a eu rechute. On a écrit, les autorités de tous les niveaux sont informées (…), et la réponse était qu’on ne peut rien faire sans l’audience. Et nous venons à l’audience, le parquet trouve d’autres excuses à ne même pas venir, la cour était obligée de renvoyer. Il n’y a pas d’excuses possibles, parce que le parquet est un et indivisible. La CRIEF n’a pas moins de quatre à cinq procureurs. On est au regret qu’il n’y ait aucun représentant du parquet. Mais Kassory est gravement malade. Et on ne peut pas l’évacuer. On ne peut pas le soigner. On ne peut rien faire, selon eux, sauf l’audience au fond. Et si les audiences là sont boycottées ? Nous attirons l’attention de l’opinion nationale et internationale, qu’ils ont la vie de Kassory désormais entre leurs mains. Ça, c’est à leur risque et péril, si quelque chose arrive. Ça, c’est le laisser mourir. C’est une souffrance endurée… La CRIEF, franchement, est en train de faire des jeux impossibles en matière de procédure pénale. Comment un procureur peut faire défaut à l’audience ? Et peut-être même sans pire, eux, ils ont beaucoup vécu, et ils ont dû peut-être voir ça de leur expérience. Parce que la partie principale et fondamentale d’un procès pénal, c’est le ministère public. Mais si le ministère public est absent, la cour pourrait aller même au-delà, libérer tout le monde, parce que ça devient, franchement, de la séquestration et de l’humiliation. Il est temps de se prononcer sur le cas de Kassory, sinon il va mourir entre les mains des hommes politiques. On passe par la CRIEF pour les priver de leur liberté, pour les humilier et pour les laisser mourir en tant que malades. Je ne suis pas le seul. Aujourd’hui, ça a été quand même une première dans l’histoire judiciaire de la Guinée, que le parquet boycotte l’audience après avoir envoyé les citoyens en prison. Depuis le 6 avril 2022, ils sont en détention préventive. Et c’est difficile de comprendre, ça ne donne pas d’espoir aux citoyens d’être en sécurité judiciaire », a martelé Me Sidiki Bérété.

Au-delà du renvoi, cette audience manquée ravive les critiques sur la durée des détentions préventives. La défense évoque une atteinte aux droits fondamentaux et interpelle l’opinion sur la situation de ses clients. Pour les avocats de Dr Kassory Fofana, l’enjeu dépasse désormais le cadre strictement judiciaire : il s’agit, selon eux, d’une question de respect des droits humains et de crédibilité de la justice guinéenne.

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

Tel : 666919225

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