Viande de chameau : quand la science nutritionnelle rejoint les enseignements de l’islam [Par Aboubacar Sakho]

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Souvent reléguée au rang de consommation traditionnelle propre aux zones sahéliennes, désertiques et moyen-orientales, la viande de chameau fait aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt scientifique et nutritionnel. Longtemps ignorée par la recherche occidentale, elle est désormais étudiée pour ses qualités diététiques, ses spécificités biochimiques et son potentiel dans la lutte contre certaines carences nutritionnelles. Parallèlement, dans le monde musulman, cette viande bénéficie depuis des siècles d’une reconnaissance religieuse fondée sur la pratique et les enseignements du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui). La convergence entre ces deux approches ( scientifique et spirituelle ) mérite une analyse approfondie.

Sur le plan strictement nutritionnel, la viande de chameau se distingue par sa densité protéique élevée. Les études disponibles indiquent qu’elle contient en moyenne entre 18 et 22 % de protéines, avec un profil en acides aminés essentiels comparable, voire parfois supérieur, à celui du bœuf. Ces protéines jouent un rôle clé dans la croissance musculaire, le renouvellement cellulaire, la production d’enzymes et d’hormones, ainsi que dans le maintien du système immunitaire. Cette richesse protéique est particulièrement pertinente dans les régions où l’accès à une alimentation diversifiée reste limité.

Un autre élément central mis en avant par la recherche concerne sa faible teneur en matières grasses, notamment en graisses saturées. Contrairement à certaines viandes rouges issues d’animaux élevés de manière intensive, la viande de chameau est généralement plus maigre, surtout lorsqu’elle provient d’animaux adultes élevés en milieu naturel. Cette caractéristique est associée à une teneur en cholestérol plus basse, un facteur important dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Dans un contexte mondial marqué par l’augmentation des pathologies liées à l’alimentation, ce profil lipidique attire de plus en plus l’attention des nutritionnistes.

La richesse minérale de la viande de chameau constitue un autre axe majeur de son intérêt scientifique. Elle est particulièrement reconnue pour sa concentration en fer biodisponible, un micronutriment essentiel au transport de l’oxygène dans le sang. Dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, où l’anémie ferriprive demeure un problème de santé publique, la consommation régulière de viande de chameau pourrait contribuer à réduire certaines carences. À cela s’ajoute une présence significative de zinc, indispensable au bon fonctionnement du système immunitaire, à la cicatrisation des tissus et à la synthèse des protéines.

Le sélénium, autre oligo-élément présent dans cette viande, joue un rôle crucial dans les mécanismes antioxydants de l’organisme. Il participe à la neutralisation des radicaux libres et à la protection des cellules contre le stress oxydatif, un processus impliqué dans le vieillissement cellulaire et le développement de nombreuses maladies chroniques. Certaines études suggèrent que la consommation d’aliments naturellement riches en sélénium, comme la viande de chameau, pourrait contribuer au maintien de l’équilibre métabolique.

Sur le plan vitaminique, la viande de chameau est une source appréciable de vitamines du groupe B, en particulier la vitamine B12. Cette dernière est essentielle au bon fonctionnement du système nerveux central et à la formation des globules rouges. Les carences en B12 sont fréquentes chez les populations ayant un accès limité aux produits d’origine animale, ce qui confère à la viande de chameau un intérêt nutritionnel stratégique. D’autres vitamines, telles que la niacine (vitamine B3), participent au métabolisme énergétique et à la transformation des nutriments en énergie utilisable par l’organisme.

Les recherches récentes mettent également en évidence la présence de composés bioactifs, notamment la carnosine et certains peptides issus de la digestion des protéines. Ces composés sont étudiés pour leurs effets potentiels antioxydants et leur capacité à intervenir dans la régulation de certaines fonctions physiologiques, comme la pression artérielle. Bien que ces résultats nécessitent encore des validations cliniques à grande échelle, ils ouvrent des perspectives intéressantes sur le rôle fonctionnel de cette viande dans l’alimentation humaine.

Ces données scientifiques trouvent un écho particulier dans la tradition musulmane, où la viande de chameau occupe une place clairement établie. En islam, le chameau fait partie des animaux licites à la consommation, conformément aux règles alimentaires (halal). Plusieurs hadiths authentiques rapportent que le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) consommait de la viande de chameau et ne l’a jamais interdite, ce qui constitue une référence importante pour les musulmans attachés à la pratique prophétique.

Certains récits rapportent également que le Prophète recommandait, dans des contextes spécifiques, le lait et la viande de chameau. Les savants musulmans ont souvent interprété ces recommandations comme une sagesse préventive, soulignant que les prescriptions islamiques prennent en compte la santé physique autant que l’équilibre spirituel. En islam, le corps est considéré comme un dépôt confié par Dieu que l’être humain a le devoir de préserver.

Cette vision holistique de la santé rejoint les préoccupations contemporaines en matière de nutrition. De nombreux érudits musulmans soulignent que l’alimentation recommandée par l’islam repose sur des principes de modération, de naturalité et d’équilibre, loin des excès liés à la surconsommation et à l’industrialisation alimentaire. Le chameau, animal rustique adapté aux environnements arides, se nourrit majoritairement de plantes sauvages souvent riches en composés naturels, ce qui influence la qualité de sa chair.

D’un point de vue socio-économique, la valorisation de la viande de chameau présente également des enjeux importants. Dans plusieurs pays du Sahel et du monde arabe, l’élevage camelin représente une ressource stratégique pour les populations rurales. Promouvoir ses bénéfices nutritionnels pourrait contribuer à renforcer la sécurité alimentaire, à soutenir les économies locales et à réduire la dépendance aux importations de viandes plus coûteuses.

La viande de chameau s’inscrit dans un débat plus large sur la durabilité des systèmes alimentaires. Le chameau est reconnu pour sa capacité à survivre dans des conditions climatiques extrêmes, avec une faible consommation d’eau comparée à d’autres espèces d’élevage. Cette résilience en fait un animal particulièrement adapté aux défis posés par le changement climatique, renforçant l’intérêt pour ses produits, tant du point de vue scientifique que culturel et religieux.

Par Aboubacar SAKHO
Expert en communication

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