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Depuis plus d’une décennie, la Guinée s’est imposée comme le premier exportateur mondial de bauxite, avec des volumes qui dépassent désormais 180 millions de tonnes par an, principalement à destination de la Chine.
Mais derrière cette performance spectaculaire se cache une réalité encore peu débattue : la bauxite guinéenne contient également des terres rares, aujourd’hui classées parmi les minéraux critiques les plus stratégiques au monde.
Cette donnée, largement ignorée lors de la signature des premières conventions minières, pose désormais une question centrale : l’État guinéen peut-il – et doit-il – revoir les termes de la gouvernance de sa bauxite à la lumière de cette nouvelle valeur stratégique ?
Des terres rares dans la bauxite : un potentiel longtemps négligé
Les études géologiques internationales montrent qu’une tonne de bauxite contient en moyenne entre 1 et 2 kilogrammes de terres rares, principalement des terres rares légères telles que le cérium, le lanthane, le néodyme et le praséodyme.
Appliquée aux exportations guinéennes actuelles, cette teneur représente 180 000 à 360 000 tonnes de terres rares par an contenues dans la bauxite exportée, pour une valeur économique potentielle estimée entre 9 et 18 milliards de dollars par an, si ces éléments étaient extraits, valorisés et commercialisés.
Bien entendu, ces terres rares ne sont pas vendues en l’état, car elles ne sont pas séparées du minerai brut. Mais leur présence n’est ni théorique ni marginale : elle est géologiquement établie.
Pourquoi cette valeur n’apparaît pas dans les conventions minières
La majorité des conventions minières signées en Guinée l’ont été à une époque où les terres rares n’étaient pas considérées comme stratégiques, leur extraction industrielle à partir de la bauxite n’était pas économiquement prioritaire et l’objectif principal des partenaires était l’approvisionnement en alumine pour l’industrie de l’aluminium.
Conséquence : les contrats portent exclusivement sur la bauxite comme minerai principal, sans prise en compte explicite des sous-produits stratégiques.
Un changement de contexte géopolitique majeur
Depuis une dizaine d’années, la situation mondiale a radicalement évolué :les terres rares sont devenues indispensables aux technologies vertes (véhicules électriques, éoliennes),elles sont cruciales pour les industries de défense, de télécommunications et de batteries, la Chine contrôle aujourd’hui plus de 60 % de la production mondiale et une part encore plus importante du raffinage.
Dans ce contexte, la bauxite guinéenne prend une dimension géopolitique nouvelle, bien au-delà de l’aluminium.
La question de la renégociation : possible mais encadrée
Sur le plan juridique, l’État guinéen dispose de leviers, mais ceux-ci doivent être utilisés avec prudence.
Les conventions minières comportent souvent des clauses de stabilité fiscale et juridique,des protections contre les modifications unilatérales,des recours possibles à l’arbitrage international.
Une remise en cause brutale exposerait la Guinée à des contentieux coûteux.
En revanche, plusieurs voies réalistes et sécurisées existent :
- Reconnaître légalement les terres rares comme sous-produits stratégiques, avec obligation de déclaration et de traçabilité ;
- Renégocier par avenants volontaires, en échange d’avantages contractuels ou logistiques ;
- Imposer progressivement le raffinage local de l’alumine, ce qui concentre les terres rares dans les résidus industriels (boues rouges) ;
- Intégrer pleinement les terres rares dans les nouvelles conventions, sans toucher rétroactivement aux anciennes.
L’enjeu central : transformer la rente minière en levier stratégique
Le débat ne se limite pas à une question fiscale. Il touche au positionnement stratégique de la Guinée dans un monde en transition énergétique et technologique.
Aujourd’hui, le pays exporte massivement un minerai brut, alors que la valeur stratégique se situe dans la transformation,les sous-produits peuvent valoir autant, voire plus, que le minerai principal.
La véritable question est donc la suivante :la Guinée veut-elle rester un simple fournisseur de bauxite ou devenir un acteur clé de la chaîne mondiale des minéraux critiques ?
En définitive, les terres rares contenues dans la bauxite guinéenne ne sont pas une hypothèse abstraite. Elles constituent un potentiel économique et géopolitique réel, encore absent des contrats historiques.
La renégociation n’est ni automatique ni conflictuelle, mais elle est désormais stratégique.
À terme, la souveraineté minière guinéenne ne se jouera pas uniquement sur les volumes exportés, mais sur la capacité de l’État à capter la valeur cachée de ses ressources.
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il y a 3 heures
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