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http://Actuguinee.org/ Depuis la démission du Gouvernement guinéen consécutive à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 et la reconduction de Monsieur Amadou Oury Bah au poste de Premier ministre, Chef du Gouvernement de la Cinquième République, la scène politique nationale est entrée dans une phase de transition attendue mais particulièrement agitée. Comme à chaque moment charnière de la vie institutionnelle, les attentes se multiplient, les spéculations s’intensifient et l’espace public devient le réceptacle d’espoirs, de frustrations et parfois de calculs plus ou moins assumés.
Cette fois-ci, cependant, le phénomène a pris une ampleur inédite à travers les réseaux sociaux. Facebook, X, WhatsApp et autres plateformes numériques se sont transformés en véritables arènes politiques parallèles où se succèdent des publications présentant des profils de premiers ministrables, des ministres jugés méritants et dignes d’être reconduits, mais aussi des listes de cadres que certains groupes souhaitent voir nommés au sein du futur Gouvernement. Plus préoccupant encore, d’autres acteurs, se voulant plus audacieux ou plus exigeants, sont allés jusqu’à établir publiquement des listes de ministres à ne surtout pas reconduire, comme s’il s’agissait d’un exercice collectif de notation ou d’un vote informel.
Derrière cette agitation apparente se cachent des réalités multiples. Certaines publications relèvent d’une expression citoyenne spontanée, nourrie par la passion politique et le désir de voir le pays mieux gouverné. D’autres, en revanche, portent les marques évidentes de campagnes organisées, parfois commanditées, visant à influencer les décisions à venir. Dans tous les cas, le destinataire est clairement identifié le Président de la République, Chef de l’État, Monsieur Mamadi Doumbouya, interpellé directement ou indirectement à travers ces prises de position publiques.
Dans une République moderne, la question fondamentale n’est pas de savoir si les citoyens ont le droit de s’exprimer sur la conduite des affaires publiques, car ce droit est un acquis démocratique fondamental. La véritable interrogation porte plutôt sur la nature, la forme et les limites de cette expression lorsqu’elle touche à des actes relevant strictement des prérogatives constitutionnelles. La formation du Gouvernement n’est pas un exercice de consultation populaire permanente ni un concours de popularité organisé sur les réseaux sociaux. Elle obéit à des règles institutionnelles précises et engage la responsabilité politique du Chef de l’État.
La Constitution confère au Président de la République le pouvoir de nommer le Premier ministre et, sur proposition de ce dernier, les membres du Gouvernement. Cette compétence exclusive s’inscrit dans un équilibre institutionnel destiné à garantir la cohérence de l’action gouvernementale et la stabilité de l’État. En ce sens, même si le Président peut écouter, observer et tenir compte de l’opinion publique, il ne saurait être lié par des injonctions numériques, encore moins par des pressions collectives déguisées en contributions citoyennes.
Lorsque des individus ou des groupes se permettent d’adresser des listes de noms ou d’exclusions au Chef de l’État, ils franchissent une ligne subtile mais essentielle. Ils ne se contentent plus d’exprimer une opinion ou une préférence politique, ils cherchent à orienter, voire à conditionner une décision régalienne. Cette dérive est d’autant plus problématique qu’elle tend à banaliser l’idée selon laquelle l’autorité de l’État peut être influencée par la force du bruit médiatique plutôt que par l’intérêt général, la compétence et l’éthique de gouvernance.
Il convient également de souligner que cette pratique, si elle se répète à chaque formation de gouvernement, contribue à fragiliser le tissu institutionnel. Elle alimente une confusion entre l’espace du débat démocratique et celui de la décision exécutive. Elle expose inutilement des cadres de l’administration et de la classe politique à des campagnes de dénigrement ou de promotion qui ne reposent pas toujours sur des critères objectifs. À terme, elle peut décourager les compétences silencieuses et favoriser une culture de visibilité tapageuse au détriment du mérite et de la discrétion républicaine.
Dans le contexte particulier de la Cinquième République, cette question prend une dimension encore plus sensible. Une République nouvelle se construit autant par les textes que par les pratiques. Le respect des rôles institutionnels, la retenue dans l’expression publique et la reconnaissance des limites de chacun sont des indicateurs essentiels de maturité démocratique. Transformer les réseaux sociaux en un espace de pression permanente sur le pouvoir exécutif revient à fragiliser les fondations mêmes de l’État que l’on prétend vouloir renforcer.
Cela ne signifie nullement que les citoyens doivent se taire ou se désintéresser de la chose publique. Au contraire, leur vigilance est nécessaire, leur critique est utile et leur engagement est souhaitable. Mais cet engagement gagne en efficacité et en légitimité lorsqu’il s’inscrit dans des cadres structurés partis politiques, organisations de la société civile, médias professionnels ou débats publics argumentés. Il perd en crédibilité lorsqu’il se réduit à des publications émotionnelles ou à des campagnes d’influence sans responsabilité.
La contribution citoyenne trouve sa pleine expression dans le choix des dirigeants à travers les élections, dans le contrôle de l’action gouvernementale par l’opinion éclairée et dans la participation au débat national sur les orientations politiques. Elle ne peut se substituer à l’exercice du pouvoir exécutif ni se transformer en un mécanisme informel de cooptation gouvernementale.
La formation du Gouvernement reste un acte solennel qui engage l’avenir du pays et la responsabilité historique du Président de la République. Si l’écoute de la société est un atout, la décision finale relève de son seul jugement, éclairé par l’intérêt supérieur de la Nation. Le respect de cette réalité institutionnelle est non seulement une exigence juridique, mais aussi une condition indispensable à la stabilité politique et à la crédibilité de la Cinquième République guinéenne.
Aboubacar SAKHO
Expert en communication
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L’article Réseaux sociaux et formation du gouvernement : la tentation de l’ingérence populaire est apparu en premier sur Actuguinee.org.
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