Reconduction de Bah Oury : le choix de la continuité, de l’urgence et des résultats [Par Alpha Camara]

il y a 10 heures 41
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Le président de la République, Mamadi Doumbouya, a renouvelé hier lundi (26 janvier 2026) sa confiance au Premier ministre démissionnaire Amadou Oury Bah, en le renommant à la tête du gouvernement. Cette décision, loin d’être un simple acte de routine institutionnelle, renvoie à deux messages politiques clairs : d’une part, la satisfaction du chef de l’État quant à la collaboration engagée avec Bah Oury ; d’autre part, la volonté assumée d’aller vite, sans s’enliser dans des transitions prolongées.

Dans les usages institutionnels, la nomination d’un nouveau Premier ministre intervient généralement dans les jours qui suivent la démission d’un gouvernement. En Guinée, toutefois, cette étape a souvent été marquée par des délais importants, parfois de plusieurs semaines, nourrissant incertitudes et spéculations. En procédant rapidement à la reconduction de Bah Oury, le président Doumbouya semble vouloir rompre avec ces lenteurs et afficher une posture d’urgence et de continuité, à la mesure de l’ampleur des chantiers qui l’attendent.

Dans un article précédent, nous avions estimé que la Guinée gagnerait à confier la Primature à une personnalité non politique, dotée d’un profil résolument managérial, capable de diriger l’action gouvernementale comme un PDG de l’État, sans arrière-pensée présidentielle ni calcul de succession. Ceci, dans le souci d’éviter des situations conflictuelles à la tête de l’Etat à cause des querelles de positionnement préjudiciables à la bonne marche de l’action publique.

À première vue, la reconduction de Bah Oury pourrait sembler s’éloigner de cette recommandation. Elle s’inscrit pourtant dans une logique pragmatique et cohérente : celle de la connaissance éprouvée et de la confiance établie.

Pour avoir travaillé étroitement avec lui depuis plusieurs années, Mamadi Doumbouya sait que Bah Oury est davantage animé par la recherche de résultats concrets que par la tentation de se positionner comme un prétendant au fauteuil présidentiel. Autrement dit, le chef de l’État semble avoir privilégié un homme de mission plutôt qu’un homme en campagne, un gestionnaire concentré sur l’action plutôt qu’un politique tenté d’être « calife à la place du calife ».

Les attentes des concitoyens sont, en effet, énormes. Elles portent aussi bien sur le développement économique que sur la stabilité sociale, la gouvernance et la crédibilité des institutions. Quelques instants après sa reconduction, (dans les réseaux sociaux), Bah Oury visiblement ému, a remercié le chef de l’État pour la confiance renouvelée et a promis de se mettre pleinement au service de son pays.

Au-delà des nombreuses infrastructures réalisées ces dernières années à travers le territoire national, la gouvernance de Bah Oury peut également être créditée d’un acquis majeur : le maintien du calme et de la sérénité dans un contexte politique souvent marqué par des tensions. À Conakry notamment, l’axe Bambéto–Cosa, longtemps considéré comme l’épicentre des manifestations et des affrontements depuis près de deux décennies, connaît aujourd’hui une quasi-accalmie, rendue possible par un climat de dialogue et une meilleure collaboration avec les populations locales.

Autre fait notable : sous son leadership, la Guinée a réussi à organiser des élections référendaire et présidentielle sans heurts, une première depuis l’avènement de la démocratie et du pluralisme politique au début des années 1990. Cet épisode marque un tournant important dans l’histoire politique récente du pays, souvent jalonnée de processus électoraux conflictuels.

La reconduction de Bah Oury pourrait répond également à des impératifs stratégiques. Qui d’autre que lui serait aujourd’hui en mesure d’assurer la continuité et le suivi rigoureux du dossier Simandou, désormais entré dans sa phase d’exploitation ? Ce projet structurant, aux enjeux économiques et géopolitiques majeurs, exige une stabilité au sommet de l’exécutif, une connaissance approfondie des dossiers et une crédibilité vis-à-vis des partenaires nationaux et internationaux.

Banquier de formation, Bah Oury est aujourd’hui l’un des doyens de la classe politique guinéenne, après des figures majeures telles qu’Alpha Condé, Sydia Touré ou encore Cellou Dalein Diallo, ainsi que les défunts Siradiou Diallo, Bah Mamadou, et Pr Alfa Sow . Son parcours est marqué par des épreuves, dont un long exil en France consécutif à une tentative d’assassinat visant le président Alpha Condé, ainsi que par une rupture douloureuse avec son ancien parti, l’UFDG, dont il fut vice-président. Après des années de marginalisation, de négociations et de traversée du désert politique, il est revenu en Guinée et a retrouvé une place centrale dans l’appareil d’État.

En reconduisant Bah Oury, le président Mamadi Doumbouya fait donc le pari de la continuité, de l’expérience et de l’efficacité, dans un contexte où le temps est compté et les attentes pressantes. Il lui revient désormais, avec son gouvernement, de traduire cette confiance renouvelée en résultats tangibles, à la hauteur des espoirs placés par les Guinéens dans cette nouvelle phase de la gouvernance nationale.

Alpha Camara
Ottawa/Gatineau (CANADA)
Tel: 438 221 4080

L’article Reconduction de Bah Oury : le choix de la continuité, de l’urgence et des résultats [Par Alpha Camara] est apparu en premier sur Mediaguinee.com.

Lire l'article en entier