Que sont-ils devenus ? Lucien Beindou Guilao, un parcours de vie pluriel

il y a 3 heures 16
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Ancien international guinéen et sociétaire de l’Association Sportive des Forces Armées de Guinée (ASFAG), Lucien Beindou Guilao possède un parcours aussi riche que varié. Né le 5 juillet à Kindia, fils de feu Serge Siba et de Joséphine Lenaud, il est titulaire d’une maîtrise en économie publique (option économie du développement) obtenue à l’Université nationale de Côte d’Ivoire. Durant une carrière professionnelle entamée après ses études universitaires, il a notamment occupé des fonctions de cadre chez Total Guinée entre 1992 et 2015.

Parallèlement à ses responsabilités administratives et politiques +incluant un poste de ministre des Guinéens de l’étranger en 2010 et la direction générale de l’Office National de Formation et de Perfectionnement Professionnel (ONFPP) -Lucien Beindou Guilao s’est imposé comme une figure du sport national. Joueur professionnel au Gabon et au Portugal, il a su convertir son expérience de terrain en une expertise de dirigeant, notamment à la tête de la Ligue guinéenne de football professionnel. Dans cet entretien, cet homme aux multiples facettes – sportif, administrateur, mélomane et homme politique- revient sur son itinéraire singulier.

Guinéenews : Bonjour M. Lucien Guilao, merci d’accepter notre invitation. Ancien joueur professionnel et ex-international guinéen, dites-nous comment vous êtes venu au football et parlez-nous de votre parcours ?

Lucien Beindou Guilao : Bonjour et merci pour l’invitation. Je suis venu au football comme tous les jeunes de mon âge. Je suis un enfant de Kaloum, du quartier Almamya, et, dès mon plus jeune âge, nous jouions dans la cour de la concession, dans la rue, précisément à Chavanel (qui passe devant l’ambassade de France), et à Filios, situé à côté du siège de la Gendarmerie nationale.

J’avais une telle envie de faire carrière dans le football que ma mère a dû freiner mes ardeurs au profit de mes études. Après mon cursus universitaire, je suis revenu en Guinée à 22 ans et j’ai entamé réellement la pratique du football. J’ai passé 14 ans à l’extérieur, et je suis revenu au moins 14 fois en vacances. Ces périodes coïncidaient le plus souvent avec les compétitions inter-quartiers. Je me souviens que feu Papa Camara, du Hafia, est allé donner des garanties à ma mère pour que je sois libre de jouer pour le quartier Babady Hadiri à Conakry 1.

Ces compétitions étaient de belles aventures, c’est là qu’est né mon esprit de compétiteur. À l’époque, il y avait une telle animation qu’il était interdit de perdre. C’était des moments très excitants de jouer avec feu Papa Camara ou Amadou Camara (ancien ministre de la Sécurité), et d’avoir en face, à 15 ans, des adversaires comme feu Seydouba Bangoura, Facinet Bozick, ou encore, de l’autre côté, feu Kopa et feu Morciré Sylla. J’appartenais aussi à un club de jeunes, l’‘’Ajax de Conakry’’, où nous pratiquions divers sports : football, basket-ball, volley-ball, tennis de table… J’ai failli être international junior de basket-ball. Nous étions tous polyvalents à l’époque, je peux citer Isto Keira, Oulaba Baby Kabassan, Michel Tounkara ‘’Michou’’, les regrettés Marcel Sano, Mohamed Lato, George Konaté, sans oublier Eric Guichard, Omar Salva Yansané et Alia Krol Sylla.

Arrivé à Abidjan pour mes études, je me suis concentré sur mon cursus, refusant de signer dans des clubs locaux. Une fois diplômé, je suis rentré au pays. À Conakry, mon oncle, feu Jean Charles Koréah, alors à la tête des sports militaires, m’a invité à rejoindre l’ASFAG. C’est là que j’ai rencontré le coach Bouhari Yansané, dont la pédagogie et la manière d’entraîner m’ont incité à rester et à signer dans ce club. Après six mois de compétitions réussies en championnat, le coach Chérif Souleymane m’a appelé pour la première fois en sélection U23.

Guinéenews : Quelle était l’ossature de ce regroupement U23 à l’époque ?

Lucien Beindou Guilao : Dans cette sélection, il y avait M’Baye N’Dour, Sékou Touré, Karifa Kouroumah, Filly, Maibra, Aly Yattara ‘’Malbanga’’, Fodé Laye Camara, Diawara, Mamady Souaré ‘’Passaréla’’, Mohamed Sylla ‘’Mazo’’, Mao, Dupuis… Au bout de quelque temps, j’ai été appelé en sélection A par Maître Naby pour la Coupe Cabral à Nouakchott, alors que nous préparions les éliminatoires de la Coupe du monde Mexico 86 contre la Tunisie. Mon premier but en sélection, je l’ai marqué contre la Gambie lors de cette Coupe Cabral.

Guinéenews : Rappelez-nous quand et comment vous avez été sollicité au sein de l’équipe nationale de Guinée ?

Lucien Beindou Guilao : Après la campagne de préparation d’avant-saison en Mauritanie et au Sénégal avec l’ASFAG, nous avons réalisé un très bon début de championnat. C’est là que j’ai été appelé successivement en U23, pour jouer contre la Côte d’Ivoire, et en équipe A pour la Coupe Cabral et la double confrontation contre la Tunisie. J’ai eu un temps de jeu significatif, ce qui m’a permis d’être coopté au sein du Syli National. Je garde un excellent souvenir de Chérif Souleymane, qui m’a appris la tactique (le placement, les appels), et de Maître Naby, un pédagogue pour qui j’ai un amour quasi filial.

Guinéenews : Qui étaient vos coéquipiers de l’époque, et quels étaient les atouts de cet effectif qui a remporté deux fois la Coupe Cabral de la zone 2 ?

Lucien Beindou Guilao : Outre ceux cités, il y avait Dédé Gassama, Lamine ‘’Gangan’’, et de jeunes talents comme Morlaye Soumah ‘’Colovati’’ -qui jouait milieu de terrain à l’époque-, feu Mohamed Sylla ‘’Socrates’’ et Jo Gallé. Cette génération était techniquement très forte, c’était notre atout principal, malgré un déficit criard de moyens matériels et financiers.

Guinéenews : Quel est le plus beau match que vous ayez livré avec le Syli national, et y a-t-il un souvenir amer ?

Lucien Beindou Guilao : Je commence par le pire souvenir : ma troisième sélection contre la Tunisie au match retour. Titularisé, je me suis fait une déchirure à la cheville à la 15ème minute. J’étais persuadé que j’aurais pu aider mon équipe sans cette blessure. Malheureusement, nous avons été éliminés. Je revois encore le visage de Maître Naby quand on me faisait les points de suture sans anesthésie. Le plus beau souvenir reste le match contre la Sierra Leone à Bissau, où j’ai inscrit les deux buts de la victoire.

Guinéenews : Vous avez eu un parcours disséminé entre la Guinée et l’extérieur. Pouvez-vous nous détailler vos clubs ?

Lucien Beindou Guilao : Après le match contre la Tunisie, mon oncle, feu le Dr Charles Diané, m’a emmené au Gabon. Là-bas, grâce à mon diplôme, j’ai pu concilier travail et football de haut niveau à l’AS Petro Sport, sponsorisé par Elf-Gabon. Ensuite, j’ai rejoint l’AS O’Gara, qui a disputé une finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions. Après la finale de la Coupe Cabral de Bamako, j’ai été repéré et, par l’intermédiaire de mon manager, j’ai signé au Beira-Mar au Portugal. Cela fit de moi le premier joueur guinéen à signer dans un club européen professionnel de première division. Après le Portugal, je suis retourné au Gabon, au Shell FC, avant qu’une blessure au genou ne m’oblige à raccrocher définitivement.

Guinéenews : En quelle année avez-vous pris votre retraite et pour quelles raisons ?

Lucien Beindou Guilao : J’ai arrêté en 1990 suite à cette blessure au genou opérée par la suite. Par ma faute, je n’ai pas suivi la rééducation adéquate et je ne parvenais plus à retrouver mon niveau. J’ai donc pris la décision d’arrêter.

Guinéenews : Contrairement à beaucoup d’anciens internationaux, vous n’êtes pas devenu coach, mais dirigeant sportif. Était-ce une prédisposition ?

Lucien Beindou Guilao : Cela m’est tombé dessus. J’ai assuré la transition avec la présidente du CONOR, qui m’a confié la présidence du comité provisoire de gestion de la ligue professionnelle. Ce ne fut pas une volonté initiale, même si deux ans auparavant, j’étais candidat à la vice-présidence de la Fédération et directeur de campagne de Kerfalla Camara KPC. Le métier d’entraîneur ne m’a jamais attiré, car je n’avais pas acquis ces compétences.

Guinéenews : Quels objectifs envisagez-vous pour contribuer au développement du football guinéen ?

Lucien Beindou Guilao : Pour l’instant, je n’ai pas d’objectifs à dévoiler. Je viens de quitter la ligue et je m’impose un droit de réserve. Je reste disponible pour quiconque souhaiterait partager mon expérience.

Guinéenews : Qu’est-ce que le football vous a apporté durant votre parcours ?

Lucien Beindou Guilao : L’ouverture d’esprit, l’esprit d’équipe, la solidarité et l’amour de mon pays. Rien ne vaut le sentiment ressenti sur la pelouse lors de l’hymne national. Cela m’a aussi apporté des relations amicales partout dans le monde. Paradoxalement, si le football est censé rassembler, il m’est arrivé en Guinée de constater qu’il peut désunir. J’ai vu des amis devenir des ennemis à cause de désaccords au sein de la Ligue, et inversement. C’est la face cachée de ce sport.

Guinéenews : Vous investissez également dans les loisirs et la musique avec l’orchestre ‘’GUI-BAND’’. Musicien, mélomane, qu’est-ce qui vous motive dans ce domaine ?

Lucien Beindou Guilao : Les valeurs du sport collectif m’ont appris l’adaptabilité. Si vous avez les moyens de satisfaire vos envies de mélomane, il faut le faire. J’aime soutenir les talents naissants, comme les ‘’Espoirs de Coronthie’’.

Guinéenews : Avez-vous déjà joué d’un instrument ?

Lucien Beindou Guilao : Nous avions obtenu un lot d’instruments via le père d’un ami travaillant à DIVERMA. Dans cet orchestre, j’étais chanteur aux côtés d’Isto Keira. Aujourd’hui, je regrette de ne pas savoir jouer d’un instrument.

Guinéenews : Homme politique, de quel bord êtes-vous aujourd’hui ?

Lucien Beindou Guilao : J’ai été membre du PNR, et aujourd’hui, je suis membre actif du mouvement GMD (Génération pour la Modernité et le Développement). Mon engagement est motivé par la reconnaissance : le respect manifesté par le président de la République envers ma mère -aujourd’hui âgée de 88 ans – m’a marqué. Mon éducation m’enseigne la loyauté et m’interdit l’ingratitude. Mon activité politique s’inscrit dans la ligne de la GMD.

Guinéenews : Quel message avez-vous pour le Syli national et quelles sont ses chances pour les prochaines échéances ?

Lucien Beindou Guilao : Je suis un fervent supporter. Malgré les problèmes internes, je donne 100% de chances au Syli. Mon envie de voir l’équipe réussir prend le pas sur toute objectivité ; je les vois toujours gagner, dans mes pronostics comme dans mon cœur.

Guinéenews : Pour conclure, qu’est devenu Lucien Beindou Guilao ?

Lucien Beindou Guilao : Je m’occupe d’un cabinet de conseil spécialisé dans la formation en entreprise, le management d’équipe et les séminaires de cohésion. Je me sens bien dans ce domaine, je suis un agitateur d’idées. Je reste actif et disponible pour moi-même et pour mon pays.

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