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Ancien sociétaire du Tinkisso Jazz de Dabola et du Kolima Jazz de Labé, Alpha Abdoulaye Barry est une figure marquante de la musique guinéenne des années 60 et 70. Professeur d’histoire-géographie à la retraite, cet homme de 81 ans nous ouvre son carnet de souvenirs, entre engagement civique et passion pour la guitare.
Né le 6 mai 1945 à Dabola, fils d’Elhadj Diawadou Barry et de feue Mariama Barry, Alpha Abdoulaye Barry a mené de front une carrière d’enseignant et de musicien. Diplômé de l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser (12ème promotion Kwame Nkrumah, option Sociologie-Histoire), il a exercé à Dabola et Labé avant de rejoindre la Direction Préfectorale de l’Éducation, d’où il a pris sa retraite en 2011. Relaxé et pondéré, il nous livre ici un récit captivant, où se mêlent vie de fonctionnaire et notes de basse, au cœur de l’âge d’or des orchestres fédéraux.
Guinéenews : Bonjour M. Barry. Issu d’une famille d’érudits, comment êtes-vous parvenu à intégrer ce monde de la musique, bien éloigné des aspirations familiales classiques ?
Alpha Abdoulaye Barry : Je vais vous dire des choses qui vont certainement vous étonner, mais ce sont des réalités pures et dures. Je suis le petit-fils de feu l’Almamy Aguibou Barry, qui, dans sa jeunesse, jouait du Kèrona (instrument traditionnel de la Moyenne Guinée) et animait des soirées bohèmes. Sa mère avait exprimé des inquiétudes auprès de son maître coranique à ce sujet. Ce dernier, très serein, lui avait répondu : « Ne vous inquiétez pas pour ce jeune homme. À chaque chose son temps, ne lui faites pas pression, car il sera le plus grand érudit parmi vos enfants. »
Ensuite, mon père, feu Elhadj Diawadou Barry (paix à son âme), peut-être inspiré par ces faits, pratiquait le violon, le banjo et l’accordéon à la maison. Alors, pour moi, il n’y avait aucun tabou. Du grand-père au père, tous étaient musiciens ; je n’ai rencontré aucune opposition au sein de la famille.
Guinéenews : Comment vos premiers pas à la guitare se sont-ils faits ? Aviez-vous joué d’autres instruments auparavant ?
Alpha Abdoulaye Barry : J’ai un peu joué de la flûte, mais je considérais cela comme un jeu. Le véritable instrument que j’ai pratiqué est la guitare. Tout a débuté lors de la grève de 1962. J’avais deux parents, Thierno Oury Barry et Thierno Sadou Barry, qui étaient surveillants au Lycée Technique et possédaient chacun une guitare. Ils ont vite décelé ma prédisposition pour l’instrument, car j’imitais fidèlement les solos de guitare congolais avec la bouche. C’est ainsi qu’ils parvenaient à plaquer les notes. Ils m’ont finalement poussé à apprendre ; ils furent mes premiers maîtres, et j’ai acquis les accords de base avec eux. J’ai ensuite poursuivi mon apprentissage sur la guitare d’un oncle qui habitait non loin de chez nous.
Guinéenews : Situez-nous exactement dans votre parcours musical ?
Alpha Abdoulaye Barry : Fort de cet apprentissage, je maîtrisais beaucoup de notes des formations nationales, surtout celles de l’orchestre Balla et ses Baladins, pour lequel j’avais une folle admiration.
En orchestre moderne, j’ai commencé par le Tinkisso Jazz de Dabola ; chaque fois que je venais en vacances, j’évoluais avec cet ensemble. En 1964, le bassiste des Baladins, Sankoumba Diaby, était empêché pour cause de maladie. À la demande du chef d’orchestre, feu Balla Onivogui, qui donnait des cours de musique au lycée, je fus recruté pour le suppléer. Plus tard, suite à une permutation, je suis revenu à l’accompagnement. J’étais en classe de 10ème année et j’ai évolué pendant un an avec Balla et ses Baladins. Durant tout mon cycle secondaire et universitaire, j’ai participé à tous les festivals de l’époque au nom du Tinkisso Jazz de Dabola. En 1972, lors de mon stage de fin d’études, j’ai joué de la basse au sein du Kankilanbé Jazz de Conakry 2, avec lequel j’ai participé au festival national.
Guinéenews : Le souhait de tout musicien à l’époque était d’intégrer un orchestre national. Pourquoi n’êtes-vous pas resté définitivement dans l’une des formations de la capitale ?
Alpha Abdoulaye Barry : Écoutez, c’est simple : mon option n’était pas d’être musicien professionnel. Mon objectif était d’obtenir mon diplôme, d’avoir un salaire et d’évoluer dans cette profession. J’ai juste aidé à dépanner le Balla et ses Baladins entre 1964 et 1965, puis le Kankilanbé Jazz en 1972. Après mes études, j’ai été muté à Labé en tant que professeur d’histoire, et là, par amour, j’ai intégré le Kolima Jazz.
Par ailleurs, de 1969 à 1970, je me suis intéressé à l’électronique grâce à mon cousin Jean-Claude Sultan. J’ai pris goût à cette discipline, ce qui m’a permis de subvenir aux besoins de ma famille à l’époque. Je m’occupais souvent de la maintenance électronique au sein de cette formation.
Guinéenews : Du côté du Tinkisso Jazz de Dabola, décrivez-nous la composition de l’orchestre à cette époque ?
Alpha Abdoulaye Barry : L’orchestre de Dabola était saisonnier. La composition variait, mais on y retrouvait feu Soumah Soriba ‘’M’Bady’’ (saxo-alto), Alpha Ibrahima Barry (saxo ténor), feu Pascal Condé (saxo alto-flûte), feu Dyeli Fodé Dioubaté (trompette-chant), Niamakoro (chant), Dyéli Kèmo (saxo-alto), Lansana Condé (batterie), Chérif Kouyaté (tumbas), Pierre de la lune (tumbas-chant), Alpha Ibrahima Barry (accompagnement) et Souleymane (basse).
J’ai ramené Lansana Condé de la batterie à la guitare en l’initiant aux accords, car il était plus versé dans le style griot. L’orchestre a fini par être démobilisé après les départs de Lansana Condé et Dyéli Fodé Dioubaté pour le Horoya Band de Kankan.
Guinéenews : Avez-vous participé à des enregistrements ? Quels étaient les titres phares ?
Alpha Abdoulaye Barry : Si j’ai bonne mémoire, j’ai participé à plusieurs enregistrements. Les titres ‘’Soko’’ et ‘’Tamponnement’’ — renommé plus tard ‘’Horoya’’ — étaient très célèbres. Parmi les compositeurs, je peux citer M’Bady Soumah, Dyéli Fodé Dioubaté et le professeur Lansana Condé.
Guinéenews : Quelle était la place du Tinkisso Jazz parmi les orchestres fédéraux ?
Alpha Abdoulaye Barry : Le Tinkisso Jazz occupait le plus souvent la troisième place. Le Bembeya de Beyla et le Kébéndo Jazz de Guéckédou se disputaient la première et la deuxième place. Je rappelle qu’à notre époque, avec le professeur Lansana Condé, le Kolima Jazz s’offrait aussi une place importante.
Guinéenews : Quels musiciens ont évolué avec vous au sein du Kolima Jazz de Labé ?
Alpha Abdoulaye Barry : Il y avait le professeur Lansana Condé (guitare solo), Djibril Labiko Diallo (guitare accompagnement), moi-même à la basse, le docteur Abdoulaye Labiko (basse), Dyeli Sory Dioubaté (basse-balafon), Djibril Kouyaté ‘’Jupiter’’ et Siaka Kouyaté (guitare accompagnement), le docteur Maka Gontran (trompette), Pascal Condé (saxo-flûte), Diawo Diallo et Samba Thiopy (trompette), Alsény Paraya (tumbas), Mamadouba Dieng, Abdoulaye N’Doye et Sow Bailo (chant).
Guinéenews : Muté à Dabola en 1974, vous avez rejoint le Tinkisso Jazz. Quand avez-vous raccroché et pourquoi ?
Alpha Abdoulaye Barry : La relève était là, mais tout s’est effondré à partir de 1984. Je ne me suis plus réinvesti, car il n’y avait plus rien : ni instruments, ni esprit d’ensemble. La tendance musicale ne correspondait plus à mes aspirations. Un orchestre ne peut survivre sans soutien.
Guinéenews : Êtes-vous affilié au BGDA ? Percevez-vous des droits d’auteur ?
Alpha Abdoulaye Barry : Je ne perçois pas de droits d’auteur, sauf une seule fois, à Labé, sans même savoir comment c’est arrivé. Je n’ai jamais eu de carte d’adhésion. Je ne sais pas si des missions culturelles ont déjà sillonné l’intérieur du pays pour répertorier les anciens musiciens encore en vie. J’aimerais avoir plus d’informations à ce sujet.
Guinéenews : Quelles sont vos sources de revenus actuelles ?
Alpha Abdoulaye Barry : Je vis de ma pension. Je suis à Dabola, dans la concession héritée de mon père, ce qui me permet d’arrondir les fins de mois.
Guinéenews : Maintenez-vous des relations avec le ministère de la Culture ou vos anciens collègues ?
Alpha Abdoulaye Barry : Honnêtement, il n’y a pas de relations avec le ministère. Quant aux musiciens de ma génération, je vis ici avec le professeur Lansana Condé, qui est un ami depuis le cours préparatoire ; nos familles sont très liées. C’est une amitié durable que nous entretenons par la grâce de Dieu.
Guinéenews : Avez-vous des projets ?
Alpha Abdoulaye Barry : (Rires) À 81 ans, je ne suis plus un jeune homme !
Guinéenews : Comment vous vous portez parlant de votre santé ?
Alpha Abdoulaye Barry : Je me porte bien. J’ai eu la chance de rencontrer d’éminents médecins qui m’ont suivi et qui continuent de m’apporter une attention particulière. Malgré l’âge, je n’ai pas de soucis de santé majeurs.
Guinéenews : Quel message adresseriez-vous à la nouvelle génération de musiciens ?
Alpha Abdoulaye Barry : Pour cette génération, je ne pense pas que produire un ou trois morceaux suffisent à faire d’eux de véritables musiciens. Il faut qu’ils acceptent d’intégrer des ensembles musicaux consistants. Ce sont ces formations que les jeunes doivent créer et pérenniser. Il faut qu’ils reviennent sur terre pour mieux exploiter la musique guinéenne à sa source.
Guinéenews : Quel est votre plus beau souvenir, et le pire, qui vous a pris à la gorge ?
Alpha Abdoulaye Barry : Mon plus beau souvenir reste l’époque de l’orchestre universitaire de Gamal Abdel Nasser à Conakry (1966). C’était une belle période avec des musiciens comme Pascal Condé, Daouda Kourouma et Barry Fodé.
Sur le plan personnel, mon pire souvenir remonte à 1974, avec des agents de la gendarmerie à Labé. Ils ont falsifié mon dossier après avoir appris que j’étais l’un des fils de BARRY DIAWADOU. Un banal souci m’a conduit dans les geôles du sinistre camp Boiro. Avec la complicité du procureur de l’époque — dont je préfère taire le nom —, la gendarmerie m’a accusé de « trafic de jeunes filles entre Labé et Dakar ». J’ai séjourné au camp Elhadj Oumar de Labé, puis j’ai été transféré au camp Boiro, à Conakry, du 21 février au 16 juin 1974. C’est le pire souvenir de ma vie ; je reviendrai un jour sur tous les détails de cette affaire.
Guinéenews : Qu’est devenu Alpha Abdoulaye Barry aujourd’hui ?
Alpha Abdoulaye Barry : Je suis toujours vivant ! (Rires). Je me suis reconverti un temps au sein d’une ONG, l’ASED (Association Sauvons les Enfants Déshérités), créée en 1999, avec laquelle j’ai collaboré jusqu’en 2023. J’ai préféré raccrocher car les projets sont devenus rares en Guinée. J’ai laissé deux de mes enfants reprendre le flambeau. Je vis à Dabola, tranquille, par la grâce de Dieu.
Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews.
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