« Nous n’avons pas de toilettes, nous n’avons pas de hangars… » : les maux des femmes mareyeuses du port artisanal Petit Bateau

il y a 2 heures 27
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En Guinée, le fumage du poisson constitue l’une des principales activités génératrices de revenus pour de nombreuses femmes vivant dans les zones côtières. Pourtant, derrière cette activité essentielle à l’économie locale et à l’approvisionnement des marchés se cache un quotidien marqué par d’énormes difficultés. Entre la chaleur accablante, la fumée constante des fours artisanaux et le manque criant d’infrastructures, les femmes mareyeuses travaillent dans des conditions particulièrement éprouvantes.

En ce mois de mars consacré à la célébration des droits des femmes, Guineematin.com est allé à la rencontre de ces actrices discrètes mais indispensables de la filière halieutique. Chaque jour, elles transforment le poisson frais en poisson fumé, un produit largement consommé à travers le pays.

Au port artisanal de Petit Bateau, l’activité commence très tôt et ne s’arrête presque jamais. Sous un soleil brûlant, certaines femmes écaillent les poissons, d’autres les rincent soigneusement avant de les disposer dans des fumoirs traditionnels. La fumée s’élève en permanence au-dessus des installations rudimentaires, imprégnant les vêtements et les visages de celles qui passent leurs journées à entretenir les braises.

Adama Bangoura “Dada”, présidente des femmes mareyeuses du port artisanal de petits bateaux

« Notre activité principale a toujours été le travail du poisson, c’est ce boulot que l’on connaît. C’est dans cette activité que l’on fait grandir nos enfants. Nous ne connaissons que cette activité : la pêche du poisson, le fumage du poisson et la vente du poisson. Nous travaillons dans la difficulté. Tout le monde sait que le premier travail de la Basse-Côte, c’est la pêche. Toute personne qui dit qu’elle va détruire la pêche aura détruit la Basse-Côte, parce qu’on n’est rien à part la pêche artisanale. Nous ne connaissons pas d’opposition, on ne connaît rien à part cela : d’où viens-tu ? Je viens de la mer. D’où viens-tu ? Je viens du marché après la vente. C’est ce que nous connaissons. Nous remercions le président Mamadi Doumbouya, parce qu’avant qu’il ne soit là, tous les ans ou tous les deux ans, ils venaient nous faire honte, ils venaient détruire nos outils de travail, ils nous chassaient. Mais depuis qu’il est au pouvoir, c’est grâce à lui que le port de Petit Bateau est inscrit. Toutes les composantes du port sont là. Nous, les femmes d’ici, nous sommes également soudées les unes aux autres », explique Adama Bangoura (communément appelée Dada).

Cependant, derrière cette reconnaissance officielle, les conditions de travail restent extrêmement précaires. La présidente des mareyeuses révèle notamment l’absence d’infrastructures de base, y compris les plus essentielles.

« Ce que nous demandons à la Ministre de la Famille et des Solidarités, c’est de nous venir en aide. On n’a même pas de toilettes. Comme vous pouvez le voir ici, nous travaillons sous le soleil, nous n’avons pas de toilettes, nous n’avons pas de hangars, nous n’avons rien. C’est pourquoi nous nous sacrifions pour travailler sous le soleil, puis on s’abrite dans les petits endroits où il y a de l’ombre. Quand tu veux aller aux toilettes, soit tu t’exposes, soit ton amie te protège avec un pagne. Certes, le gouvernement a fait des efforts, mais nous demandons encore de nous aider », dit Adama Bangoura.

La présidente évoque également le manque de matériel et de soutien financier pour les femmes impliquées dans la pêche artisanale.

« Dans la pêche artisanale, il n’y a pas assez d’aide : si pour 100 ou 200 personnes, vous donnez une machine à une personne ou deux, c’est difficile. Les filets et beaucoup de matériaux sont abîmés. On n’a pas de subvention. Si tu es victime de destruction de matériel, tu n’as que tes yeux pour pleurer. Même si on vous donne une machine, si vous n’avez pas les moyens de financer le travail de la pirogue ou l’achat de filets, c’est la souffrance. Nous sommes dans une profonde inquiétude. Vous allez voir ici une femme avec un bébé au dos en train de fumer le poisson dans la fumée, sous le chaud soleil et la chaleur intense ; c’est ce que nous vivons. Nous ne dormons pas parce que notre boulot est un métier de militaire, c’est un métier de médecin : vous ne pouvez pas venir au port sans trouver quelqu’un, car nos pirogues peuvent arriver à tout moment. Elles peuvent accoster au milieu de la nuit, il faut se réveiller. Nous n’avons pas de frigo, pas de lumière, il faut prendre les torches pour pouvoir travailler le poisson. C’est la nuit même que vous devez commencer à fumer le poisson. Dès l’aube, vous devez vous lever pour aller vendre ce poisson jusqu’à 12 h ou 14 h. Quand tu rentres, il y a une autre pirogue qui accoste. Mais puisque c’est ce qui nous nourrit, on reprend encore le travail de fumage », a-t-elle souligné.

Face à cette situation, la présidente des mareyeuses lance un appel aux autorités et aux partenaires du secteur de la pêche.

« Nous demandons au Ministère de la Pêche de penser aux femmes qui travaillent ici. Nous n’avons aucun autre soutien que le gouvernement. Nous sollicitons également toute personne qui peut aider la couche féminine de nous aider », a-t-elle déclaré.

M’Mah Bangoura, mère de deux enfants et fumeuse de poissons, explique que la paix du cœur est fragile dans ce métier.

M’Mah Bangoura, fumeuse du poisson

« La paix du cœur est petite ici ; là où vous avez votre point focal pour avoir votre dû, on vient, on vous l’enlève. Au Petit Bateau, nous aidons plusieurs personnes dans le domaine du poisson, mais nous n’avons ni place ni toilettes. Je demande de l’aide aux autorités », a-t-elle dit.

Malgré les obstacles, ces femmes continuent chaque jour de faire vivre l’activité halieutique artisanale, contribuant ainsi à l’économie locale et à l’alimentation de nombreuses familles guinéennes. Leur combat quotidien illustre à la fois la résilience et le courage des femmes qui, dans l’ombre des ports, soutiennent une filière essentielle à la vie du pays.

Yayé Oumou Barry et Mohamed Lamine Touré pour Guineematin.com

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