Mariage d’enfants : les Amazones de la presse guinéenne présentent un documentaire pour briser le silence

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L’association Les Amazones de la presse guinéenne a projeté ce vendredi 8 mai 2026, au Centre national de perfectionnement à la gestion de Donka, le documentaire intitulé « Diari, des filles volées à leur avenir ». Il s’agit d’une œuvre poignante qui met en lumière le drame silencieux du mariage d’enfants en Guinée. Réalisé à Diari, dans la préfecture de Labé, ce film de moins de dix minutes retrace le parcours déchirant d’une adolescente contrainte au mariage précoce, avant d’être confrontée au divorce. Le documentaire participe à une volonté de combattre ce fléau qui prévaut surtout en milieu rural, a appris sur place Guineematin.com à travers l’un de ses reporters.

Au-delà de la projection du film documentaire, les organisatrices ont présenté un mémorandum de plaidoyer nourri par des sondages réalisés auprès de 300 personnes, avant d’ouvrir un panel réunissant autorités publiques, leaders religieux, organisations de la société civile et acteurs engagés dans la lutte contre les violences basées sur le genre.

Selon un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), publié en juin 2022 et intitulé Le mariage d’enfants en Afrique de l’Ouest et centrale, la Guinée compte près de deux millions d’enfants mariées. Un chiffre qui illustre l’ampleur d’un phénomène aux conséquences dévastatrices.

Prenant la parole au nom des Amazones de la presse guinéenne, Hassatou Lamarana Bah, vice-présidente de l’association, a rappelé le sens profond de cette initiative.

Hassatou Lamarana Bah, vice-présidente de l’association Les Amazones de la presse guinéenne

« Nous sommes réunis cet après-midi pour braquer les projecteurs sur une réalité qui, bien que souvent silencieuse, fragilise les fondements mêmes de notre société : le mariage d’enfants. En Guinée, et particulièrement dans des zones comme le district de Diari, dans la préfecture de Labé, cette pratique continue de voler à nos jeunes filles leur santé, leur éducation et, plus globalement, leur avenir. Fidèles à notre mission de plaidoyer par les médias, nous avons choisi l’image et le témoignage pour briser les tabous. Le film documentaire que vous allez découvrir est le fruit d’une immersion courageuse sur le terrain. Il ne s’agit pas seulement d’un support audiovisuel, mais d’un outil de dialogue conçu pour susciter l’empathie et une réflexion collective profonde. Au-delà des images, nous vous présenterons un mémorandum de plaidoyer. Ce document rigoureux est le résultat de sondages menés auprès de 300 personnes et d’analyses contextuelles approfondies. Il porte la voix de celles qui n’en ont pas et propose des pistes d’action concrètes pour un engagement formel des décideurs et des communautés », a fait savoir Hassatou Lamarana Bah.

Poursuivant, elle a insisté sur la nécessité de transformer les intentions en résultats tangibles. « Notre objectif aujourd’hui est clair : mobiliser et sensibiliser. À travers le panel qui suivra, intitulé “Mariage d’enfants en Guinée : comprendre, prévenir et agir”, nous souhaitons lever les barrières liées aux pesanteurs socioculturelles et susciter des engagements locaux fermes qui, au-delà de la parole, se transformeront en actions concrètes. Le combat pour les droits des filles est un travail de longue haleine qui nécessite l’implication de tous : autorités, leaders religieux, parents et jeunes. Ensemble, transformons l’indignation en action pour que plus aucune fille, à Diari ou ailleurs, ne voie ses rêves brisés prématurément. »

Le moment émouvant de la cérémonie est venu du témoignage de la représentante de Girls First Fund, partenaire technique et financier du projet. Mariée de force à l’âge de 16 ans, Lydie Tonguino a livré un récit bouleversant.

Lydie Tonguino, mariée de force à l’âge de 16 ans

« Aujourd’hui, si je prends la parole, c’est non seulement en qualité de partenaire technique et financier, mais aussi en tant que survivante du mariage d’enfants. Comme moi, des milliers de jeunes filles en Guinée continuent de vivre cette réalité. Dans certaines régions, notamment à Labé, où la prévalence du mariage d’enfants demeure encore préoccupante, les survivantes sont encore trop souvent réduites au silence. Elles évoluent dans des contextes où les espaces d’expression sont limités, où la parole est rare et où raconter son histoire demande un grand courage. C’est dans ce contexte que le documentaire présenté aujourd’hui prend toute sa portée. Réalisé à Diari, il ne se contente pas seulement de relater les faits. Il donne à voir, avec force et sensibilité, une réalité que nous connaissons, mais que nous avons souvent tendance à éloigner de notre conscience collective. Une fille mariée de façon précoce est, dans la majorité des cas, confrontée à une interruption de sa scolarité, à une limitation de ses perspectives, ainsi qu’à une exposition à de plus hauts risques de violences et de complications sanitaires. Face à cette réalité souvent banalisée, il devient essentiel de renforcer des approches plus transformatrices, en rendant visibles les vécus, en amplifiant la voix des survivantes et en suscitant une prise de conscience collective et durable. C’est précisément dans ce cadre que ce documentaire s’impose : il devient dès lors un outil de sensibilisation puissant venant renforcer les efforts déjà entrepris par de nombreux acteurs engagés en Guinée sur les questions de protection de la jeune fille », souligne-t-elle.

En outre, la représentante de Girls First Fund a lancé un appel fort à la mobilisation collective. « Au nom de la directrice du Fonds, je réaffirme ici notre engagement à bâtir un environnement dans lequel chaque jeune fille dispose des ressources, des informations et des opportunités nécessaires pour faire des choix libres, éclairés et porteurs d’avenir. Car derrière chaque politique, chaque programme et chaque engagement, il y a des vies. Mobilisons-nous davantage pour protéger nos filles contre le mariage d’enfants », plaide Lydie Tonguino.

À Diari comme ailleurs, chaque mariage précoce arrache une fille à l’école, à ses rêves et à son avenir. Mais tant que des voix telles que celles des Amazones de la presse guinéenne se lèveront pour dénoncer l’inacceptable, l’espoir demeurera plus fort que le silence.

Boubacar Diallo pour Guineematin.com

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