Le Puits, ce que la profondeur sait que la surface ignore (Par Boubacar Diallo)

il y a 2 heures 16
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Dans tous les villages de Guinée, il y a un puits.

 

Pas au centre.

Un peu à lécart.

On ne le montre pas.

On y va.

Le matin, quelqu’un sapproche.

La corde est là. Le bois usé. Le silence autour.

On ne parle pas.

On prend le seau.

On le laisse descendre.

— — —

Il y a un moment que peu de gens remarquent.

 

Le moment où le seau disparaît.

 

Plus rien nest visible.

Ni le fond.

Ni la distance.

Même la corde devient incertaine dans la main.

 

On tient.

 

Sans preuve.

 

On ne sait pas si leau est là aujourdhui.

On ne sait pas si la profondeur est suffisante.

On ne sait pas si ce geste répété des dizaines de fois donnera encore quelque chose.

 

Mais on ne remonte pas.

 

On descend.

— — —

Puis — presque rien.

 

Un son.

 

Pas clair. Pas spectaculaire.

Un contact dans lobscurité.

 

Leau.

 

On ne la voit pas.

On ne la confirme pas.

 

On la reconnaît.

 

Alors on sarrête.

 

On laisse le seau se remplir sans regarder.

 

On attend.

— — —

La surface, elle, ne voit rien de cela.

 

Elle voit le seau remonter.

Elle voit leau.

Elle conclut.

 

Elle ne voit pas :

 

le moment où il fallait continuer sans savoir,

le point exact où abandonner aurait été plus confortable,

linstant où tout reposait sur une confiance silencieuse.

— — —

Il y a des jours où la surface est sèche.

 

Des jours où rien ne répond.

Des jours où ce qui était prévu ne se produit pas.

 

On marche vers quelquun — il nest pas là.

On aurait pu attendre. On ne le fait pas.

On revient.

 

On pourrait frapper à une autre porte.

On ne le fait pas.

 

On regarde ce qui est là.

 

Quelques grains.

Un peu de sel.

Un peu dhuile.

 

Rien qui annonce une solution.

— — —

Et pourtant.

 

Plus tôt dans la journée, quelque chose avait été posé sans importance apparente.

 

De leau.

Un peu de sel.

Le soleil.

 

Rien de spectaculaire.

Rien à montrer.

— — —

Puis, sans transition visible, quelque chose se réajuste.

 

Le corps répond.

Lesprit se calme.

Lénergie revient sans effort.

 

Comme si, à un moment précis que personne na vu,

le seau avait touché leau.

— — —

Le puits nexplique pas ce qui se passe.

 

Il ne commente pas la profondeur.

Il ne mesure pas le manque.

 

Il ne dramatise pas la sécheresse.

 

Il descend.

— — —

Il y a des hommes qui lâchent la corde.

 

Pas parce que leau nexiste pas.

Parce quils ont besoin de voir pour continuer.

 

Parce que le silence en bas dure trop longtemps.

 

Parce que rien ne confirme immédiatement quils ont raison.

 

Alors ils remontent.

 

Et disent quil ny avait rien.

— — —

Mais le puits ne fonctionne pas à la preuve.

 

Il fonctionne à la continuité.

— — —

Dans nos villages, celui qui creuse un puits ne le fait pas pour être vu.

 

Il creuse souvent seul.

Sans certitude.

Sans résultat immédiat.

 

Il creuse pour une soif qui nest pas encore là.

 

Pour des mains quil ne connaît pas.

 

Pour des matins quil ne verra peut-être pas.

 

Cest le seul calcul que le puits connaît.

— — —

Ce soir, rien na changé en surface.

 

Un déplacement sans rencontre.

Un retour sans annonce.

Un repas simple.

 

Rien qui mérite dêtre raconté.

— — —

Et pourtant.

 

Rien na manqué.

— — —

Le puits ne cherche pas leau.

 

Il descend jusquà elle.

 

Boubacar Diallo

Ambassadeur Honoraire Nouveaux Horizons — AfricaRegional Services, Département dÉtat des États-Unis

Mars 2026

 

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