PLACEZ VOS PRODUITS ICI
CONTACTEZ [email protected]
La Déclaration de politique générale présentée le 25 mars 2026 par le Premier ministre Amadou Oury Bah marque un tournant décisif dans l’histoire économique de la Guinée. En annonçant un programme d’investissement de 330 milliards de dollars, structuré autour de 122 mégaprojets et visant une croissance moyenne de 10,3 %, le gouvernement pose les bases d’une transformation économique ambitieuse. Mais l’histoire économique nous enseigne une chose essentielle: l’investissement ne suffit pas. Ce qui fait la différence entre les pays qui réussissent et ceux qui stagnent, c’est leur capacité à transformer ces investissements en innovation, en productivité et en changement structurel.
Les modèles de croissance schumpétériens développés par Aghion et Howitt, récemment récompensés par le prix Nobel d’économie 2025 pour leurs travaux sur la destruction créatrice et la croissance tirée par l’innovation, offrent un cadre particulièrement pertinent pour analyser cette transformation. Ces modèles montrent que la croissance repose fondamentalement sur l’innovation, entendue non seulement comme invention, mais aussi comme imitation, adaptation et diffusion des technologies. Pour un pays comme le nôtre, cette distinction est fondamentale. L’innovation passera d’abord par l’apprentissage, par la capacité à importer des technologies, à les maîtriser et à les améliorer.
Mes travaux s’inscrivent dans cette tradition en mettant l’accent sur un élément souvent sous-estimé: le rôle du système bancaire. Même avec des ressources abondantes et une vision stratégique, la croissance reste limitée si le financement ne parvient pas aux secteurs productifs. Cela peut être résumé par une équation simple illustrant mes projets de recherche: g = F(T, H) − φ(B). La croissance dépend positivement de la technologie (T) et du capital humain (H), mais elle est freinée par les frictions bancaires (B). Ces frictions incluent le coût du crédit, les contraintes de liquidité, la mauvaise allocation du capital et l’accès limité au financement.
Cette analyse prend tout son sens dans le contexte actuel de tensions de liquidité. La rareté du cash observée dans notre pays ne doit pas être perçue comme un simple problème conjoncturel. Elle révèle des limites structurelles de tout le système financier du pays qui freinent l’investissement et l’innovation. Une économie peut disposer de projets ambitieux, mais sans un système financier efficace, ces projets restent partiellement réalisés ou inefficaces.
Mais au-delà des dynamiques internes, il est essentiel de considérer le contexte international. La guerre actuelle au Moyen-Orient a mis en évidence la fragilité et la dimension stratégique des chaînes de valeur industrielles. Les attaques visant des installations liées à l’aluminium à Bahreïn et aux Émirats arabes unis ont montré que les infrastructures de transformation sont aujourd’hui au cœur des enjeux économiques mondiaux. Ce ne sont plus seulement les ressources qui comptent, mais la capacité à les transformer. Ce contexte géopolitique renforce une conclusion essentielle. Les pays qui transforment leurs ressources deviennent des acteurs centraux de l’économie mondiale. Ils captent la valeur ajoutée, accumulent du savoir-faire et renforcent leur souveraineté économique. À l’inverse, les pays qui exportent des matières premières brutes restent dépendants et vulnérables.
La Guinée, premier exportateur mondial de bauxite et dotée d’importantes réserves de fer, a aujourd’hui les moyens de changer de position dans la chaine de valeur mondiale. Elle peut saisir cette opportunité pour devenir un acteur incontournable de la production d’aluminium, plutôt que de se contenter d’exporter uniquement de la bauxite. Continuer à exporter des ressources brutes ou investir dans leur transformation. La construction de raffineries et d’unités industrielles n’est pas seulement une option économique mais plutôt une nécessité stratégique. Comme le rappellent souvent les économistes, «never let a crisis go to waste», c’est-à-dire les périodes d’instabilité mondiale peuvent être aussi des moments d’accélération stratégique. Pour la Guinée, cela signifie transformer cette crise en levier, investir dans la transformation industrielle et s’inscrire durablement dans les segments à plus forte valeur ajoutée de l’économie mondiale. Ainsi, transformer localement signifie apprendre, former, innover et créer un tissu industriel.
Dans ce contexte, les ambitions du programme Simandou 2040, telles que formulées par le Premier ministre – ne pourront se concrétiser que si le système bancaire est en mesure d’accompagner cette transformation. Les investissements massifs dans les infrastructures, les mines et l’industrie doivent être relayés par un financement efficace de l’économie réelle.
Le transfert de technologie doit ainsi devenir un pilier central de la stratégie de développement. Les projets miniers doivent être conçus comme des plateformes d’apprentissage industriel. Il s’agit de favoriser le contenu local, de développer des compétences nationales et d’encourager l’apprentissage par la pratique.
La construction de raffineries et d’unités de transformation locale constitue à cet égard un levier stratégique majeur. Elle permet de capter davantage de valeur ajoutée, de créer des emplois qualifiés et de générer des externalités technologiques. Dans une perspective schumpétérienne, ces activités deviennent des moteurs de croissance en favorisant l’émergence de nouveaux secteurs et en renforçant les capacités productives de l’économie.
Cependant, ces transformations ne seront possibles qu’avec un investissement massif dans l’éducation. Former des ingénieurs, des techniciens et des entrepreneurs est indispensable pour absorber les technologies et les adapter au contexte local. Le capital humain est le véritable moteur de la croissance.
Le système bancaire doit accompagner cette transformation. Il doit être capable de financer les projets innovants, de soutenir les petites et moyennes entreprises PME et de faciliter l’accès au crédit. Cela implique de renforcer les banques domestiques, d’améliorer la gestion de la liquidité et d’orienter le crédit vers les secteurs productifs.
Dans une perspective schumpétérienne, ces activités jouent un rôle central. Raffiner, produire et transformer permettent de générer des externalités technologiques, de diffuser les compétences et de stimuler l’innovation. Autrement dit, l’industrialisation devient un moteur direct de croissance.
Par ailleurs, cette transformation repose sur un second pilier qui est l’éducation. Sans capital humain qualifié, le transfert de technologie restera limité. Former des ingénieurs, des techniciens et des entrepreneurs est indispensable. Le capital humain est le lien entre technologie et croissance. Le troisième pilier est le système bancaire. Il doit être capable de financer les entreprises locales, les projets industriels et les initiatives innovantes. Sans cela, la transformation restera incomplète.
Sur les trois prochaines années, la Guinée doit suivre une trajectoire claire. Premièrement, stabiliser la liquidité et renforcer le système bancaire. Deuxièmement, organiser le transfert de technologie autour des grands projets. Troisièmement, lancer des unités de transformation locale, notamment dans la bauxite et le fer. Quatrièmement, investir massivement dans l’éducation technique. Enfin, assurer une coordination forte des politiques macroéconomiques et publiques.
En tant que Guinéen et chercheur, je suis convaincu que notre pays dispose aujourd’hui d’une opportunité historique. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et économiques, rester un simple exportateur de matières premières n’est plus viable. La transformation industrielle est la clé. La Guinée ne doit pas seulement exploiter ses ressources mais elle doit plutôt les transformer.
Bibliographie
Boubacar Diallo, Ph.D
Email : [email protected]
Le contenu de cette note reflète uniquement l’analyse et des opinions de l’auteur. Les opinions exprimées ne représentent pas nécessairement celles de ses employeurs passés ou présents, ni celles des institutions auxquelles il est ou a été affilié.
https://scholar.google.com/citations?user=zDHsSMUAAAAJ&hl=en
https://www.researchgate.net/profile/Boubacar-Diallo-2
https://sites.google.com/site/boubacardialloeconomist/curriculum-vitae
Aghion, P. and Howitt, P. (1992). Growth through Creative Destruction. Econometrica, 60(2), 323-351.https://www.jstor.org/stable/2951599
https://www.nobelprize.org/uploads/2025/10/press-economicsciences2025-1.pdf
Diallo, B. and Koch, W. (2018). Bank concentration and Schumpeterian Growth: Theory and International Evidence. The Review of Economics and Statistics, 100(3), 489-501.https://direct.mit.edu/rest/article-abstract/100/3/489/58463/Bank-Concentration-and-Schumpeterian-Growth-Theory
Diallo, B. and Al-Titi, O. (2017). Local growth and access to credit. Journal of Macroeconomics, 54(B), 410-423.https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0164070416301094
.png)
il y a 2 heures
19












![[Revue de presse] Sélections légis-tardives, communales et communautaires, démantèlement d’une cellule terroriste…à la Une des journaux](https://mediaguinee.com/wp-content/uploads/2021/02/Revue-1.jpg)







English (US) ·