PLACEZ VOS PRODUITS ICI
CONTACTEZ [email protected]

Malgré les protocoles signés en grande pompe à Abuja, la libre circulation des biens et des personnes reste un parcours du combattant dans l’espace CEDEAO. Entre prélèvements illégaux, « droits d’accès » improvisés et complicités entre transporteurs et agents, le terrain dément cruellement les textes. Reportage sur une intégration qui se cherche encore entre la Guinée et ses voisins.
Un commerce agricole pris en otage
Le constat est amer : les produits agricoles, pourtant piliers de nos échanges transfrontaliers, sont les premières victimes de ce système grippé. Si la libéralisation est inscrite dans le marbre des traités, elle se heurte dans la réalité à des coûts de commercialisation prohibitifs. En cause ? La faiblesse des infrastructures, mais surtout une jungle de contrôles, de prélèvements et de « tracasseries » qui jalonnent le parcours, du champ jusqu’à l’assiette du consommateur.
Ces taxes informelles, prélevées par des agents de l’administration centrale ou des collectivités, frisent parfois l’extorsion au profit de réseaux opaques. À cela s’ajoutent les interdictions temporaires d’exportation décidées unilatéralement par les États en cas de mauvaise récolte. Résultat : les frontières se ferment plus souvent qu’elles ne s’ouvrent.
Le « gatekeeping », quand le droit d’accès se marchande
Peut-on encore croire à l’esprit de 1975 ? À l’époque, la CEDEAO faisait de la libre circulation son pilier fondateur. Aujourd’hui, l’écart entre la norme et la pratique est abyssal. Le gatekeeping (contrôle d’accès), qui devrait être une simple formalité administrative, s’est mué en un cauchemar financier pour les usagers.
À la gare routière, le verdict des voyageurs est sans appel : la collecte de taxes informelles par les agents de contrôle a pris une ampleur inédite. Sur les corridors, la frontière n’est plus une limite territoriale, c’est une manne financière. Les agents, toutes catégories confondues, usent de leur prérogative pour marchander un droit d’entrée pourtant garanti par le protocole communautaire sur présentation d’une simple pièce d’identité et d’un carnet de santé valide.
Chronique d’un racket ordinaire : le cas du corridor Guinée-Côte d’Ivoire
En mars 2023, lors d’un trajet vers la Côte d’Ivoire, nous avons pu observer ce système bien rodé. Premier constat : le « tri » systématique. Les détenteurs de passeports et de cartes de presse bénéficient d’une relative paix. Pour les autres, munis de la simple Carte Nationale d’Identité (CNI) –pourtant officiellement reconnue par la CEDEAO-, le passage en douane ou à l’immigration se paie cash.
Le tarif ? Souvent 2 000 francs CFA pour l’immigration, suivis de 2 000 autres pour le contrôle sanitaire si le carnet de vaccination manque à l’appel.
L’arrangement ? C’est le maître-mot. Qu’il s’agisse de marchandises non déclarées (comme des produits cosmétiques) ou de documents jugés « non conformes », tout se négocie dans l’ombre d’un bureau, loin du bus qui s’impatiente.
L’uniformisation par le bas
Le plus frappant reste la réciprocité dans le vice. Une sorte de volonté tacite d’uniformisation des pratiques s’est installée : les agents d’un pays appliquent aux ressortissants voisins les mêmes mauvais traitements que leurs propres citoyens subissent de l’autre côté. C’est la « loi du talion » version corruption.
Plus grave encore, ces dernières années ont vu l’émergence d’un véritable « trafic de voyageurs ». Un business rentable où transporteurs, passeurs en taxi-moto et agents de contrôle travaillent de concert. Pour contourner les postes officiels, des pistes de brousse sont utilisées en toute complicité, transformant la traversée en une contrebande humaine organisée.
Cette pratique est un frein majeur au développement. Cinquante-et-un ans après les débuts de l’intégration, la libre circulation bute toujours sur l’appétit des hommes en uniforme. Ce racket institutionnalisé n’est pas qu’un désagrément de voyage, c’est un frein majeur à l’économie régionale. En gonflant les coûts de transaction, ces pratiques pénalisent le producteur guinéen et appauvrissent le consommateur final.
Tant que les gouvernants fermeront les yeux sur cette « taxation de l’ombre », le rêve d’une Afrique de l’Ouest sans frontières restera, pour le citoyen lambda, une simple fiction juridique.
.png)
il y a 1 heur
10














![[Revue de presse] Sélections légis-tardives, communales et communautaires, démantèlement d’une cellule terroriste…à la Une des journaux](https://mediaguinee.com/wp-content/uploads/2021/02/Revue-1.jpg)





English (US) ·