Justice guinéenne : pourquoi elle doit redevenir la boussole de la Nation (Par Mohamed Chérif Touré)

il y a 2 heures 12
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Dans toute société organisée, la justice n’est pas un simple service public. Elle est le socle de l’État de droit,
le rempart contre l’arbitraire et surtout la boussole morale qui oriente les comportements des citoyens comme ceux des gouvernants.

En Guinée, cette boussole est aujourd’hui fragilisée. Non par manque de textes ou d’institutions, mais par l’écart persistant entre les missions assignées à la justice et la réalité vécue par les justiciables.

UNE JUSTICE CONFRONTÉE À DES DÉFIS STRUCTURELS

La justice guinéenne fait face à plusieurs défis majeurs. Le premier est celui de la corruption et de l’impunité.
Malgré certaines avancées notables, le sentiment demeure que la loi ne s’applique pas avec la même rigueur à tous.
Cette perception mine profondément la confiance des citoyens et affaiblit l’autorité de l’institution judiciaire.

Le second défi est celui de l’indépendance judiciaire. La dépendance financière du pouvoir judiciaire à l’exécutif, les interférences réelles ou supposées dans les nominations et les carrières des magistrats nourrissent le soupçon
d’une justice sous influence. Or, une justice soupçonnée de dépendance cesse d’être un repère et devient un instrument contesté.
À cela s’ajoutent les lenteurs procédurales, l’insuffisance des infrastructures judiciaires, le manque de moyens humains et matériels, ainsi que l’accès inégal à la justice, notamment pour les populations rurales et les groupes
vulnérables.


DES MISSIONS CLAIRES, MAIS UN POTENTIEL SOUS-EXPLOITÉ


Pourtant, le ministère de la Justice dispose d’un cadre institutionnel conséquent. Il est chargé de concevoir et de mettre en œuvre la politique judiciaire, d’élaborer les textes législatifs, de former les magistrats, de garantir l’accès au droit et de veiller au respect des engagements internationaux de la Guinée.

La Direction nationale des affaires criminelles et des grâces (DNACG) occupe une place stratégique dans ce dispositif.
Elle est notamment chargée de la conduite de la politique pénale, du suivi des poursuites, de l’exécution des
décisions de justice et de la gestion des grâces et libérations conditionnelles. D’autres directions sont dédiées
aux droits humains, à l’administration pénitentiaire, à la justice de proximité et à la modernisation du système
judiciaire.

Le défi majeur réside donc moins dans l’absence de missions que dans leur effectivité, leur coordination et leur
lisibilité pour le citoyen.

LES ATTENTES LÉGITIMES DU PEUPLE GUINÉEN

Les Guinéens attendent avant tout une justice équitable, indépendante et rapide. Ils aspirent à une institution
qui protège réellement les droits et libertés, sanctionne les abus sans distinction et offre des réponses claires
aux conflits sociaux.

Pour la jeunesse, la justice doit envoyer un signal fort : le mérite et le respect des règles doivent primer sur
les relations et la corruption. Pour les victimes, elle doit être un espace de réparation et de reconnaissance.
Pour l’État, elle doit être un pilier de stabilité et de légitimité.

FAIRE DE LA JUSTICE LA BOUSSOLE DE LA NATION

Réformer la justice guinéenne ne consiste pas uniquement à adopter de nouvelles lois. Il s’agit de restaurer sa fonction morale et sociale. Cela passe par une indépendance judiciaire effectivement garantie, une autonomie financière du pouvoir judiciaire, une lutte rigoureuse contre la corruption et une modernisation profonde des procédures.

La justice doit également se rapprocher des citoyens à travers une justice de proximité fonctionnelle et une véritable éducation civique et juridique. Une décision de justice doit être comprise, exécutée et respectée.

Bref, résumons nous la justice guinéenne est à la croisée des chemins. Elle peut demeurer une institution formelle, respectée en théorie
mais contournée en pratique. Ou elle peut redevenir la boussole de la Nation, orientant les comportements, encadrant
l’action publique et garantissant l’égalité devant la loi.

C’est à ce prix que la confiance pourra être restaurée et que l’État de droit deviendra une réalité vécue par tous les citoyens.

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