Impression d’un nouveau billet : entre avantages, risques et essor du paiement électronique, que révèlent les indicateurs selon l’économiste Dr Mohamed Cissé ?

il y a 2 heures 15
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À la suite de l’annonce faite le mardi 17 mars 2026, par le Premier ministre chef du gouvernement Amadou Oury Bah, d’imprimer sur instruction du Président de la République d’un nouveau billet de banque puisque selon lui «l’économie réelle de la Guinée souffre aujourd’hui d’un déficit de circulation des espaces» et la nécessité absolue d’ici 3 à 4 mois à venir d’accentuer la modernisation des moyens de paiement électroniques à l’image de certains pays, qui, indique-t-il,«est un moyen de modernisation de l’économie, mais également un facteur de fluidité de la circulation monétaire, qui a un impact extrêmement important sur les performances de l’économie nationale». 
Mediaguinée a au cours d’un entretien réalisé ce mercredi 18 mars avec l’économiste Mohamed Cissé essayer de comprendre l’utilité, les risques et les conséquences d’une décision pour l’économie guinéenne.  Dans cet entretien l’universitaire et homme politique guinéen a au vu des réalités actuelles alerté sur une possible fuite des nouveaux billets du circuit bancaire, tout en rappelant que le simple fait d’imprimer des nouveaux billets ne pourrait résoudre la situation sans la conjugaison des actions croisées. Ci-dessous, l’intégralité de cet entretien. 
Mediaguinée: Comment réagissez-vous à l’annonce faite par le Premier ministre, chef du gouvernement, qui a indiqué que le Président de la République a ordonné l’impression d’un nouveau billet ?
Dr Mohamed Cissé: L’annonce du Premier ministre s’inscrit dans l’optique de reprise en main, indépendamment de ce que va être le contenu du plan d’actions, de la crise en cours. La situation est telle que la fuite des cash du circuit bancaire continue à près de 40% avec un taux élevé de la proportion de la base monétaire dans la masse monétaire. Près de 50% de la masse monétaire est constituée de billet contre 15 à 20% ailleurs. Ce projet avait été annoncé par le gouverneur il y a des semaines.

Les nouveaux billets subiront le même sort si des mesures d’approfondissement du système national de paiement ne sont pas prises. Sans alternative aux petites coupures par le biais des paiements électroniques, les nouveaux billets créeront au moins deux problèmes, malgré un contexte d’amélioration des indicateurs macromonétaires, à savoir l’hannihilation des effets du pouvoir d’achat par la disparition des petites coupures; et la capture pour thésaurisation de ces mêmes billets par les acteurs économiques pour les mêmes raisons.

Nous serons ainsi dans une situation où la banque centrale ou l’Etat est soulagé par le fait qu’un billet de 50 000 permet d’économiser le coût de 9 billets de 5 000 ou 99 billets de 500 tandis que l’agent économique notamment le consommateur ou la ménagère fera face à un coût fictif des biens si l’alternative de paiement n’est pas accessible.

Mediaguinée: Êtes-vous convaincu que l’impression d’un nouveau billet va résoudre le problème de la circulation des espèces que la République de Guinée est confrontée depuis plusieurs mois ?

Dr Mohamed Cissé: Ce processus ne peut réussir par le simple fait d’injecter les billets supplémentaires, il faudrait des actions croisées. Savoir que le ministère en charge de l’économie, des finances et du budget et la banque centrale prendront des dispositions avec tous les acteurs conforte dans l’espoir d’une sortie de crise. Nos propositions antérieures s’inscrivaient dans ce sens.

Mediaguinée: Au vu de la situation actuelle, est-ce qu’il y a des indicateurs économiques qui montrent que la Guinée est prête pour l’impression d’un nouveau billet ?

 
Dr Mohamed Cissé: Selon les indicateurs économiques, récemment publiés par Emergence citant l’INS, la tendance devrait être pour les petites coupures sauf s’ils estiment que l’arrivée combinée des grandes coupures et l’utilisation des EME inciteraient les citoyens à l’utilisation accrue des moyens électriques de paiement. Ce qui me semble un long chemin.
Selon une récente communication du Gouverneur de la BCRG, les réserves de change sont à 3,69 milliards USD en décembre 2025 soit 4 mois d’importations, supérieur à 3 mois pour les critères de convergence, l’inflation reste modérée à 3,3% et une croissance du PIB projetée à plus de 10% pour 2026. Cependant, l’on note une dépréciation du franc guinéen entre fin 2024 et fin 2025, passant de 8 601,67 à 8 718 GNF/USD) sans oublier le faible taux de bancarisation et la forte pression sur le cash qui reflète des vulnérabilités persistantes.
Ces éléments et les anticipations économiques ne semblent pas militer pour les grosses coupures, en ce sens que l’appréciation du franc guinéen n’affectera pas la compétitivité des marchandises sur le marché international dans la mesure où les produits qui font plus de 90% des exportations n’obéissent pas à une logique de concurrence pure et parfaite. Il s’agit des produits miniers dont la dotation factorielle et le mécanisme de vente sont spécifiques. Avec la forte importation des produits alimentaires, en attendant une substitution stratégique par le rehaussement de la part du secteur manufacturier ou l’industrialisation, les importateurs et consommateurs seront bien servis par un franc guinéen fort.

Mediaguinée: Le Premier ministre a également mentionné un délai de 3 à 4 mois pour accélérer la dématérialisation des transactions. Selon vous, cette mesure est-elle concrète pour pallier à cette situation ou existe-t-il d’autres mécanismes pour résoudre ce problème de liquidité en Guinée ?

Dr Mohamed Cissé: L’approche combinée faisait partie de nos propositions antérieures. Comprendre les préférences à l’encaisse, impliquer les acteurs dans le processus et appuyer les programmes de paiement électronique. Les services marchands qui sollicitent plus de cash peuvent être priorisés dans le plan d’actions sans les amener à systématiquement arrêter le cash mais à créer des alternatives. Vous verrez que le choix sera vite fait entre, par exemple, payer le carburant par outil électrique et payer par cash. Cela nécessite des mesures d’accompagnement tels que l’assurance de l’inter-opérabilité entre les acteurs de monnaie électronique afin d’éliminer tout facteur de dissuasion chez les consommateurs.

Mamadou Yaya Barry 

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