Boubacar Yacine Diallo : « journalistes-candidats ou soutiens des candidats, vous ne devez pas travailler comme journalistes pendant toute la campagne… »

il y a 3 heures 17
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À quelques semaines de la tenue des élections législatives et communales du 31 mai prochain en République de Guinée, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a tenu, ce samedi 11 avril, à son siège de Kaloum, une séance de travail avec les responsables des associations de presse, les patrons des médias publics et privés retenus par l’institution, ainsi que tous les autres organes de presse intéressés par la couverture médiatique.

L’objectif de cette rencontre a consisté à mettre en place les bases d’une collaboration et à discuter des enjeux de la couverture médiatique de la campagne électorale. Il s’agissait pour eux d’expliquer aux responsables des médias, publics comme privés, les décisions ainsi que leur contenu, telles qu’adoptées et publiées par la Haute Autorité de la Communication.

« On ne peut pas laisser la presse être hors-la-loi »

Le président de l’institution en charge de régler les médias en Guinée a également rappelé que désormais, pour les candidats de la liste nationale, la campagne se déroulera à la RTG Koloma. Les candidats, ou leurs mandataires, viendront y enregistrer leurs messages, qui seront ensuite diffusés de manière synchronisée à la télévision, à la radio nationale ainsi que sur les radios rurales.

S’agissant du scrutin uninominal, plurinominal et communal, les radios rurales seront mises à contribution pour assurer la couverture de la campagne au niveau de leurs circonscriptions respectives. « Ainsi, 32 radios rurales sont mobilisées. Toutefois, aucune n’étant implantée à Coyah, nous avons sollicité une radio privée de la zone afin d’assurer la couverture de cette circonscription », a-t-il annoncé.

Parlant d’une innovation importante qui mérite d’être soulignée, selon lui : « Pour la première fois, la Haute Autorité de la Communication a décidé de faire appel aux services de 13 radios privées. Ces radios joueront un rôle central dans la campagne pour la zone spéciale de Conakry. Elles en ont déjà été informées. Par ailleurs, des superviseurs ont été désignés pour chaque circonscription ; leur rôle consistera à écouter et valider les messages de campagne avant leur diffusion ».

« Vous avez une contrainte, c’est le traitement équitable des candidats. Si vous décidez d’ouvrir un espace pour les candidats, vous avez l’obligation de les traiter de manière équitable »

Dans sa communication devant les professionnels des médias présents, Boubacar Yacine Diallo, président de cette institution chargée de régler et de contrôler le travail des organes de presse publics et privés en République de Guinée, a interpellé les journalistes sur leur responsabilité à travailler de manière impartiale et a fixé les règles de diffusion de la campagne dans les espaces dédiés exclusivement à cet effet.

S’adressant aux médias privés (presse en ligne et télévisions privées), le président de la Haute Autorité de la Communication les a interpellés en ces termes : « Vous avez une contrainte, c’est le traitement équitable des candidats. Si vous décidez d’ouvrir un espace pour les candidats, vous avez l’obligation de les traiter de manière équitable dans cette tranche. Si, par contre, d’autres listes ayant plus de moyens vous achètent des espaces ou des tranches, vous les vendez. Ce que nous vous suggérons, c’est de veiller à ce que les tarifs soient les mêmes pour les listes. Mais nous, on n’intervient pas, c’est vous qui fixez vos prix. Ça, ce n’est pas interdit. »

« Les plus fortunés, s’ils vous paient des tranches ou des espaces, vous les diffusez en plus de ce que vous leur donnez dans les espaces dédiés à la campagne. Mais dans ce cas, vous ne les diffusez pas dans l’espace dédié à la campagne »

Boubacar Yacine Diallo d’ajouter : « Si vous dédiez un espace à la campagne, cet espace doit être clairement identifié. Et tous les candidats qui y ont accès dans vos organes doivent bénéficier du même temps. Maintenant, les plus fortunés, s’ils vous paient des tranches ou des espaces, vous les diffusez en plus de ce que vous leur donnez dans les espaces dédiés à la campagne. Mais dans ce cas, vous ne les diffusez pas dans l’espace dédié à la campagne. Vous trouverez un espace pour ceux qui vous payent et pour lesquels, enfin, qui font de la propagande. Parce que vous, vous n’avez pas le droit de faire de la propagande, sauf si vous êtes militant d’une cause ou d’une autre, d’une tendance ou d’une autre », a-t-il déclaré.

« Les télévisions qui sont retenues pour faire la campagne officielle, si elles ont des clients pour faire leur campagne, elles peuvent leur vendre des espaces. Ce n’est pas parce qu’elles font la campagne officielle qu’on va les empêcher d’avoir de l’argent. Mais seulement, ce qui est payé là ne vient pas dans le journal de campagne ni dans l’émission de débats. Il faudra trouver une autre tranche pour cela, où la propagande payante sera assurée. »

Aux télévisions privées, l’ancien ministre de la Communication a laissé entendre que ce n’est pas parce qu’elles font la campagne officielle qu’on va les empêcher d’avoir de l’argent. Mais il y a tout de même des règles à respecter : « Les télévisions qui sont retenues pour faire la campagne officielle, si elles ont des clients pour faire leur campagne, elles peuvent leur vendre des espaces. Ce n’est pas parce qu’elles font la campagne officielle qu’on va les empêcher d’avoir de l’argent. Mais seulement, ce qui est payé là ne vient pas dans le journal de campagne ni dans l’émission de débats. Il faudra trouver une autre tranche pour cela, où la propagande payante sera assurée. Parce que dans la Constitution, le numérique a été reversé au compte de la Commission de régulation de l’audiovisuel et de la communication. »

Cette fois-ci, contrairement aux élections référendaire et présidentielle, une dérogation s’est imposée pour élaborer une directive visant à réguler les réseaux sociaux pendant la campagne. « Mais je veux donner une précision. Quand nous parlons des réseaux sociaux par rapport à la campagne, ce sont les pages et les chaînes qui décident d’intégrer la campagne. Dans ces conditions, elles sont soumises à la directive. Les autres qui font ce qu’ils ont l’habitude de faire sans interférer dans la campagne, sans être susceptibles d’influencer l’opinion ou les électeurs, continuent comme d’habitude. Ils ne nous intéressent pas. »

À en croire cet ancien travailleur de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, dès qu’une page ou une chaîne décide d’interférer dans la campagne, elle tombe sous le coup de la directive. « Cette directive sera signée tout à l’heure. Elle a été adoptée hier par le Conseil et elle vous parviendra. Donc elle vaut pour n’importe quel citoyen ou n’importe quel candidat qui veut utiliser ces pages personnelles pour intégrer la campagne. Dès qu’il l’intègre, on l’assimile à un média pendant la campagne. Mais tant qu’il n’interfère pas dans la campagne, nous, cette page, cette chaîne, nous ne la régulons pas. Le temps viendra de la réguler. Donc cette directive, elle vous parviendra dans la journée », a-t-il expliqué.

« S’il y a des journalistes parmi vous qui sont candidats ou qui soutiennent ouvertement des candidats, vous ne devez pas travailler comme journalistes pendant toute la campagne dans vos organes. Vous devez vous mettre en disponibilité. »

S’adressant aux journalistes candidats ou qui soutiendront un candidat à ces élections, le président de la Haute Autorité de la Communication les a mis en garde : ils ne doivent pas exercer la profession de journaliste durant toute la période de la campagne. « S’il y a des journalistes parmi vous qui sont candidats ou qui soutiennent ouvertement des candidats, vous ne devez pas travailler comme journalistes pendant toute la campagne dans vos organes. Vous devez vous mettre en disponibilité. Ça, c’est dit au patron des médias. Nous, par exemple, avons des points focaux que nous n’avons pas utilisés comme superviseurs parce qu’ils sont engagés dans la campagne. Donc on a été obligés de prendre d’autres pour les mettre à leur place. »

Boubacar Yacine Diallo d’insister en ces termes : « En tout cas, dès que vous soutenez ouvertement comme Kolentin, dans ce cas, il ne doit plus parler. Si vous le faites, vous savez, nous, maintenant, on ne convoque pas les journalistes. Tu peux écrire, parce qu’on a tellement convoqué, vous-même vous nous avez dit : “vous nous fatiguez, si quelqu’un a déconné, frappez-le”. Donc c’est ce qu’on fait maintenant, on ne convoque pas. […] Je le dis sans beaucoup de bonheur, notre souhait est de ne sanctionner personne. Mais on ne peut pas laisser la presse être hors-la-loi. ».

Mamadou Yaya Dounet BARRY

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