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Dans un contexte de mobilisation accrue contre l’insalubrité, le Ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a accordé une interview à Mosaiqueguinee. Dans cet entretien, Aboubacar Camara revient sur les mesures fortes actuellement déployées. Constat partagé par de nombreux observateurs : une montée progressive de la prise de conscience citoyenne et des actions de terrain de plus en plus visibles.
Interview !
Mosaiqueguinee.com : Sur la question des poubelles publiques, Monsieur le Ministre, les populations saluent les efforts engagés. Toutefois, certains s’interrogent : pourquoi ne pas installer des poubelles le long des voies publiques ?
Le Ministre Aboubacar CAMARA : Il convient d’abord de rappeler qu’il y a quelques années, l’État avait effectivement procédé à l’installation de poubelles publiques le long des axes routiers. L’intention initiale était pertinente : offrir aux passants des points de dépôt pour les déchets légers à usage personnel mouchoirs, sachets, bouteilles d’eau consommées en circulation, peaux de fruits, etc. Malheureusement, l’expérience de terrain a produit un effet inverse à celui recherché. Ces points de collecte se sont progressivement transformés en véritables dépotoirs sauvages. De nombreux ménages se sont massivement désabonnés des services de pré-collecte assurés par les PME, chacun trouvant désormais dans ces bacs publics un exutoire facile pour les déchets domestiques.
Le constat a été sans appel :
• désorganisation de la chaîne de pré-collecte ;
• affaiblissement économique des PME ;
• découragement de l’abonnement des ménages ;
• et, in fine, transfert de la charge vers l’État.
Dans quel pays sérieux observe-t-on un système où l’État se substitue durablement aux ménages pour la gestion primaire de leurs déchets ? La comparaison avec certains pays voisins doit être faite avec rigueur : là où existent des poubelles publiques, elles s’appuient sur un niveau élevé de civisme, de discipline collective et de respect de l’espace commun.
Chez nous, la problématique est plus structurelle. Elle renvoie à la formation des comportements dès le plus jeune âge. Il est préoccupant de constater que certaines écoles primaires pourtant socle de la citoyenneté présentent encore des insuffisances en matière d’hygiène. Nous avons, en quelque sorte, inversé la pyramide : nos universités offrent parfois de belles vitrines, tandis que l’environnement éducatif de base mérite d’être renforcé.
Or, un enfant qui grandit dans un cadre sain intègre durablement les bons réflexes. À l’inverse, lorsque l’environnement quotidien banalise les incivilités murs souillés, espaces communs négligés, lieux de culte entretenus uniquement à l’approche des grandes fêtes nous entretenons collectivement un cercle vicieux.
Le problème dépasse donc largement la simple installation de bacs sur la voie publique. Il s’agit d’une question de responsabilité partagée et de maturité civique. L’État assumera pleinement son rôle, mais la société doit également se ressaisir. Les analyses théoriques déconnectées des réalités du terrain ne suffiront pas : la réforme exige lucidité et engagement collectif.
Sur l’efficacité des PME de pré-collecte, certains citoyens estiment que les PME ne sont pas toujours efficaces. Que faut-il faire ?
Nous l’avons clairement expliqué : les communes, les chefs de quartier et de secteur constituent les premiers maillons de régulation. Ils ont la responsabilité d’accompagner le Ministère dans le choix, le suivi et, le cas échéant, la mise en demeure des PME défaillantes.
Lorsqu’un opérateur ne respecte pas ses engagements, les ménages doivent saisir prioritairement leurs autorités locales, qui font le pont avec l’administration centrale. À défaut, l’Agence Nationale de Salubrité Publique (ANASP), bras opérationnel du Département, peut être formellement interpellée.
Nous observons toutefois un paradoxe : les citoyens savent se mobiliser rapidement pour des litiges de voisinage nuisances sonores, eaux usées, conflits divers mais peinent à se constituer collectivement pour signaler les dysfonctionnements de la chaîne de pré-collecte. Il y a là un enjeu de maturité civique.
Il faut également rappeler que les chefs de quartier ne se limitent pas à la délivrance de certificats de résidence, pas plus que les maires à la célébration des mariages. Ils portent une responsabilité communautaire d’écoute, de médiation et d’orientation.
Par ailleurs, notre société doit impérativement réhabiliter l’image des métiers de la propreté. Trop souvent relégués au second plan, ils sont pourtant essentiels à la santé publique et à la dignité urbaine. Valoriser ces professions, c’est aussi ouvrir des perspectives d’emploi à de nombreux jeunes aujourd’hui en situation d’attente.
Refuser ces métiers sur le territoire national pour les exercer à l’étranger révèle moins une question de compétence qu’un enjeu de regard social. Ce regard doit évoluer.
S’agissant de la gestion des recettes issues des opérations de salubrité, qu’en est-il de la gestion des montants recouvrés par la Brigade de salubrité ?
Nous procédons actuellement à l’ouverture d’un compte spécial au Trésor dédié à ces ressources. L’objectif est double : transparence et efficacité.
Un dispositif de paiement électronique est en cours de mise en place afin de permettre, à terme, un autofinancement partiel des activités de la Brigade. Les fonds collectés serviront prioritairement à :
• renforcer le dispositif opérationnel ;
• moderniser les infrastructures de gestion des déchets ;
• financer les campagnes massives de sensibilisation.
Parallèlement, nous finalisons un partenariat structurant avec le secteur de l’éducation pour introduire, dès le bas âge, la culture du tri et de la discipline environnementale. Autrefois, le nettoyage collectif des cours d’école et l’instruction civique faisaient partie intégrante du parcours scolaire. Ces pratiques vertueuses doivent être réhabilitées.
Le nouveau cadre de professionnalisation des PME intégrera également une obligation d’éducation des ménages au tri à la source, avec la mise à disposition de sacs de couleurs différenciées. Cette approche permettra de valoriser les fractions organiques, notamment au profit de programmes de restauration écologique, y compris dans certaines zones minières. Ce que nous considérons aujourd’hui comme un déchet constitue en réalité un gisement de fertilisants insuffisamment exploité.
Le changement passera inévitablement par l’évolution des mentalités.
Quel est votre mot de la fin ?
Le Département reste pleinement conscient des défis opérationnels et comportementaux encore présents sur le terrain. Une feuille de route structurée est en cours de déploiement afin d’accompagner collectivités et PME vers des approches plus performantes.
Des ressources additionnelles sont en cours de mobilisation, car l’assainissement, dans un contexte comme le nôtre, exige des investissements soutenus tant en infrastructures qu’en éducation citoyenne.
Les efforts actuels sont effectivement concentrés sur la capitale pour des raisons d’impact systémique, sans que cela ne signifie une moindre attention pour l’intérieur du pays. La démarche est progressive, méthodique step by step.
En deux mois, des responsables régionaux de l’assainissement ont été désignés, des équipements roulants acquis et la Brigade se déploie progressivement. La priorité demeure la formation des acteurs afin que la bonne volonté et la nécessaire fermeté ne dérivent jamais vers des pratiques déviantes.
Avec l’appui du Gouvernement, l’engagement des collectivités et la mobilisation citoyenne, la transformation du secteur est non seulement possible elle est en marche.
Merci à vous Monsieur le Ministre !
Entretien réalisé par Mohamed Bangoura
Mosaiqueguinee.com
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il y a 2 heures
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