Qui vacille quand la Guinée se redresse ? (Par Mamoudou Babila Keïta)

il y a 17 heures 24
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En Afrique de l’Ouest, la stabilité n’est jamais une simple accalmie institutionnelle ; elle constitue une rupture stratégique aux effets profonds. Longtemps, la Guinée a été inscrite dans une grammaire internationale de la fragilité, perçue comme un territoire à administrer, à surveiller ou à accompagner, rarement comme un acteur capable de définir sa propre trajectoire. Cette perception a produit des routines diplomatiques où l’urgence justifiait l’exception et où la faiblesse de l’État facilitait des arrangements asymétriques. Or, lorsqu’un pays commence à se redresser, il cesse d’être un objet de gestion pour devenir un sujet politique. Ce basculement n’est jamais indolore, il reconfigure les rapports de force, expose les dépendances anciennes et oblige les partenaires régionaux et internationaux à revoir leurs certitudes.

Derrière les discours consensuels sur l’aide et la coopération se dissimule une réalité plus inconfortable, l’instabilité prolongée peut générer ses propres bénéfices. Aides d’urgence reconduites, projets à cycle court, mécanismes dérogatoires et intermédiations multiples ont parfois nourri une véritable économie politique de la fragilité, où l’opacité devenait fonctionnelle et l’imprévisibilité rentable. Dans cet écosystème, la faiblesse institutionnelle n’était pas seulement un problème à résoudre, mais une condition d’équilibres tacites. La sortie progressive de la Guinée de ce schéma à travers le renforcement de ses institutions, la reprise en main de la gouvernance des investissements et la clarification des règles publiques remet en cause ces équilibres. Ce n’est pas la stabilité qui inquiète, mais la disparition d’un désordre longtemps toléré parce qu’il profitait à certains.

Sur le plan diplomatique, le redressement de l’État guinéen se traduit par une transformation silencieuse mais décisive, le passage d’une diplomatie de sollicitation à une diplomatie de positionnement. Une Guinée plus stable ne se contente plus de recevoir des agendas extérieurs ; elle formule ses priorités, sélectionne ses partenariats et renégocie les termes de la coopération. Dans une région où se croisent enjeux sécuritaires, ressources stratégiques et corridors logistiques, cette verticalité retrouvée change la donne. Elle réduit l’asymétrie entre prescripteurs et exécutants, met à l’épreuve les alliances fondées sur la dépendance et valorise celles construites sur la réciprocité. La stabilité agit alors comme un révélateur, elle distingue les partenaires du développement des bénéficiaires de la fragilité.

Le véritable défi pour la Guinée ne réside toutefois pas dans le discours du redressement, mais dans sa traduction concrète. Une stabilité qui ne produit pas d’emplois, n’améliore pas les services publics, ne renforce pas la justice sociale et ne sécurise pas les investissements reste vulnérable. À l’inverse, une stabilité mesurable, documentée et ressentie par les citoyens devient difficilement contestable, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est à ce niveau que la question posée par la trajectoire guinéenne prend tout son sens, qui vacille réellement lorsque la Guinée cesse d’être gouverné par l’urgence pour entrer dans le temps long de la souveraineté ? Dans l’ordre régional, peu de transformations sont aussi dérangeantes et aussi porteuses d’avenir qu’un pays qui décide enfin de se tenir debout et d’assumer pleinement son destin.

Mamoudou Babila KEITA
Consultant Chercheur en Gestion des projets et des politiques de développement.

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