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Le samedi 9 mai dernier, la forêt de Kakimbo, relique verte nichée dans la commune de Ratoma, dans la banlieue nord de Conakry, a troqué son silence habituel contre l’effervescence d’un laboratoire à ciel ouvert.
Durant plus de cinq heures d’horloge, des étudiants au master en Gestion et Conservation des Patrimoines (GESCOP) de l’Université de Sonfonia ont exploré les entrailles de ce site historique. Entre rectifications de certains mythes locaux et plaidoyer pour la sauvegarde de notre mémoire collective, Guineenews vous plonge au cœur d’une sortie pédagogique inédite.
Cette expédition de terrain s’inscrivait dans le cadre du cours de «Gestion des sites archéologiques», dispensé aux auditeurs en Master 2 en Gestion et conservation du patrimoine (GESCOP) de l’Université de Sonfonia. Un programme initié par le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD).
Grotte ou abri sous roche ? La rigueur scientifique face à la tradition orale
Depuis des décennies, l’imaginaire populaire et les traditions orales conakrykas parlent de la « grotte » de Kakimbo. Mais sur le terrain, face à la roche, le regard scientifique se veut plus nuancé, voire correctif.
Présent lors de cette expédition, le Dr Barpougouni Mardjoua, enseignant-chercheur à l’Institut Supérieur d’Architecture et d’Urbanisme (ISAU), a invité les futurs spécialistes du patrimoine à privilégier l’observation stricte. Et selon le spécialiste, les preuves physiques contredisent la qualification de « grotte ».

«Quant à la question de grotte, ou d’une autre typologie, pour ma part, avec ce qui est présent, parce que l’archéologue, c’est quelqu’un qui s’appuie sur du tangible pour raisonner, c’est quelqu’un qui s’appuie sur du factuel», a-t-il rappelé, avant de trancher la question en ces termes: «avec ce qui est visible présent, nous devons d’abord un tout petit peu nous débarrasser de certaines versions des sources orales pour examiner ce qui est factuel, ce qui est tangible et se prononcer. A partir de ce constat, je pense que cette infrastructure préhistorique n’est pas une grotte, mais plutôt, un abri sous roche.»
Pour étayer son propos, le chercheur rappelle les critères géologiques stricts qui caractérisent les grottes. «Pour qu’il y ait grotte, il faut des cavités qui permettent d’aller plus à l’intérieur, à des dimensions données», rappelle-il encore. Et de poursuivre, «mais là où nous sommes, vous voyez, nous n’avons pas ça, de façon factuelle, même si les traditions orales en évoquent. Donc si on s’appuie sur du factuel, nous sommes ici, sous un abri sous roche. Donc c’est la typologie abri sous roche.» Avant de souligner par ailleurs que, bien que rares, certains documents scientifiques soutiennent déjà cette hypothèse.
Sécuriser avant de valoriser. Le cri d’alarme pour la protection de Kakimbo
Au-delà du débat typologique, cette sortie a mis en lumière une menace bien plus pressante. En l’occurrence, l’avancée inexorable de l’urbanisation sauvage et de l’activité humaine sur ce site vulnérable. Dr Safiatou Diallo, historienne et fondatrice du CIRD, a saisi l’opportunité pour lancer un appel urgent. Pour elle, la priorité absolue n’est pas encore à l’exploitation touristique, mais à la sanctuarisation pure et simple du périmètre.
«Le plus important aujourd’hui c’est de sauver ces sites comme il (ndlr Dr Mardjoua) l’a dit. Il y en a qui sont plus menacés que d’autres. Il faut stopper l’évolution des activités anthropiques sur ces sites-là. Il , les faut sécuriser, avant de penser à les mettre en valeur», a alerté la passionnée d’histoire.
Mais en dépit de ce que plus d’un considère comme une course contre la montre sur fond de pression démographique, Dre Diallo reste optimiste quant à l’avenir une fois le cap de la sauvegarde franchi. Un espoir repose sur la nouvelle génération de professionnels en cours de formation. « Pour ce qui est de la documentation, le master GESCOP forme aujourd’hui une très grande masse critique d’étudiants, de cadres qui sont capables et qui pourront demain valoriser ce site-là», déclare-t-elle.
Au terme de ces cinq heures d’horloge de marche, d’observation et de d’enseignements pratiques, les étudiants du Master GESCOP sont repartis avec une double certitude. Le patrimoine guinéen est riche, mais il est surtout fragile. La forêt de Kakimbo ou ce qui reste de cette forêt, 6et son abri sous roche attendent désormais que cette future élite transforme l’essai, pour que la conservation l’emporte définitivement sur l’oubli et la destruction.
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