Le taux de chômage: entre limitation méthodologique et dynamique économique (Par Mohamed Cissé)

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Suite à la publication par la Direction nationale de l’Observatoire National du Travail (ONT) d’un taux de chômage estimé entre 4,8 % et 5,2 %, de nombreuses opinions divergentes ont été exprimées par les citoyens concernant la validité des données présentées. Cette discussion se situe au sein d’une controverse établie en sciences économiques et représente une considération constante dans la mise en œuvre des politiques publiques. Bien que certains considèrent ces données comme le reflet des efforts déployés en matière de gouvernance économique, d’autres soutiennent qu’elles ne rendent pas compte de la réalité vécue au quotidien par les populations.

Il est pertinent de souligner que le taux de chômage constitue principalement une mesure statistique. Il quantifie, en termes de pourcentage, la proportion d’individus appartenant à la population active qui se trouvent dépourvus d’emploi. En termes précis, il s’agit du quotient du nombre de chômeurs par l’effectif total de la population active, laquelle inclut les individus pourvus d’un emploi et ceux qui, dépourvus d’emploi, sont activement à sa recherche, ce résultat étant subséquemment exprimé en pourcentage. La définition mentionnée se révèle être en adéquation avec les normes internationales communément adoptées, en particulier par la Banque mondiale et l’Organisation internationale du travail (OIT). Le taux de chômage quantifie, par conséquent, la sous-utilisation de la main-d’œuvre disponible, et non directement la précarité ou l’insuffisance des revenus.

En Guinée, à l’instar de nombreux pays en développement, l’estimation du taux de chômage officiel repose sur des enquêtes relatives à la population active, des recensements, ou des modèles statistiques élaborés à partir des données disponibles. Les individus en âge de travailler qui, durant la période de référence, étaient dépourvus d’emploi, désireux de travailler et activement à la recherche d’un emploi selon des critères précisément définis, sont répertoriés comme étant au chômage. Ces méthodologies reposent occasionnellement sur des bases de données internationales harmonisées, à l’instar d’ILOSTAT ou de celles de la Banque mondiale, en vue de garantir la comparabilité entre les différents pays.

Néanmoins, dans un contexte national caractérisé par une proportion significative de la population dont les revenus proviennent du secteur informel, comprenant notamment l’agriculture familiale, les petits commerces et les activités non déclarées, le taux de chômage officiel ne constitue qu’un indicateur partiel de la situation socio-économique réelle. Les éléments suivants ne sont pas pris en considération, les personnes :
o Qui exercent une activité professionnelle indépendante, notamment dans le secteur informel, et dont les revenus présentent une instabilité et une incertitude significatives ;
o dont le volume horaire de travail est réduit et qui aspirent à augmenter leur temps de travail (sous-emploi) ;
o qui ont renoncé à la recherche d’emploi, et qui, par conséquent, ne sont pas considérées comme chômeuses dans les statistiques officielles, demeurent néanmoins dans une situation de précarité économique.
o qui exercent des activités professionnelles informelles, caractérisées par la précarité, une faible rémunération et l’absence de protection sociale.
Ces situations témoignent de difficultés économiques concrètes qui ne sont pas adéquatement reflétées par un simple taux de chômage.

Par conséquent, il apparaît que le taux de chômage est affecté par d’importantes contraintes structurelles. Sa définition rigoureuse exclut les individus découragés, ne prend pas en considération le sous-emploi et, dans les économies caractérisées par un secteur informel important, est susceptible de dissimuler une réalité marquée par la précarité et l’insuffisance des revenus. Un taux avoisinant cinq pour cent (5 %) indique que, selon les normes statistiques communément admises, environ cinq (5) personnes sur 100 au sein de la population active sont dépourvues d’emploi et en recherchent activement un. Il convient de considérer cet indicateur comme un outil pertinent, mais néanmoins incomplet pour appréhender la totalité du marché du travail.

En définitive, cette donnée ne reflète pas intégralement la situation économique, en particulier dans un contexte caractérisé par l’omniprésence du secteur informel, du sous-emploi et du découragement. Afin d’appréhender avec davantage de justesse la situation des travailleurs, il s’avère indispensable de mobiliser des indicateurs complémentaires tels que le taux d’emploi, le sous-emploi, la participation à la population active ainsi que l’accès à des emplois décents, lesquels sont susceptibles d’intégrer la contribution effective du secteur informel. Il convient de considérer ce phénomène non pas comme une anomalie, mais plutôt comme une réalité structurelle et une source potentielle de développement, nécessitant la mise en œuvre de politiques d’autonomisation, d’accompagnement et de formalisation progressive.

Un enjeu considérable se pose tant aux économistes du travail qu’aux responsables des politiques publiques.

Dr Mohamed CISSÉ
Économiste évaluateur

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