Kankan : une affaire de moustiquaires se transforme en bras de fer judiciaire

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Ce qui devait être une campagne de santé publique pour protéger la population contre le paludisme tourne en affrontement ouvert entre les autorités locales et l’ONG AGIL.

La distribution des moustiquaires imprégnées dans la commune urbaine de Kankan, supposée améliorer la couverture sanitaire, est désormais au centre d’une controverse explosive.

Une plainte déposée récemment par AGIL accuse 105 chefs de quartiers et 14 chefs de secteurs d’abus de confiance.

Mais ces responsables locaux dénoncent des accusations « infondées » et pointent du doigt les graves dysfonctionnements de l’ONG et des structures sanitaires.

Après plusieurs heures d’échanges ce matin à la commune urbaine de Kankan entre les policiers enquêteurs et les chefs de quartiers convoqués, Kabiné Souaré, chef de quartier de Bordeaux SOS, s’est exprimé au micro de notre rédaction.

« Nous avons reçu une plainte transmise par la police pour convoquer nos collègues au sujet de la non-distribution des moustiquaires. Or, cette distribution était directement assurée par AGIL, avec l’implication des structures sanitaires concernées », a-t-il déclaré.

Les chefs de quartiers accusent l’ONG AGIL et certaines structures sanitaires de nombreux manquements, affirmant disposer de preuves pour étayer leurs accusations.

« Nous avons des preuves contre ceux qui nous accusent de vol et de tous les maux. Nous allons produire un rapport détaillé et le déposer à l’OPJ. La vérité éclatera », assure Kabiné Souaré.

Selon lui, plusieurs irrégularités ont marqué le processus : absence de recensement, manque d’information et de sensibilisation des populations, non-implication des chefs de secteurs et réduction drastique de la durée de distribution.

« La distribution était prévue sur cinq jours, mais dans nos quartiers elle n’a duré que deux jours. Les agents commençaient tard et arrêtaient très tôt, pendant que les citoyens attendaient en file indienne sans recevoir de moustiquaires », déplore-t-il.

Kabiné Souaré souligne que dans son quartier Bordeaux SOS, sur les trois secteurs que compte le quartier, un seul aurait été partiellement recensé, avec seulement quelques bénéficiaires.

D’après les chefs de quartiers, plusieurs secteurs de Kankan n’auraient même pas été recensés.

Autre point de crispation : le retrait et le stockage des moustiquaires dans certains centres de santé.

« Pendant que nos citoyens réclament leurs moustiquaires, celles-ci sont retirées des quartiers et stockées dans les centres de santé. Nous surveillons ces stocks. Si une seule balle disparaît, nous irons très loin », avertit le chef de quartier.

Les responsables estiment que seulement 15 % de la population de Kankan aurait effectivement bénéficié des moustiquaires. Une situation qu’ils jugent préoccupante, au regard de la recrudescence du paludisme.

« Allez dans les centres de santé et consultez les statistiques : le taux de paludisme est élevé. Les populations souffrent pendant qu’on parle de distribution réussie », fustige Kabiné Souaré.

Se disant victimes de diffamation, les 57 chefs de quartiers de la commune urbaine de Kankan annoncent leur détermination à se défendre devant la justice.

« Un seul chef de quartier touché, c’est toute la population qui est touchée. Nous sommes prêts à répondre devant toute juridiction et à engager des poursuites pour diffamation et vol », martèle-t-il.
La tension est à son comble à Kankan. Les habitants, eux, attendent des clarifications immédiates et une reprise transparente de la distribution, sous peine de voir la défiance envers les ONG et les structures sanitaires atteindre un point critique.

Karifa Kansan Doumbouya
Correspondant à Kankan

622 47 09 60

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