‘’J’étais dans la vente de véhicules’’- CRIEF : le dossier Badra Koné renvoyé en instruction après un revirement de la Chambre de jugement

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C’est un rebondissement inattendu dans l’affaire impliquant Badra Koné et ses co-prévenus.

Après cinq heures de débats procéduraux opposant la défense, la partie civile et le ministère public, la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a finalement décidé de réorienter le dossier en phase d’instruction, marquant un tournant significatif dans la procédure.

Cette décision intervient alors même que l’ancien président de la délégation spéciale de Matam, poursuivi pour détournement de deniers publics à hauteur de 240 milliards de francs guinéens, corruption et enrichissement illicite, avait entamé sa déposition au fond devant la juridiction. À la barre, le prévenu a fermement rejeté les accusations portées contre lui.

Interrogé sur son parcours administratif et politique ainsi que sur l’origine de ses ressources financières, il a déclaré :

« J’ai été élu au conseil communal, avant d’être deuxième adjoint au maire jusqu’en 2022. À la suite du départ du maire d’alors, j’ai assuré les fonctions de maire avant de retourner à la base comme simple citoyen. En 2024, le ministre de l’Administration du Territoire m’a nommé président de la délégation spéciale. J’ai démissionné le 26 mars dernier pour me porter candidat. À ce jour, je suis tête de liste à Matam. J’ai exercé ces fonctions pendant environ 23 mois. J’étais dans la vente de véhicules. Lorsque je me rendais en Europe, j’achetais des véhicules que je revendais en Guinée. Dans cette activité, je pouvais réaliser au minimum 300 millions de francs guinéens par an. »

Concernant ses biens personnels, il a précisé :

« Je ne possède pas de maison. J’ai neuf parcelles à Maférinyah, acquises en 2011 à environ trois millions de francs guinéens chacune, aujourd’hui estimées à près de 25 millions par parcelle. Je dispose également de trois véhicules et de comptes bancaires totalisant environ 120 millions de francs guinéens à UBA et 1,5 million de francs guinéens à la BSIC. »

Le président de la Chambre, Alpha Camara, a toutefois relevé que le dossier de procédure mentionne l’existence d’autres biens immobiliers et véhicules enregistrés au nom du prévenu, que ce dernier n’a pas évoqués.

Poursuivant son interrogatoire, la Cour a questionné le prévenu sur la gestion des ressources communales durant son mandat à la tête de la délégation spéciale.

Badra Koné a affirmé que la commune n’avait pas bénéficié de subventions de l’État durant cette période :

« Durant les deux années passées à la tête de la commune, nous n’avons jamais reçu de subvention. Nous avons uniquement bénéficié du financement de quatre grands projets. Les recettes du marché n’étaient pas élevées. Nous faisions des prévisions d’environ deux milliards de francs guinéens, mais nous réalisions finalement près de 500 millions par an. »

Il a également soutenu que les projets d’infrastructures, notamment la construction d’écoles et d’une maison des jeunes, avaient été réalisés conformément aux procédures de passation des marchés publics :

« Tous ces projets ont fait l’objet d’appels d’offres. Je n’intervenais pas dans l’attribution des marchés. Les contrats sont archivés et peuvent être consultés. »

Le président Alpha Camara s’est aussi intéressé à la gestion d’un montant initialement évoqué de 700 millions de francs guinéens pour l’acquisition d’un camion-benne.

Le prévenu a précisé que le coût réel de l’équipement était de 70 000 euros, acquis selon un mécanisme de paiement échelonné :

« Le conseil communal a décidé d’acquérir un camion-benne, car ceux utilisés auparavant étaient prêtés par l’État. Nous avons trouvé un fournisseur allemand qui acceptait un paiement par tranches de 30 000 euros tous les trois mois. Au moment de mon départ, environ 150 millions de francs guinéens avaient déjà été versés. Le camion se trouve toujours à la commune et son paiement n’est pas encore totalement achevé. »

La juridiction a également examiné la participation antérieure du prévenu dans la société B&B BTP SARL, évoquant un possible conflit d’intérêts.

Badra Koné a reconnu avoir détenu 50 % des parts de cette entreprise, tout en affirmant s’en être retiré avant l’exercice de ses fonctions publiques :

« J’ai cédé mes parts dans un délai de deux semaines après avoir été informé de l’incompatibilité entre mes activités commerciales et mes fonctions publiques. Lorsque la société a obtenu un marché public, je n’étais plus actionnaire et je n’ai perçu aucun bénéfice lié à ce contrat. »

À l’issue des débats, la Chambre de jugement a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par la défense. Dans la foulée, le président de la juridiction a ordonné la réorientation du dossier en instruction, confiant désormais au parquet spécial la responsabilité de saisir un juge d’instruction pour conduire des investigations approfondies.

Ces investigations devront permettre de déterminer s’il y a lieu de renvoyer les prévenus devant une juridiction de jugement ou de prononcer un non-lieu.

Mayi Cissé

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