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L’enlèvement de la militante de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Néné Oussou Diallo, le 9 janvier 2026 à son domicile de Conakry, marque une nouvelle étape dans une série d’affaires troublantes qui dessinent un climat de peur et d’insécurité politique en Guinée. Depuis ce jour, aucune nouvelle n’a été donnée à sa famille, renforçant les inquiétudes sur son sort et ravivant le spectre des disparitions forcées.
Ce cas n’est malheureusement pas isolé. Il s’inscrit dans une succession d’enlèvements et de disparitions qui, depuis 2024, frappent des activistes, des intellectuels, des journalistes et des cadres de l’administration, tous connus pour leurs positions critiques ou leur engagement en faveur des droits humains. Parmi les personnes portées disparues figurent notamment les activistes Foniké Mengué et Billo Bah, le journaliste Habib Marouane Camara, l’ancien secrétaire général du ministère des Mines Saadou Nimaga, les enfants de l’artiste engagé Elie Kamano, ainsi que le père du journaliste Babila Keita.
À côté de ces disparitions toujours non élucidées, d’autres cas attestent d’un mode opératoire similaire, mais avec une issue différente. Des personnalités comme Abdoul Sacko du Forum des forces sociales de Guinée (FFSG) ou l’ancien bâtonnier Me Mohamed Traoré ont été enlevées à leur domicile par des hommes en treillis militaires, conduites hors de la capitale, violentées, puis abandonnées, parfois grièvement blessées. Ces témoignages concordants renforcent l’hypothèse d’actions coordonnées et ciblées.
Un profil commun des victimes, un mode opératoire récurrent
Un élément central ressort de l’ensemble de ces affaires : les victimes ont en commun leur engagement pour la défense des droits humains, des libertés publiques et leur posture critique vis-à-vis de la gestion de la transition militaire. Elles incarnent, chacune à leur niveau, des voix dissidentes dans l’espace public guinéen.
Autre constante troublante : les ravisseurs sont décrits comme des hommes en treillis militaires, opérant à bord de véhicules, souvent sans plaques visibles. Ce détail, loin d’être anodin, alimente les soupçons et pose avec acuité la question de l’implication — directe ou indirecte — d’éléments relevant des forces de défense et de sécurité, ou à tout le moins de groupes bénéficiant d’une forme d’impunité.
Silence judiciaire et déni politique
Après l’enlèvement de Foniké Mengué et Billo Bah, le 9 juillet 2024, le procureur général près la cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya, avait annoncé l’ouverture d’une enquête. Plus d’un an plus tard, aucun résultat n’a été communiqué, aucun suspect présenté, aucune piste rendue publique. Ce silence prolongé de la justice contraste avec la gravité des faits et renforce le sentiment d’abandon des familles et de la société civile.
De leur côté, les autorités de la transition ont toujours nié toute implication dans ces enlèvements. Toutefois, l’absence de progrès visibles dans les enquêtes, conjuguée à la répétition des faits, fragilise cette position officielle et nourrit la défiance.
Une contradiction au cœur du discours sécuritaire de l’État
Cette situation soulève des interrogations majeures. Comment les forces de défense et de sécurité, présentées comme étant en pleine montée en puissance, peuvent-elles se révéler incapables de retrouver des personnes portées disparues depuis plus d’un an ? Pourquoi la justice ne communique-t-elle pas sur des dossiers d’une telle sensibilité nationale ? Et surtout, comment l’État peut-il garantir la sécurité des citoyens lorsque des enlèvements se produisent au domicile même des victimes, souvent en pleine zone urbaine ?
Ces questions prennent une résonance particulière dans un contexte où l’appareil administratif territorial est largement militarisé : gouverneurs, préfets et sous-préfets sont désormais issus, pour la plupart, de la police, de la gendarmerie ou de l’armée. Cette omniprésence des forces de sécurité dans la gestion civile de l’État était censée renforcer l’autorité publique et la protection des populations. Or, les faits observés semblent dessiner l’effet inverse.
Au-delà des cas individuels, ces enlèvements et disparitions contribuent à instaurer un climat de peur généralisée, susceptible de dissuader toute expression critique. Pour de nombreux observateurs, ils posent la question de la dérive autoritaire de la transition et du respect des engagements pris en matière de droits humains.
Tant que la lumière ne sera pas faite sur ces affaires, tant que les responsabilités ne seront pas clairement établies, la méfiance persistera. Et avec elle, le risque d’un rétrécissement durable de l’espace civique et politique en Guinée, à un moment pourtant crucial de son histoire institutionnelle.
Alors qu’il a remporté l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, après avoir dirigé le pays durant quatre années de transition militaire, Mamadi Doumbouya, désormais président de la République, sera-t-il en mesure de faire face à ce phénomène d’enlèvements et de disparitions ciblées ? La question demeure entière.
L’article Guinée : la spirale inquiétante des enlèvements ciblés contre les voix critiques est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.
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