Fodé Bangoura à Mamadi Doumbouya: « La vérité du pouvoir se trouve dans la profondeur de votre examen de conscience. Garantissez par-dessous tout la justice »

il y a 4 heures 28
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Dans la seconde partie de son discours après avoir pris acte du serment du Président de la République, le premier président de la cour suprême a prodigué des conseils au locataire du palais Mohamed V.

Fodé Bangoura a d’abord rappelé l’immensité de la charge qui pèse sur lui et a invité le Chef de l’Etat à aller au-delà des rapports officiels dans sa quête sans relâche de la profondeur de la vérité et de garantir par-dessous tout la justice.

Ci-dessous le second volet du discours du premier président de la cour suprême :

Distingués invités, Peuple de Guinée, Monsieur le Président de la République,

En cet instant où la nation vous confie sa destinée, il est de mon devoir, non seulement de recevoir votre serment, mais de vous rappeler l’immensité de la charge qui pèse désormais sur vous. La Constitution de 2025, texte fondateur de notre renouveau démocratique, ne vous confère pas seulement des titres. Elle vous assigne des missions sacrées. Vous êtes l’incarnation de l’État.

Dans un pays riche de sa diversité, mais fragile de ses divisions passées, vous devenez le symbole vivant de l’unité nationale. Votre personne s’efface désormais derrière la fonction pour assurer la continuité de l’État, quelles que soient les circonstances. Vous êtes le rempart ultime, le garant intransigeant de notre indépendance nationale et de l’intégrité de notre territoire. Vous êtes le gardien de la loi fondamentale. Votre première allégeance va à la Constitution. Vous devez veiller scrupuleusement à son respect ainsi qu’à celui des traités internationaux qui engagent la Guinée. En tant qu’arbitre suprême, il vous revient d’assurer le fonctionnement régulier et harmonieux des pouvoirs publics, veillant à ce que l’exécutif, le législatif et le judiciaire, ainsi que toutes les autres institutions énumérées à l’article 41 de la Constitution concourent au bien commun.

Monsieur le Président de la République, vous êtes le chef de l’exécutif. La Constitution vous donne le mandat clair de déterminer et conduire la politique de la nation. Vous disposez pour cela un pouvoir réglementaire, dirigeant l’administration et signant l’ordonnance et décret. Ce pouvoir est aussi une responsabilité humaine, celle de nommer avec discernement les serviteurs de l’État du Premier ministre, aux officiers généraux, en passant par les hauts fonctionnaires civiques. Vous êtes le chef suprême des armées. Dans un monde incertain, vous détenez l’autorité ultime sur nos forces de défense en présidant le Conseil supérieur de la défense nationale. Vous portez la responsabilité de la sécurité de nos concitoyens.

Si des périls menacent la nation, la Constitution vous confie des pouvoirs exceptionnels de gestion de crise. N’oubliez pas qu’il demeure strictement encadré par le droit, Car la force doit toujours rester l’allié de la légalité. Vos rapports avec les autres pouvoirs sont ceux d’un équilibre subtil.

Avec le Parlement, désormais bicaméral, vous partagez l’initiative des lois. Vous promulguerez des textes votés par l’Assemblée nationale et le Sénat et vous pouvez vous adresser à eux par message. S’il est vrai que la Constitution vous accorde le pouvoir de dissolution de l’Assemblée, il n’en demeure pas moins vrai, que je vous invite à la collaboration, notamment avec le Sénat, dont l’avis doit éclairer vos nominations aux hautes fonctions.

Envers la justice, votre devoir est celui de la protection sans ingérence. Vous êtes le garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire, assisté par le Conseil supérieur de la Magistrature. Vous détenez également comme ultime recours l’humanité, le droit de grâce.

Enfin, vous êtes le premier diplomate de la nation. Il vous revient de conduire votre politique extérieure, de négocier et faire ratifier les traités et d’accréditer les ambassadeurs qui porteront la voix de la Guinée dans le concert des nations.

Monsieur le Président de la République, vous vous êtes présenté à la nation non seulement comme un chef, mais comme un bâtisseur. C’est une mission à la fois noble et redoutable, car si le maçon bâtit avec de la pierre et du ciment, vous, Monsieur le Président de la République, vous bâtissez avec l’espérance des hommes et l’avenir du peuple. Continuez à laisser la souffrance du plus humble des Guinéens, pesez sur votre conscience pour vous stabiliser. C’est cet enracinement dans le réel qui continuera à vous donner la fermeté nécessaire pour rester immobiles lorsque souffleront les tempêtes de l’adversité. Continuez à chercher sans relâche la profondeur de la vérité. Continuez à conserver ce courage de l’investigation dont vous avez jusqu’ici donné la mesure.

Refusez, Monsieur le président de la République, de vous contenter de l’écume énivrant des rapports officiels. Continuez à descendre au fond des choses, questionnez vos certitudes et vos incertitudes et conservez cette audace qui vous a toujours caractérisé. La vérité du pouvoir se trouve dans la profondeur de votre examen de conscience. Garantissez par-dessous tout la justice. Votre regard doit porter plus haut et au-delà de l’horizon, plus haut et plus étendu que la gestion du quotidien. Il doit toujours viser l’idéal mouvant. Gouverner, c’est relier la terre de nos ancêtres aux aspirations les plus élevées de liberté et de dignité.

Monsieur le Président de la République, bâtisseur de la nation, Soyez ce pied inébranlable autour duquel la Guinée pourra enfin construire sa prospérité. Si vous tenez la ligne, alors l’histoire retiendra que vous n’avez pas seulement occupé le pouvoir, mais que vous l’avez exercé sur des socles indestructibles.

Pour terminer, Monsieur le Président de la République, la Cour vous adresse ses sincères félicitations et vous souhaite plein succès dans l’accomplissement de votre noble mission sous la protection divine.

Je vous remercie pour votre attention.

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