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Le stade Lansana Conté s’est vidé comme se vident les rêves après les grandes fêtes, lentement, avec ce silence un peu gêné qui suit les cris trop forts. Les dignitaires ont plié leurs costumes, les fanfares ont rangé leurs trompettes, et le protocole, satisfait de lui-même, a refermé son registre d’or. La République, elle, est restée là, seule avec ses promesses.
Mamadi Doumbouya est désormais Président de la Ve République. Il a prêté serment. Il a parlé. Il a été applaudi. Puis le temps a repris son cours, ce temps cruel qui, en politique, commence toujours par poser la même question, la seule qui compte vraiment :
Et maintenant ?
Maintenant, il n’y a plus de décor. Plus de micros dorés. Plus d’ovation internationale. Il n’y a qu’un pouvoir nu, sommé de prouver que ses mots ne furent pas de simples exercices de diction. Maintenant, la parole doit quitter la tribune pour entrer dans le réel. Faute de quoi elle restera ce qu’elle a trop souvent été dans notre histoire, un bruit élégant, aussitôt dissipé.
Le Président, dans l’élan de l’investiture, a pourtant trouvé les mots justes. Il a dit, et il avait raison de le dire, qu’il n’y a pas de développement durable sans la pleine participation des femmes. Il a ajouté que la Guinée a besoin de l’énergie de toutes ses filles. Des phrases fortes, applaudies comme il se doit, parce qu’elles flattent à la fois la morale et l’époque.
Mais en politique, les phrases ne valent que par l’ombre qu’elles projettent sur les actes.
Or, à peine les projecteurs éteints, voici l’ombre : le gouvernement Bah Oury. Six femmes. Vingt-trois hommes. Un chiffre sec, brutal, qui ne demande aucun commentaire. La Constitution nouvelle, fraîchement proclamée, sur laquelle le Président Mamadi Doumbouya vient de jurer, exige un minimum de 30 % de femmes. Le pouvoir actuel en offre 20 %. Dix points manquants. Dix absences. Dix façons très concrètes de dire aux femmes : pas encore, pas tout à fait, pas maintenant.
On nous dira que l’essentiel est ailleurs. Qu’il faut du temps. Que les équilibres sont complexes. C’est toujours ainsi que commencent les renoncements, par des phrases raisonnables.
Pourtant, le Président nous l’a assuré : les femmes sont la force motrice. Fort bien. Mais comment expliquer alors que, dans l’atelier même où se fabrique la politique nationale, près de quatre-vingts pour cent de cette force motrice soit tenue hors du moteur ? Quelle étrange mécanique prétendrait avancer durablement en amputant sa propre énergie ? Ce n’est plus de la politique, c’est de la prestidigitation.
Sous la coupole de cette investiture solennelle, le procureur général a rappelé une vérité ancienne : le serment donne à la parole une valeur. Mais quelle valeur accorder à une parole dont la première traduction institutionnelle contredit à la fois son esprit et la lettre de la loi ? À ce stade, le serment cesse d’être un engagement. Il devient un accessoire. Un rite. Une scène bien jouée.
Ce gouvernement n’est donc pas un gouvernement comme les autres. Il est un symbole. Le premier. Le plus décisif. Il est le test initial de la Ve République. Son maintien, tel qu’il est, dirait une chose très simple : que le discours sur les femmes relevait de la décoration, et que le pouvoir réel continuera de se gérer entre hommes, par des hommes, pour des hommes qui se ressemblent.
Nous refusons cette lecture résignée de l’histoire. Nous refusons surtout l’excuse du « progressivement », cette manière élégante de ne jamais commencer.
Nous prenons le Président au mot. À la lettre. Sans interprétation charitable.
Il ne s’agit plus ici d’une intention à venir, ni d’un projet en gestation. Le gouvernement est déjà en place, pleinement constitué, pleinement opérationnel. Il engage donc, dès maintenant, la responsabilité du Président sur la Constitution même sur laquelle il vient de jurer.
Si les femmes sont la force motrice, alors qu’on leur confie le volant.
Si la Guinée a besoin de toutes ses énergies, qu’on cesse d’en neutraliser la moitié.
Dans ces conditions, l’acte à poser ne souffre d’aucune ambiguïté : la démission du gouvernement Bah Oury. Non par goût du fracas institutionnel. Non comme une sanction politique. Mais parce qu’un gouvernement né en contradiction avec la Constitution ne peut être simplement retouché sans reconnaître d’abord sa propre illégitimité. On ne corrige pas une faute fondatrice par un ajustement cosmétique.
Cette démission ne serait pas une crise. Elle serait une mise en ordre. Le premier geste de cohérence d’un pouvoir qui se dit refondateur et qui, à peine investi, se trouve déjà sommé de choisir entre la parole jurée et la pratique installée.
Ensuite seulement viendra le temps de construire. De forger, sans délai, une nouvelle équipe. Et cette fois, qu’on cesse de se contenter du minimum légal comme d’une faveur accordée à contrecœur. Trente pour cent n’est pas un horizon. C’est un plancher.
La Guinée n’a pas besoin d’un gouvernement tolérant quelques femmes. Elle a besoin d’un exécutif qui ressemble réellement à sa société. Un gouvernement où les femmes ne seront pas une minorité symbolique, mais au moins la moitié, sinon davantage. Non par galanterie politique, mais par justice, par efficacité et par intelligence collective.
Un gouvernement à 50 % ou plus de femmes ne serait pas une provocation. Il serait la traduction fidèle d’un discours présidentiel qui prétend rompre avec l’ancien temps. Il serait la preuve que cette République nouvelle n’a pas peur de redistribuer le pouvoir là où il a toujours été confisqué.
Nous sommes à cet instant précis où un président quitte la tribune pour le bureau, et où un peuple cesse d’espérer pour commencer à exiger. Toute la légitimité solennellement érigée lors de l’investiture repose déjà sur une faille. Elle a un visage arithmétique, presque humiliant : six femmes face à vingt-trois hommes.
La réparation est pourtant à portée de main. Elle est le seul moyen de prouver que cette journée n’était pas une répétition générale de plus, mais bien un commencement.
Le monde a vu la cérémonie. Il attend maintenant l’acte.
Alors, maintenant ?
Maintenant, la cohérence.
Maintenant, le courage de la conformité.
Maintenant, la fin d’un exécutif qui prolonge l’ombre de l’ancien temps.
Maintenant, un gouvernement qui ressemble enfin à la nation qu’il prétend servir.
Maintenant… les femmes.
Ousmane Boh KABA
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il y a 3 heures
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