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Nous étions dans la sous-préfecture de Friguiagbé, dans la région de Kindia, à l’occasion d’une manifestation culturelle et sportive organisée par l’ancien vice-gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), El Hadj Fodé Soumah. C’était en 2002.
Dans la tribune officielle installée sur la place publique du centre-ville, un invité de marque était déjà présent : l’ancien président de la République, le Général Lansana Conté. Autour du chef de l’État, des gardes du corps, droits comme des piquets et lourdement armés, surveillaient attentivement les moindres mouvements de la foule.
Je me trouvais au bas de la tribune, mêlé à une foule compacte composée notamment de nombreux collègues journalistes et reporters. Parmi les soldats chargés de la sécurité présidentielle, mon regard croisa celui d’un jeune militaire que je connaissais bien : le soldat Tozo Camara. Nous avions de bonnes relations à Matam, précisément dans le quartier Petit-Moscou.
Pensant simplement saluer une connaissance, je levai la main dans sa direction. Mais sa réaction fut tout autre. Le béret rouge me lança un regard dur, fronça les sourcils et resta parfaitement immobile. Son attitude trahissait clairement son agacement.
Je répétai mon geste, pensant qu’il ne m’avait peut-être pas reconnu. La réponse resta la même. Je compris alors que quelque chose n’allait pas et décidai de l’ignorer.
La cérémonie se poursuivit avec un match de football au stade Hadja N’mah, puis nous regagnâmes Conakry.
Le lendemain, je reçus un appel du soldat Tozo. Après une brève salutation, il me dit d’un ton ferme :
« N’boré, (mon ami en soussou), je ne suis pas content de toi. Hier à Friguiagbé, tu m’as beaucoup embarrassé. Tu vois bien que je suis en garde près du président, et tu te permets de lever la main dans ma direction. Parce que je te connais, j’ai compris ton geste. Mais un autre garde aurait pu croire qu’il s’agissait d’une menace. Dans ce métier, au moindre geste suspect, nous sommes habilités à réagir immédiatement. Tu aurais pu être pris pour un agresseur. »
Puis il ajouta une recommandation qui m’a marqué :
« La prochaine fois que tu te trouves dans un environnement proche du président, évite même de mettre les mains dans les poches. Cela peut être interprété comme un geste dangereux, car les gardes ne sont pas sensés imaginer et savoir ce que tu as dans tes poches, un simple paquet de cigarettes, un couteau, une arme?. »
Je compris alors que j’avais eu tort et je m’en excusai.
Une anecdote qui fait écho à l’actualité
Pourquoi rappeler aujourd’hui cette anecdote ?
Parce qu’un incident récent rappelle à quel point la question de la sécurité présidentielle est délicate.
Lors du retour au pays du président Mamadi Doumbouya le vendredi 6 mars dernier, un jeune homme visiblement très enthousiaste a forcé le cordon sécuritaire et s’est jeté vers le véhicule du chef de l’État.
Dans une vidéo devenue virale, le jeune Ibrahim Bangoura explique que le président aurait qualifié son geste d’héroïque. À cela, il aurait répondu : « C’est parce que je vous aime beaucoup. »
Mais au-delà de l’émotion et de la ferveur populaire, cet acte soulève plusieurs questions importantes.
Trois problèmes majeurs
D’abord, la sécurité du chef de l’État lui-même. Lorsqu’une personne surgit soudainement d’une foule pour s’approcher du président, personne ne peut connaître ses véritables intentions. Dans ce type de situation, les agents de sécurité doivent agir en quelques secondes.
Ensuite, la sécurité de ces jeunes eux-mêmes. En franchissant un dispositif de protection de manière subite, ils s’exposent directement à une réaction des gardes qui pourraient interpréter leur geste comme une menace.
Enfin, ces comportements compliquent considérablement le travail des forces chargées de la protection présidentielle. Leur mission repose précisément sur la prévention de tout geste imprévisible.
Or ce phénomène n’est pas isolé. Il arrive régulièrement que des jeunes, emportés par l’enthousiasme ou le désir d’attirer l’attention, franchissent les limites du dispositif sécuritaire. Je me souviens avoir déjà bu une vidéo dans les réseaux sociaux, où un jeune avait également violé brusquement le cordon sécuritaire, pour se retrouver avec le Général. C’était dans la commune Kaloum.
Une proximité qui doit rester encadrée
Il est compréhensible qu’un président souhaite rester proche de son peuple. Cette proximité constitue même un élément important de la relation entre un dirigeant et la population.
Mais cette proximité doit rester encadrée par des règles strictes de sécurité.
Lorsque des gestes imprudents sont tolérés ou encouragés par l’émotion du moment, ils peuvent progressivement créer une impression de permissivité. Certains pourraient alors être tentés de reproduire ces comportements sans mesurer les risques.
Or la sécurité présidentielle ne tolère aucune approximation.
La leçon à retenir
L’anecdote vécue à Friguiagbé m’a appris une chose essentielle : dans l’environnement d’un chef d’État, le moindre geste peut être interprété comme une menace.
Ce qui peut sembler être un simple geste d’enthousiasme ou d’affection peut, en réalité, déclencher une réaction dramatique.
C’est pourquoi chacun — citoyens, supporters, curieux — doit comprendre que les dispositifs de sécurité existent pour protéger tout le monde : le président, les forces de sécurité et la population elle-même.
Dans ce domaine, la prudence n’est pas un excès de zèle : elle est une nécessité absolue. Car entre un geste d’enthousiasme et un drame irréversible, la frontière peut parfois être extrêmement mince.

Alpha Camara
Journaliste
Ottawa/Gatineau (CANADA)
Tel: 438 221 4080
L’article Entre ferveur populaire et impératif sécuritaire : une frontière à ne pas franchir (Par Alpha Camara) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
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