En Guinée : l’exception devenue norme, la Transition transfigurée en souveraineté (Tribune)

il y a 2 heures 17
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Il est des Transitions qui s’éteignent dans l’anonymat procédural, comme de simples mécanismes de réparation institutionnelle. Et il en est d’autres plus rares, plus périlleuses qui se muent en actes fondateurs, où l’histoire cesse d’être subie pour être reprise en main. La Transition guinéenne appartient sans conteste à cette seconde catégorie : elle ne fut pas une suspension de la légitimité, mais une lente gestation de la souveraineté.

Le fait politique majeur de l’heure réside précisément dans cette singularité : le Président élu par le peuple est celui-là même qui incarnait l’autorité transitionnelle désormais achevée. Ce passage de l’exception à la norme, du provisoire à l’électif n’est ni anodin ni mécanique. Il ne peut s’opérer que lorsque l’action transitoire produit des effets suffisamment visibles pour être intériorisés par le corps social comme des acquis, et non comme des contraintes.

Mamadi Doumbouya n’a pas seulement traversé la Transition ; il l’a portée jusqu’à son point de légitimation populaire. Les résultats enregistrés, les ruptures assumées, la restauration progressive de la verticalité de l’État et la reconfiguration du rapport entre autorité et peuple ont impressionné une nation longtemps habituée à la dissonance entre promesse et réalité. De cette expérience est née une dynamique rare : le peuple, loin d’être sommé de choisir, a exigé la candidature ; loin d’être orienté, a voté massivement. Ce suffrage ne fut pas une délégation aveugle, mais une reconnaissance consciente.

Ainsi, l’élection présidentielle n’a pas seulement désigné un homme ; elle a opéré une transmutation politique : l’autorité de fait est devenue légitimité de droit, la Transition s’est dissoute dans la volonté générale, et la contrainte initiale a trouvé sa justification ultime dans l’adhésion populaire. En ce sens, la Transition ne s’est pas terminée par décret ; elle s’est close par consentement.

L’investiture de ce jour a donné à cette clôture une résonance qui excède les frontières nationales. La présence significative de nombreux chefs d’État, ainsi que d’un large éventail de personnalités diplomatiques et institutionnelles, a conféré à l’événement une épaisseur internationale rarement atteinte dans l’histoire politique récente du pays. Cette assemblée de puissances étrangères ne relevait pas d’un simple rituel protocolaire : elle consacrait la réintégration pleine et assumée de la Guinée dans la grammaire diplomatique des États stabilisés, lisibles et fréquentables.

Monsieur le Président,

Votre situation historique est aussi exceptionnelle que redoutable. Vous êtes à la fois l’initiateur d’une rupture et le bénéficiaire de sa validation populaire. Peu d’hommes d’État affrontent cette épreuve de cohérence : être fidèle à l’esprit de l’exception tout en gouvernant selon les exigences de la norme. Là réside votre principal défi.
Les sept années qui s’ouvrent ne sauraient être une simple prolongation temporelle du pouvoir acquis. Elles doivent constituer une mutation qualitative de l’État guinéen : passage de l’autorité incarnée à l’institution autonome, du leadership charismatique à la prévisibilité républicaine, de la décision verticale à la justice structurelle.

Gardez-vous de la tentation, si fréquente dans l’histoire des peuples, de confondre l’adhésion massive avec l’absolution permanente. Le peuple qui élit est aussi celui qui juge. Faites donc du droit une limite volontaire, de la contradiction un outil de lucidité, et de la transmission institutionnelle un horizon politique.

En ce jour d’investiture, où la Transition s’est effacée devant la souveraineté populaire, où la Guinée a choisi de convertir l’épreuve en projet, il est juste de vous souhaiter bonne chance non comme une indulgence rhétorique, mais comme une exigence morale : que la sagesse tempère la force, que la mémoire des fractures prévienne l’arrogance, et que l’Histoire, lorsqu’elle dressera le bilan de ces sept années, y lise la trace d’un État enfin réconcilié avec lui-même.

La Transition est close. La République commence. Le temps, désormais, n’excuse plus rien.

Mamadou Saïdou Diallo, Expert en Gestion de Projet et Étude d’Impact Environnemental et Social

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