Déguerpissement des emprises de routes à Matoto : des victimes ‘’prises de court’’ déplorent des pertes matérielles

il y a 3 heures 20
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L’opération de déguerpissement des emprises routières dans la commune de Matoto a fait plusieurs victimes, notamment parmi les tenanciers d’espaces commerciaux et de bars.

Plusieurs d’entre elles affirment n’avoir pas été informées à l’avance que leurs installations seraient concernées par cette opération.

Restauratrice de profession, Saran Camara figure parmi les nombreuses personnes affectées par ce déguerpissement. Selon son témoignage, c’est aux environs de 4 heures du matin qu’elle est arrivée sur les lieux, elle n’était donc pas informée de l’opération. Face aux agents déployés, a-t-elle expliqué, toutes ses tentatives pour récupérer ses biens se sont révélées vaines.

« Je n’étais pas sur place, c’est hier à 4 h du matin que je suis rentrée. Ce matin, en arrivant sur mon lieu d’activité, j’ai constaté qu’ils avaient tout déguerpi sans m’en informer. J’ai demandé des explications et on m’a répondu que l’information avait été diffusée à la télévision. J’ai tout fait pour qu’ils acceptent que je récupère mes affaires, mais ils ont refusé. Cependant, comme la loi est au-dessus de tout le monde et que personne n’est au-dessus de la loi, je m’en remets à Dieu. Je suis vraiment bouleversée par ces actes. Ils doivent comprendre que nous sommes des femmes et qu’il y a des enfants à nourrir », a-t-elle indiqué.

L’opération de déguerpissement a entraîné la destruction de l’atelier d’Aboubacar Sidiki Sylla, situé aux environs de Yimbaya-Tannerie. Dans ce centre de prestations, plusieurs machines ont été endommagées, dont une machine d’une valeur estimée à 80 000 000 de francs guinéens.

« Si nous avions été informés à temps, j’aurais fait appel à des vitriers pour démonter les installations. Ce que j’ai investi pour construire ce centre et ce que j’aurais payé pour démonter les équipements ne sont pas comparables. C’est cela qui me fait mal. J’ai investi des millions. Je possède les documents du cadastre et je paie chaque année les impôts, les taxes, tout ce qui concerne l’État, je le paie régulièrement. C’est pour cette raison que j’estime que nous devions être informés officiellement afin de libérer l’espace dans de bonnes conditions. J’aurais pu démonter les installations et reconstruire ailleurs. Aujourd’hui, le mal est déjà fait. Il ne me reste qu’à essayer de me relever. Je suis entrepreneur, et entreprendre en Guinée, c’est aussi se préparer à ce genre de situations. Mais je demande à l’État de venir en aide aux personnes concernées. C’est une entreprise qui employait plusieurs jeunes. Aujourd’hui, avec la destruction, ces personnes se retrouvent au chômage. Ce sont ces situations qu’il faut éviter. Informer les citoyens à l’avance est essentiel. Il n’y avait aucune croix sur notre bâtiment auparavant. Elle n’a été apposée que ce matin. Lorsque je suis arrivé, j’ai contacté mon associé, qui se trouve au Canada, et lui non plus n’était pas informé. Les agents ont même tenté de m’empêcher de filmer et m’ont brutalisé, ce qui n’est pas acceptable. Il faut agir avec calme et respect. Je reconnais que l’action de l’État vise à dégager la route et à embellir la ville, ce qui est une bonne chose. Mais le problème reste le manque d’information préalable. Nos machines ont été gravement endommagées, notamment une machine A0 d’une valeur de plus de 80 millions de francs guinéens, ainsi que les installations dont la construction a coûté plus de 35 millions. Tout cela représente notre investissement. Aujourd’hui, cinq travailleurs dépendent directement de cette activité », a-t-il indiqué.

En ce qui concerne les marchés, le président de la délégation spéciale de Matoto, Moussa Diallo, estime que des femmes installées aux abords des routes abandonnent volontairement des espaces disponibles dans les marchés pour venir s’exposer à même le sol en bordure de la chaussée. Cette version des faits est toutefois réfutée par Adama Sylla, vendeuse au marché Matoto-Kondébounyi. Selon elle, les espaces disponibles dans les marchés ne suffisent pas à accueillir toutes les femmes.

« Nous aimons les initiatives comme ça, mais nous demandons aux autorités de nous trouver où dérouler tranquillement nos activités. Nous sommes des mères de famille, ces activités nous permettent de prendre soin de nos différentes familles. Ils disent qu’il y a de l’espace dans les marchés, mais il se trouve que nous sommes plus nombreuses que les espaces disponibles. Que le Président Mamadi Doumbouya nous vienne en aide, qu’il nous aide à avoir un espace pour dérouler tranquillement nos activités. Nous sommes d’accord pour libérer la chaussée », a-t-elle lancé.

À l’image de la commune de Matoto, les communes de Sonfonia et de Kagbélén ont également engagé, ce mercredi 21 janvier 2026, l’opération de déguerpissement des emprises des voiries urbaines.

MohamedNana BANGOURA

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