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À l’occasion de la présentation du projet de loi de finances initiale (LFI 2026), samedi 28 mars 2026, le gouverneur de la Banque centrale, Karamo Kaba, est revenu sur les facteurs qui influencent la politique économique guinéenne et leurs répercussions sur le quotidien des populations. Il a notamment détaillé les causes internes et externes de la crise de liquidités, tout en assurant que la situation est en voie de résolution.
Le gouverneur a d’abord mis en avant un contexte international défavorable. Les tensions géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient, a-t-il expliqué, assombrissent les perspectives d’une économie mondiale qui amorçait pourtant une stabilisation en 2025. Cette situation se traduit par une flambée des prix de l’énergie, une volatilité accrue des marchés financiers et un renchérissement des coûts du transport. À titre d’illustration, l’indice du prix du fret par conteneur est passé de 1 248 points à 1 626 points entre le 26 février et le 27 mars, soit une hausse mensuelle de 46,4 %, tandis que le prix du Brent a progressé de 58,5 % sur la même période. Ce contexte pèse sur la croissance mondiale et ravive les pressions inflationnistes, entraînant un durcissement des conditions de financement pour les économies fragiles et en développement, notamment en Afrique.
Malgré cet environnement, Karamo Kaba a souligné la résilience de l’économie guinéenne, portée par le lancement du mégaprojet Simandou, le rétablissement de l’ordre constitutionnel et une crédibilité financière renforcée à l’international. “Cela a permis à l’économie guinéenne de poursuivre son dynamisme en réalisant une croissance de 6,9 % en 2025 contre 6,6 % en 2024. Et cet élan devrait se poursuivre en 2026, où la BCRG s’attend à voir le PIB progresser de 8 %. Cette dynamique est portée par le secteur minier, les investissements publics, notamment dans les infrastructures, la vigueur de la demande interne et les exportations nettes qui sont ressorties excédentaires en 2025. Quant à l’inflation, bien qu’en légère hausse à 4,4 % en janvier 2026, elle reste maîtrisée en deçà du seuil communautaire de 5 %. Les réserves de change ont enregistré un bond de 158 % pour atteindre 3,7 milliards fin décembre 2025 et 4,5 milliards à fin février 2026.”
Le gouverneur a également salué la récente décision de Standard & Poor’s de relever la perspective de la notation souveraine de la Guinée de « Stable » à « Positive », tout en confirmant la note à « B+ ». Selon lui, cette évolution confirme la trajectoire économique et financière du pays et ouvre la voie à un accès accru aux marchés internationaux. “C’est la raison pour laquelle nous insistons une nouvelle fois sur l’importance du respect de l’instruction présidentielle sur le rapatriement d’au moins 50 % des recettes d’exportation. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, notamment de la part des compagnies minières. Je tiens à le préciser.”
Dans ce contexte, la Banque centrale a mené une politique monétaire qualifiée d’“accommodante, prudente et proactive”, avec plusieurs assouplissements des conditions monétaires. Le taux directeur a été maintenu à 9,75 % et le coefficient des réserves obligatoires à 11,15 %. Karamo Kaba a insisté sur le fait que la baisse des réserves obligatoires injecte davantage de liquidités dans le système et n’est pas responsable de la crise actuelle. “Cette stratégie a également permis de préserver la stabilité du taux de change. Parallèlement, des réformes importantes ont été engagées. Je veux citer la modernisation des systèmes de paiement. Je pense au renforcement de la supervision bancaire et à la promotion de l’inclusion financière. Toutefois, toutefois, des défis subsistent, notamment une tension persistante sur la liquidité.”
Des injections massives de billets
Concernant la pénurie de cash, le gouverneur affirme que la Banque centrale a massivement alimenté le système financier. En janvier 2025, 30 milliards de francs guinéens avaient été mis à disposition des banques commerciales, contre 402 milliards en janvier 2026, ainsi qu’en février et mars. “On arrive au premier trimestre où la Banque centrale a injecté en 2025, au premier trimestre, 63 milliards de fonds guinéens. Et cette année, nous avons injecté 1293 milliards. Donc, le réchauffement, il est là. Nous avons injecté comme jamais dans l’histoire moderne de l’économie guinéenne. Si vous regardez ce qu’on a fait au quatrième trimestre, nous avons injecté 1657 milliards. Si vous regardez ce qu’on a fait durant l’année 2025, on a injecté 2800 milliards. Nous avons joué le jeu. Nous avons joué le jeu. S’il y a des gens à féliciter dans cette histoire-là, c’est la Banque centrale parce qu’on a joué le jeu. On a injecté comme pas possible.”
Des causes multiples
Selon Karamo Kaba, la crise de liquidités s’explique par des facteurs externes et internes. Parmi les facteurs externes figurent les contrôles de la CENTIF dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, les avis à tiers détenteur émis par la Direction générale des impôts, la pression liée au projet Simandou, la forte thésaurisation, la culture du cash et les difficultés d’approvisionnement en billets en raison des tensions sur les matières premières depuis la pandémie.
Du côté interne, le gouverneur a évoqué “le retard dans la commande des billets, l’absence d’un service national fonctionnel pour assurer l’interopérabilité des paiements entre les acteurs du secteur financier, les retards administratifs dans le traitement des dossiers d’envoi de fonds, les difficultés logistiques et le veillissement des équipements du traitement des billets de banque”, avant d’insister : “le vrai problème est la thésaurisation.”
Pour appuyer son analyse, il a présenté l’évolution de la circulation fiduciaire entre 2022 et 2025 : “Ce qui est intéressant à regarder, c’est le taux de détention des billets. Sur 100 billets en circulation en 2022, 71 étaient détenus par le public et 29 étaient détenus par le système bancaire. Vous faites le même exercice en 2023. On a passé de 72, 73 à 27. Vous faites la même chose en 2024. On était à 86 et 13,9. Et en 2025, vous voyez qu’aujourd’hui, près de 96 billets sont dans le public et ne reviennent pas dans le circuit bancaire. Il n’y a que 4 billets qui sont dans le circuit bancaire. Le vrai problème, ce n’est pas l’injection. On peut injecter autant qu’on veut, mais si les billets ne reviennent pas, il y a toujours ce sentiment qu’il manque des billets. C’est ça la vérité.”
Devant le CNT, le gouverneur a tenu à rassurer sur une normalisation prochaine : “Donc, laissez-nous juste un peu de temps, et vous allez voir que d’ici quelques semaines, la situation va redevenir à la normale.”
L’article Crise de liquidités en Guinée : “Donnez-nous quelques semaines, on va régler le problème” est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.
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