CRIEF – Affaire Aboubacar Makhissa Camara : l’empressement ne peut tenir lieu de justice (Tribune)

il y a 3 heures 19
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

L’audience du 12 janvier 2026 devant la Chambre de jugement de la CRIEF, dans l’affaire de l’ancien Directeur général des Impôts Aboubacar Makhissa Camara, a donné le sentiment préoccupant d’un dossier que l’on cherche à expédier plus qu’à juger. Dès l’ouverture des débats, l’Agent judiciaire de l’État a qualifié l’absence du prévenu du territoire national de « fuite », sans démonstration juridique préalable et sans accepter le débat contradictoire que cette qualification exige pourtant en droit pénal.

Dans la foulée, une série de demandes a été formulée dans l’urgence : identification exhaustive des comptes bancaires, vérification des soldes, production de relevés et recensement des biens immobiliers, étendu jusqu’aux membres de la famille. Cette accumulation de requêtes, avant même que la défense ne soit pleinement entendue, donne l’impression d’une volonté d’aller vite, très vite, quitte à sacrifier le temps nécessaire au droit. Or, la justice n’est pas un exercice de vitesse : expédier un dossier n’a jamais garanti sa justesse.

La tentative d’empêcher l’avocat du prévenu de prendre la parole au motif de l’absence physique de son client constitue un signal extrêmement préoccupant. Le droit à la défense ne se négocie pas. Il ne se marchande pas. Il ne se suspend pas. Il ne dépend ni de l’humeur d’une partie, ni d’une stratégie d’accélération, ni d’une qualification contestée de « fuite ».

Le droit à la défense est un principe cardinal du procès pénal. Il est absolu dans son principe, intangible dans son exercice. Il s’impose à tous : à la partie civile, au parquet, comme à la juridiction elle-même.

Il n’est nullement conditionné à la présence physique de l’accusé. Il s’exerce pleinement par la représentation régulière de son conseil, garant du contradictoire et de l’équilibre des débats.
Chercher à réduire la parole de la défense, c’est tenter de déséquilibrer le procès. Et lorsqu’une partie cherche à faire taire la défense, ce n’est généralement pas par excès de solidité juridique, mais par crainte du débat contradictoire.

Un procès équitable ne se reconnaît pas à la vitesse de son déroulement, mais à la loyauté de ses règles et à l’égalité réelle des armes.

La CRIEF se trouve aujourd’hui face à une responsabilité majeure. Elle ne peut devenir le lieu d’un procès de l’empressement ou de l’acharnement, mais doit rester celui de la rigueur, de l’impartialité et du respect des principes fondamentaux. L’affaire Aboubacar Makhissa Camara ne doit pas être expédiée : elle doit être jugée selon le droit, rien que le droit. C’est à ce prix que la justice guinéenne préservera sa crédibilité et sa légitimité.

Alhassane  CONDE

Lire l'article en entier